[SPIDER] Vasili Mass, 1991

On admire l’idée brillante de Mondo Macabro d’avoir extirpé la chose de ses ténèbres, le tout dans une copie enfin digne de préserver la beauté plastique de ce film improbable et attachant. Pas un chef-d’œuvre maudit, loin de là, mais un one-shot plus proche de certains délires psychés et baroques du cinéma fantastique des années 70, paumé à l’orée d’une décennie qui se débarrassera fissa de tout un héritage subversif. Spider, et on le comprend rien qu’à la première seconde citant ouvertement Freud, est le successeur idéal de La Compagnie des loups ou de Valérie au pays des merveilles, où les goules (pour l’un) et les lycanthropes (pour l’autre) cristallisaient l’éveil sexuel à travers des rêves embués où la frontière entre le désir et la peur se réduisait comme une peau de chagrin. Rêverie chaos comme on aime.

Jeune fille sage très désirée, Vita tape dans l’œil d’un peintre torturé, qui souhaite l’utiliser comme modèle pour les besoins d’une commande faite par l’église du coin, où elle serait alors la Vierge Marie. Mais l’univers décadent du peintre effraye la jeune fille, qui semble avoir scellé un pacte presque faustien avec l’étrange personnage. Chamboulée par des cauchemars affolants, Vita inquiète son entourage et part s’engouffrer dans le grandiose château isolé de sa tante. Une ambiance tenant autant du conte de fées que du gothic-flick façon Roger Corman, mais avec un goût pour la déraison beaucoup moins attendu.

Le titre ne ment pas en tout cas: Spider grouille de pattes velues, vraies parfois, fausses la plupart du temps, comme ces inquiétantes arachnides animées en stop motion, ou cette créature géante venant visiter l’héroïne dans ses rêves. Ce qui nous vaudra une scène d’étreinte à la limite du tentacle-porn, où la douce Vita ne se bat plus et s’offre face caméra au monstre géant.

Un peu gâché par un rythme hagard, des personnages schématiques et une bande-son totalement «autre» (un synthé à l’agonie, mais pas totalement dénué de charme), Spider offre en revanche un catalogue d’images parfois stupéfiantes, comme ce tableau à la Bosch entre l’orgie et le charnier prenant soudain vie, et des excès graphiques inattendus où la chair s’étale, à la fois gélatineuse, crémeuse, poreuse, pour ne pas dire excrémentielle, comme dans un Fulci des années 80. Et comme toujours dans le cinéma de l’Est, un choix de décor venu du fin fond des songes où le bois pourri se mêle à la mer, où les toiles d’araignées gluantes envahissent les coins et les recoins, alors que plus loin l’on traverse un sauna poisseux, un gibier de potence sous la brume, des forêts morbides…

Et si tout ça impressionne, l’effet spécial premier du film, c’est sans conteste son actrice principale Aurelija Anuzhite, dont la beauté insensée envoûte chaque plan, obscur objet de désir dont on devine le metteur en scène follement amoureux. L’araignée qui va vous attraper dans sa toile, c’est bien elle.

Lettonie, Union Soviétique, 1991)
Réal: Vasili Mass
Avec Aurelia Anuzhite, Romualds Ancans, Saulius Balandis, Liubomiras Lauciavicius.

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