« Souviens-toi l’été dernier » de Jennifer Kaytin Robinson, ou plutôt, je sais ce que vous avez oublié de réinventer cet été

Il fallait s’y attendre. Dans le sillage du reboot patibulaire de Scream et de la surprise rouge sang Destination Finale : Bloodlines, Hollywood continue de racler le fond du tiroir à souvenirs avec une ferveur presque touchante. Cette fois, c’est I Know What You Did Last Summer (2025) qui ressort du congélo, plus tiède que jamais. Vingt-huit ans après un premier opus aussi bête que bankable, on aurait pu espérer un retour aux sources malin, une relecture urbaine et minimaliste du bon vieux croquemitaine à capuche. Ce qu’on récolte ? Une purge fainéante qui coche des cases dans le sang sans jamais oser tremper la plume dans autre chose que de la sauce barbecue industrielle.

Le film original de 1997 n’a jamais été un chef-d’œuvre, mais sa mécanique simple – et son absence totale de prétention – ont fini par lui donner une certaine fraîcheur à l’ombre des productions A24, toujours prêtes à habiller le vide existentiel d’un joli plan fixe sur un arbre mort. Même Mike Flanagan, le saint patron des frissons intellos, avait envisagé un remake il y a dix ans. Résultat des courses : un script flasque, un rythme à l’agonie, quelques meurtres convenablement exécutés et surtout une bêtise abyssale sans l’excuse du fun. Car si le film de 1997 était « bêtement amusant », celui-ci est juste bête.

Chase Sui Wonders, excellente dans The Studio (et injustement snobée par les Emmy), incarne Ava, une des cinq têtes à claques qui, lors du 4 juillet à Southport, font une connerie aux relents moraux douteux. Avec elle : sa meilleure amie Danica (Madelyn Cline), son ex-crush Milo (Jonah Hauer-King), Teddy, le fiancé de Danica (Tyriq Withers) et Stevie (Sarah Pidgeon), une ancienne copine revenue des limbes. Teddy, évidemment, fait le cake au milieu de la route. Une voiture dérape, bascule dans le vide. Et nos jeunes héros choisissent de regarder ailleurs. Même pas de quoi faire frémir un juré de télé-réalité. Fini le conducteur bourré de l’original, ici la culpabilité est si diluée qu’elle en devient presque un geste civique.

Un an plus tard, bien sûr, c’est la boucherie. Une lettre arrive : « Je sais ce que vous avez fait l’été dernier. » Et les corps tombent, tranchés par un pêcheur armé d’un hameçon qui ferait rougir Jason Voorhees. Ava part alors chercher du secours auprès de Julie James, alias Jennifer Love Hewitt, visiblement tirée de sa retraite pour distribuer la nostalgie à la louche. Julie a épousé Ray (Freddie Prinze Jr) avant de divorcer comme dans un soap du câble. Ray est désormais barman aigri, coincé à Southport à maugréer contre le magnat local (Billy Campbell) qui transforme la ville en mini-Hamptons pour bourges en mal de charme.

On sent que les scénaristes Sam Lansky et Jennifer Kaytin Robinson (qui réalise) voulaient toucher à quelque chose d’intelligent : un propos sur le pouvoir, le privilège, la manière dont les horreurs du passé sont maquillées par les puissants. Sur le papier, c’est pas con. Imaginez Souviens-toi l’été dernier version lutte des classes. Mais à l’écran, ça fait pschitt. Le film mentionne les inégalités, évoque la gentrification puis oublie tout ça au profit d’une banale chasse au tueur, avec un podcast nommé Live Laugh Slaughter pour faire croire qu’on est dans l’air du temps. Même le traumatisme de Julie est là pour la forme, comme un vieux sticker collé sur une valise vide. Le film a peur de ses propres ambitions, et préfère tourner en rond comme une voiturette sur une piste d’auto-tamponneuse.

Et encore, on lui pardonnerait ce manque de profondeur s’il était un minimum bien foutu. Ce n’est malheureusement pas le cas. Le montage de Saira Haider est à côté de la plaque : les scènes s’enchaînent sans rythme, sans tension, comme si quelqu’un avait appuyé sur « x1.5 » par accident. Les meurtres censés être le clou du spectacle, oscillent entre gore rigolo et drame sordide. Le climax ? Un personnage agonisant qui appelle sa mère. Malaise. Ne vous méprenez pas, pas émotion, juste malaise. Et tout ça étiré sur cent-onze minutes alors que même les plus bêtes des slashers des années 90 savaient conclure avant l’heure de fermeture du vidéo-club.

Les acteurs ? Pas catastrophiques, mais pas mémorables non plus. Wonders fait ce qu’elle peut, Withers a du potentiel, mais l’alchimie du cast originel, avec Sarah Michelle Gellar et Ryan Phillippe en têtes de gondole hormonales, manque cruellement. Pas de flamme, pas d’étincelle, juste une série de performances fonctionnelles, comme une pizza réchauffée.
Et puis il y a ce twist final. Par tous les saints, ce twist. Sans rien révéler, c’est à la fois prévisible et d’une stupidité qui défierait Hanouna. Un peu comme si les scénaristes s’étaient rematé Souviens-toi 2 (vous savez, celui avec le gamin caché du tueur au crochet et la pluie de twists débiles), puis s’étaient dit « hold my beer. » Et vas-y que je te balance des rebondissements qui feraient passer Scary Movie (2000) pour une tragédie grecque.

Au final, I Know What You Did Last Summer version 2025 n’a pas la moindre idée de ce qu’il fait, ni pourquoi. Ni slasher fun, ni thriller social, ni vraie relecture, il est condamné à hanter les limbes du remake paresseux, là où s’entassent les reboots de Urban Legend, les suites de The Grudge et les faux trailers de TikTok Horror Story. Et comme dirait le pêcheur à la retraite : parfois, mieux vaut oublier ce qu’on a fait. Surtout quand c’est ça.

Les articles les plus lus

« Good boy » de Viljar Bøe: l’amour est un chien de l’enfer

Seconde nouveauté dans le marathon Halloween de la plateforme...

Reco chaos pour l’été: « Dernier été » de Frank Perry, le choix de Bruce LaBruce

Cet été, on révise les classiques et on pose...

[FANTASMES ET PSYCHOSES SEXUELLES DE MISS AGGIE] Gerard Damiano, 1974

Sur les lits de Gerard Damiano, Eros et Thanatos...

« Scream 7 » de Kevin Williamson : de l’épouvante épouvantable

Si on comprend mieux, après l'avoir vu en salles,...

« Saturnalia » : un film d’horreur indépendant qui rend hommage à Dario Argento

Le film d’horreur indépendant Saturnalia se dévoile dans une...

Après « Brides », Chloe Okuno planche sur le thriller horrifique « Bad Hand »

La réalisatrice Chloe Okuno (Watcher) s’associe à la scénariste...

[LAKE MUNGO] Joel Anderson, 2008

Pour donner naissance à un film culte, rien ne...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!