[SIX FEET UNDER] La série d’Alan Ball a 20 ans

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SAISON 5
Honnêtement, on ne s’attendait pas à une telle facture après la tournure inquiétante que la série avait prise avec la quatrième saison, de loin la plus faiblarde parce qu’artificielle et ostentatoire. Réjouissez-vous et oubliez les maladresses de la précédente saison. Oubliez les audaces formelles et narratives (le terrible épisode de l’agression qui occupe une moitié d’épisode). Oubliez la dramatisation et l’esthétisation outrancières (cf. le dernier épisode de la saison 4, trop dramaturgique, trop emphatique). Oubliez surtout le vernis branché qui parasitait bon nombre d’épisodes. Oubliez tout: la cinquième saison de Six Feet Under est la meilleure. Parce qu’elle se passe de mots et repose sur l’excellence de ses interprètes (habités et remarquables) pour lire sur leurs visages les tempêtes psychologiques de leurs personnages. Et parce qu’on finit cette série – ou plutôt on l’accompagne jusqu’à sa mort programmée – comme on soutient un être cher, en ayant l’impression paradoxale d’avoir vécu une foultitude de vies parallèles. C’est le retour au leitmotiv de la première saison: il ne faut pas se fier aux apparences.

Comme toujours, les scénaristes ont choisi de soigner tous les personnages sans exception et peaufinent leurs peintures de caractère jusqu’à leur ultime retranchement. Quitte à rassembler les éléments plus hétéroclites (Rico et Ruth entament des discussions formidablement anodines – ils n’ont rien en commun et pourtant communiquent, de peur de passer à côté l’un de l’autre). Marquée par des thèmes forts (la spiritualité, l’expiation, l’au-delà, la métaphysique), cette nouvelle saison catapulte ses protagonistes dans le grand tumulte de l’existence et les confronte à leurs pires ennemis: les autres. Les autres, masse uniforme qu’ils abhorrent, mais à laquelle ils appartiennent malgré eux puisque ce sont de simples mortels. De fait, ils aspirent à une seule chose: l’apaisement.

Finis les crises égotiques; désormais, les personnages doivent prendre leur vie en main. Ruth désire plus d’autonomie et n’en peut plus d’être étouffée par la gente masculine; Claire doit se frotter à la vie active et cesser de vivre dans sa bulle; David et Keith louvoient entre mères porteuses et tentatives d’adoption pour connaître le bonheur d’être pères. Mais le couple qui marque le plus fortement cette transition obsessionnelle, c’est Nate et Brenda, couple naguère accordé puisque désaccordée (elle, névrosée et atypique; lui, droit et moral). Seulement voilà, le vice et la vertu ne font plus bon ménage. L’harmonie discordante du couple est amplifiée par le troisième épisode de cette nouvelle saison, aux relents fantastiques où l’anniversaire de Nate est bouleversé par l’intrusion d’un oiseau bleu mystérieux dans le foyer douillet (réincarnation de Lisa? Signe de la fatalité?). En écho Hitchcockien au pigeon qui picorait le gâteau de mariage.

Le premier épisode commence sur un mariage. Un mariage raté comme Six Feet Under aime à les montrer avec de faux sourires et du malaise partout. Un mariage contrarié par la fausse couche de Brenda, hanté par le fantôme de Lisa. Pourtant, il arrive que des choses impromptues surgissent comme par exemple le retour d’Angela (IIeana Douglas), personnage très attachant et gouailleur que l’on avait découvert dans la première saison.

Il y a surtout cette rencontre tardive qui va venir exacerber les tensions (beaux regards assassins dans la salle d’attente de l’hôpital) et secouer – voire torpiller – la précarité d’un couple qui constate qu’il ne s’est jamais aimé. Il s’agit de Maggie (Tina Holmes), fille de George, traumatisée par la perte de son gamin (confession pudique et sensible dans une cuisine dans l’épisode 2), qui touche Nate droit au cœur. Au moment où il s’y attendait le moins, Nate découvre simplement l’amour qu’il a tant cherché. Qu’il ne cherchait plus. C’est le personnage le plus surprenant de cette saison parce que contrairement aux précédentes, il se fait moins gueulard, moins pointilleux, moins exigeant, moins pleurnichard. La question se pose: depuis comment de temps n’avions-nous pas vu Nate sourire aussi franchement et afficher une mine aussi sereine?

Les autres personnages ne sont pas en reste. Claire abandonne ses velléités artistiques pour un moment – parce qu’elle n’a plus de substance ni d’imaginaire pour créer – et se repose sur ses acquis (elle abandonne la fac, zappe tous ses pseudo-amis et veut s’évader en Europe avec Billy – Jeremy Sisto, plus trouble-fête tu meurs). Mais tout cela n’est qu’un leurre, renforcé par la confession – terrible – de la tante (Patricia Clarkson, génialement déphasée) qui avoue à sa nièce qu’elle n’a peut-être pas le talent pour être artiste. C’est la fin du monde en quelques secondes: elle se trouve un job d’intérim dans une société comme on les déteste (plan étrangement insistant sur un building pour appuyer le changement) et rencontre un avocat dont les déambulations faussement hasardeuses provoquent en elle tout un tas de sensations étranges. L’objet de baise, baptisé Ted (Chris Messina), n’est pas le bloc de cynisme réac qu’elle pense découvrir au détour d’une conversation politique sur la guerre en Irak dans un restau guindé. Une façon pour la série de cracher son dévolu sur Bush fils (la sœur de Ruth qui, bourrée, l’insulte). Contre toute attente, malgré les contradictions, c’est peut-être là aussi la naissance d’un amour. L’amour d’un mec a priori borné qui est capable de rester avec elle une nuit à l’hôpital, qui lui fait découvrir les chansons has-been qui traînent sur son cédé et qu’il écoute sans honte alors qu’elles pourraient atteindre son image de mec rustaud.

Les choses ne sont pas ce qu’elles sont. Cas encore plus bouleversant, celui de Georges, personnage prégrabataire qui sombre dans la démence et encombre le quotidien de Ruth qui en a ras le pompon de jouer les nurses. En fait, Georges fait des efforts désarmants pour se contrôler et Ruth, flippée par les réactions incertaines de son nouveau Jules, ne les comprend pas. Son traumatisme est expliqué dans un prologue où il assiste, enfant et impuissant, à la mort de sa mère alors qu’elle lui prépare sa bouffe favorite. On le sait, Ruth ne le sait pas. Preuve qu’on ne sait rien des autres. David, lui, tente comme il peut de fonder une famille avec Keith mais les efforts ne sont pas toujours payants (gamins adoptés turbulents parce que traumatisés par leur passé) et Keith a secrètement peur de renouveler un schéma qu’il a vécu enfant (martyrisé par un père despotique sous le silence couard d’une mère désemparée) en se comportant comme son paternel avec ses propres gosses. La décontraction de David, plus souriant et décomplexé que jamais, aide à faire passer la pilule même si le traumatisme de la saison précédente reste présent (on n’oublie pas une agression de même qu’on n’oublie pas ses carences affectives – impression d’être le fils lésé auprès des parents, besoin du frère protecteur…). Quant à Billy, le frère de Brenda, il prend plus d’importance en tant que petit ami de Claire mais sa présence dérange, irrite. Il ne sert finalement qu’à instiller le malaise (épisode 4 avec l’anniversaire de Nate où les mots deviennent violents) et à rappeler que la surface n’est pas aussi lisse (troublant rêve érotique de Brenda).

Tout cela n’est qu’une infime part des subtilités de ce puzzle. Rien ne se résout vraiment et tout le monde garde ses blessures à vif. Ce serait a priori un cliché bêta que de dire qu’un film peut changer une vie (ou du moins le regard que l’on peut porter sur les autres et le monde). Mais on vous l’assure: Six Feet Under, série sur la fatalité, change la vie. La transforme même et nous donne à la voir dans toute sa tragique absurdité. Le résultat des cinq saisons mises bout à bout prend une cohérence inouïe, d’autant plus viscérale qu’elle nous ramène constamment à notre existence avec des questions comme on se les pose: sommes-nous en train de passer à côté de notre vie? Comment combattre son propre égoïsme? Comment apprendre à vivre et à aimer alors qu’on en a pris plein la gueule?

Encore plus que les précédentes – la saison 1 est une merveille, la saison 2 recèle des séquences inoubliables, la saison 3 tient du cinéma, la saison 4 est une fausse baisse de régime –, cette ultime saison d’une série qui a l’intelligence de s’arrêter au bon moment (voir l’interview d’Alan Ball) bouleverse au plus profond, à tel point que cela en devient presque insupportable (les souvenirs perso peuvent méchamment se cogner aux aventures du clan Fisher & Cie). Comme on leur pardonnait tout dans la saison 4, on prend une nouvelle fois les personnages dans les bras, on s’accroche à eux et, puis, on saute avec eux dans le (grand) vide. On en sort grandi, débarrassé de nos préjugés et de nos oeillères. Les mots semblent insuffisants pour décrire la sensation procurée. Cela aurait pu s’appeler Il était une fois en Amérique tant cette saison s’intéresse à l’Amérique d’hier (guerre du Vietnam, mort du leader de Nirvana), celle d’aujourd’hui (traumatisme post-11 septembre, guerre en Irak, Abou Ghraib) et celle de demain avec des visions, des prémonitions, des rêves, des espoirs à construire.

Une discussion forte entre Vanessa, la femme de Rico, et une sœur qui a perdu son frère appuie une contradiction contemporaine: le monde contient autant de choses ignobles (une agression qui peut ruiner la raison, la mort d’un membre de sa famille) que de parenthèses magnifiques (l’amour filial, les réconciliations sur le tard – Brenda et Ruth). Six Feet Under est donc l’histoire de la vie, de la leur, de la notre, de la votre. Le dénouement se tourne vers l’avenir. Il est surtout grotesque et sublime, à l’image d’une série qui n’a cessé de tourner le tragique en dérisoire et de rire de la mort.

Après cet éclat éblouissant, il ne reste plus qu’à vivre sa vie, riche de tous ces enseignements, de toutes ces expériences, de toutes ces occasions manquées, après avoir accompagné cette série jusqu’à sa propre mort. Pour qu’elle repose en paix et continue de nous hanter dans sa splendeur entêtante. La preuve, 20 ans après, les personnages vivent encore, la série aussi. Même si elle est morte.

Saison 5
6 commentaires audio
Documentaires :
« Six Feet Under : 2001-2005 » (en 2 parties)
« Vie et mort : l’influence de Six Feet Under »
Titre audio issue de la BO

S05E01 – Une couche d’apprêt
Alors que Nate et Brenda sont en pleine préparation de leur mariage, Federico est devenu adepte des rencontres sur internet… Quant à Claire et Billy, ils vivent ensemble et filent le parfait amour… De retour de son hospitalisation, George doit être pris en charge. Ruth, qui doit s’occuper de lui en permanence, craint de ne pas en avoir la courage …
S05E02 – Je danse pour moi
Souhaitant fonder une famille, Keith et David décident de mettre toutes les chances de leur côté en lançant une procédure d’adoption sans négliger la recherche d’une mère porteuse… L’état de George demande beaucoup de soins et une attention permanente. Ruth commence à montrer des signes de faiblesse, et rapidement, leurs relations commencent à se dégrader… Saturée des collages, Claire décide de donner une nouvelle direction à son travail, mais elle est très vite déçue lorsque le propriétaire de la galerie lui avoue qu’il n’apprécie pas son nouveau style…
S05E03 – Prends ma main
Le jour de son anniversaire, Nate apprend que Brenda attend un enfant, mais l’aîné des Fisher ne semble pas se réjouir à l’annonce de cette nouvelle … Claire est de plus en plus mal à l’aise face aux vives réactions de Billy… David et Keith parviennent enfin à trouver une mère porteuse qui accepte leur offre… Ruth avoue à George qu’elle est épuisée de s’occuper de lui. Malgré ses efforts, elle ne retrouve plus leur complicité d’autant…
S05E04 – Comme le temps passe
George confie à sa fille, Maggie, que ses symptômes empirent et qu’il aurait besoin d’un autre traitement par électrochocs… Billy, conscient que sa relation avec Claire s’essouffle, veut donner un nouveau départ à son couple et propose à Claire de partir en Espagne pour qu’ils vivent de leur art… Malgré tous les efforts de Keith et David concernant leurs démarches d’adoption, l’agence rejette leur demande…
S05E05 – Désir d’enfant
David et Keith, toujours dans l’attente d’un enfant, essuient un nouvel échec avec la mère porteuse. Ils décident alors de devenir famille d’accueil pour deux jeunes garçons, Anthony et son frère Durell… Quant à Brenda, elle se heurte à Nate lorsqu’elle veut révéler la vérité à Maya, sur la mort de sa mère… Ne sachant pas comment rompre avec George, Ruth lui propose de déménager et de s’installer dans un nouvel appartement pour prendre un nouveau départ…
S05E06 – Donne-moi la main
Suite à la mort de son amie Fiona, Sarah, la soeur de Ruth, fait appel à Fisher & Diaz pour les funérailles. Nate reconnaît en la défunte la femme avec laquelle il a perdu sa virginité…Au bout de deux semaines avec Durell et Anthony, Keith est prêt à jeter l’éponge, alors que David nourrit l’espoir que les choses s’arrangent… Après s’être inscrite dans une agence de travail temporaire, Claire découvre l’univers impitoyable du monde de l’entreprise et commence à douter de ses capacités artistiques…
S05E07 – Silence
Dans le cadre de son travail, Claire fait la connaissance de Ted, un avocat… Frustré par le manque total de passion dans son couple, Federico tente tant bien que mal, de raviver la flamme… Ruth profite de son célibat retrouvé pour multiplier les activités et sortir. La séparation semble la ravir, pourtant, lorsque George lui annonce son futur mariage, elle le prend plutôt mal… La grossesse de Brenda se compliquant, le médecin lui recommande de pratiquer une amniosyntèse. Mais la future maman s’y refuse !
S05E08 – Chantons pour nos vies
Un malaise s’installe entre Nate et Brenda depuis qu’ils ont appris qu’il y a de grandes chances que leur enfant ait des séquelles. Nate préfèrerait que son épouse avorte… Pris au dépourvu, Keith et David n’ont d’autre choix que demander à Ruth de garder Anthony et Durell pour quelques heures. Tout se passe bien, trop bien… Les enfants ont en fait disparu…
S05E09 – Ecosystème
Nate et Maggie se rapprochent de plus en plus et finissent par céder à la tentation de la chair. Mais alors qu’il s’apprête à rentrer chez lui, Nate perd connaissance. Paniquée, Maggie prévient les secours pour qu’il soit hospitalisé d’urgence. Après avoir fait l’amour avec son mari,elle n’ose pas appeler Brenda. Elle préfère joindre David… La famille Fisher se rend à l’hôpital mais Ruth reste introuvable. Sur un coup de tête, elle est partie camper avec Hiram, son ancien amant…
S05E10 – Tout le monde est seul
Seule avec Maya, Brenda est désemparée… Pour oublier sa peine, David se plonge dans la préparation des funérailles de son frère… Culpabilisant de pas avoir été auprès de son fils, Ruth ne cesse de poser des questions sur les circonstances du décès. En voulant s’assurer que tout a été fait pour sauver son fils, elle se montre maladroite avec son entourage… Claire, pour sa part, trouve du réconfort auprès de son ami, Ted…
S05E11 – Accouchement
Brenda est prête à reprendre Maya à ses côtés, mais Ruth ne veut pas se séparer de sa petite-fille… Federico tente d’ouvrir le dialogue avec son associé au sujet de l’avenir de Fischer & Diaz. Mais David est davantage préoccupé par ses problèmes personnels. Hanté par de violents cauchemars et des hallucinations, il inquiète sa famille… Accablée par la peine, Claire sombre dans l’alcool et se montre exécrable avec ses collègues de bureau…
S05E12 – Monde attend
Brenda met au monde une petite fille. Mais l’enfant, arrivé avant terme, est mis en couveuse. Les jours prochains seront décisifs quant à ses chances de survie ! Encore un coup dur pour la famille Fisher… Inquiet du comportement irresponsable de David, Keith lui demande de quitter la maison pour quelques temps… Après ses péripéties dans les bois, Claire tente de reprendre sa vie en mains… Et Vanessa convainc Federico d’investir dans sa propre entreprise de pompes funèbres…

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