Au festival de Deauville, Patrick Wilson fait sensation. On peut le voir dans deux films différents, tous deux présentés en compétition : Little Children, de Todd Field, film choral qui tord le cou aux apparences les plus trompeuses et dans lequel son personnage a le cœur qui balance entre Kate Winslet et Jennifer Connelly; et Hard Candy, sorte de conte pour adultes qui prend des dimensions impressionnantes quand on le voit à répétition. Avant de commencer l’interview, Antoine de Caunes, membre du jury, nous interrompt pour saluer l’acteur et lui dire tout le bien qu’il pense de ses deux interprétations.
Quelle a été votre première réaction quand vous avez lu le script d’Hard Candy ?
À la première lecture, je me suis demandé qui avait pu écrire ça. J’étais intrigué parce que je ne savais pas quoi en penser. Il en émane une telle violence physique. Personnellement, je n’avais jamais vu une telle explosion de violence latente dans un film américain. Je me suis également demandé comment j’arriverais à retranscrire cet état. Parmi les choses qui m’ont aussi déroutées, il y a le fait que nous avons tourné le film en seulement 18 jours. Ma petite amie de l’époque a lu le script et m’a conseillé de le faire parce que le personnage était très ambigu et que cette occasion ne se présente pas tous les jours. Je suis heureux du résultat.
Hier, le film Little Children, aujourd’hui Hard Candy. On vous voit dans deux films en compétition mais ils n’ont pas été réalisés au même moment. Qu’avez-vous fait entre temps ?
Entre les deux films, il s’est déroulé approximativement deux ans. Entre temps, je me suis marié, j’ai eu un enfant… D’un point de vue professionnel, j’ai beaucoup tourné, ça m’amuse que ces deux films soient présentés quasiment en même temps. J’ai eu un petit rôle dans le film Running with Scissors réalisé par un type génial. C’est juste un cameo mais j’en suis fier. J’ai également fait un petit film indépendant qui s’appelle American Gothic et j’en ai fait un autre intitulé Purple Violets. Autrement, j’ai fait beaucoup de pièces de théâtre à Broadway.
L’audace du film vient du fait qu’il repose sur un huis clos et par conséquent donne une importance cruciale aux confrontations d’acteur. Comment avez-vous réussi à produire cette tension avec Ellen Paige ?
Je tiens d’abord à signaler que c’est une actrice de feu. Tous les efforts que l’on a fournis sont reproduits à l’écran. Pour quiconque, je pense que des rôles pareils, aussi complexes et tordus, constituent une aubaine. À l’époque, elle n’avait que 18 ans et elle devait interpréter un personnage qui n’avait que 14 ans. Elle vient d’une grande famille du Canada et a le sens de la réalité. Il n’est rien de plus amusant pour une personne dite stable d’interpréter cet état de fureur hérétique. Elle était bien dans sa peau, mais se transformait dès qu’elle jouait son personnage. Bizarrement, on n’a pas eu le temps de bien se connaître étant donné la durée du tournage, mais je dois reconnaître que la situation était étrange parce qu’à l’époque, j’avais 33 ans. Ce n’était pas dérangeant parce que ça convenait à l’intensité que l’histoire réclamait. C’est-à-dire qu’on arrivait sur le plateau comme deux boxeurs sur le point de se cogner. On jouait nos répliques, puis après on reprenait notre train-train habituel. J’ai pris un vrai plaisir à jouer avec elle sur le plan professionnel, mais je serai incapable de vous dire ce qu’elle est dans l’intimité.
Quelle a été pour vous la scène la plus difficile ?
Certainement la scène dans le café parce qu’elle demandait à ce que l’on n’en fasse pas trop pour ménager l’attention du spectateur. On était en terrain neutre. Et on devait lui inspirer confiance. La scène est très bavarde et comme dans tout le film, tout fonctionnait sur les regards et les attitudes. En réalité, on a tourné cette scène à la fin du tournage, donc on savait déjà ce que nous avions fait précédemment. Il ne fallait pas laisser paraître dans cette scène ce qui allait arriver par la suite même si quand on regarde le film, on note quelques indices troublants. Personnellement, le fait d’avoir à vivre avec ce personnage pendant 18 jours a été éprouvant et à la fin du tournage, j’étais content de l’avoir laissé derrière moi.
Comment interprétez-vous les réactions du public lorsqu’il rigole lors des scènes les plus violentes ?
Je ne m’en inquiète pas. Je pense au contraire que c’est une excellente chose que les gens vivent pendant un film et ne restent pas prostrés. A la fin de la projection, une vieille dame est venue me voir pour me dire que j’étais ignoble, comme si elle m’avait confondu avec le personnage. Certaines réactions du public sont intéressantes. Certaines scènes sont plus délicates mais le film ne cherche pas à brosser dans le sens du poil ou même à être consensuel. Vous savez, Hard candy doit avant tout être considéré comme une fable. Certaines personnes vont adorer, d’autres détester ; ça ne me pose aucun problème. J’ai assisté à des projections où les spectateurs s’évanouissaient, criaient ou sortaient de la salle. Peu importe : la pire réaction que vous puissiez avoir face à ce genre de films, ce serait de ne rien ressentir. Après, tout dépend de ce que vous aimez au cinéma, ce qui vous excite ou vous hante. C’est un peu le but du film, qui cherche avant tout à faire réfléchir le spectateur face à ce qu’il vient de voir, où il se positionne et où il trouve la morale.
Quels sont vos projets ?
Je tourne en ce moment dans une comédie romantique new-yorkaise dont le tournage est pratiquement terminé. Entre temps, le film Little Children va sortir. Et je m’apprête à tourner dans le film Evening, de Lajos Koltai, avec pléthore d’actrices comme Claire Danes, Toni Collette, Meryl Streep.
