Sinon, on a vu « Amelia’s Children » de Gabriel Abrantes

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De la découverte de Amelia’s Children, découlent deux surprises: celle de voir un film d’horreur portugais, chose assez rare alors que le Brésil a prouvé plus d’une fois son intérêt pour le genre; et découvrir que Gabriel Abrantes, co-réalisateur du loufoque Diamantino, se trouve aux manettes de celui-ci! Deux salles, deux ambiances, comme on dit. Toutes les images de la promo, et le titre même, évoquent une sorte de retour en arrière tendance film d’horreur hispanique des années 2000: le résultat se révèle en réalité bien plus surprenant.

Son extraordinaire décor principal détonne déjà: un palais perdu dans les bois portugais, où se rend un jeune homme n’ayant jamais connu sa famille. Grâce à un test ADN, celui-ci a retrouvé la trace de ses congénères: son frère et sa mère, terrés dans ce bel endroit hors du temps, qui l’attendent comme le messie. Trop ému par les retrouvailles, il abandonne ses a priori et ses craintes alors que sa petite amie, venue lui prêter main forte, se rend bien compte que RIEN ne va. Dans la forme, Amelia’s Children est un film d’horreur old-school (même la photo numérique imite le 35mm) mi-figue mi-raisin, qui exploite au mieux son atmosphère décatie (rappelant beaucoup le premier segment de Amer), se paume parfois en jumpscares et scènes oniriques gratuites, jusqu’à une construction en crescendo un peu paresseuse.

Là où on retrouve Abrantes, c’est dans le mélange des genres, ou plutôt des sous-genres, puisque se croisent le roman gothique (malédiction familiale, secrets enfouis, manoir tordu), la hagsploitation et par là même la granny horror, tendance discutable de l’horreur contemporaine auquel Abrantes va amener un vrai sens du grotesque. Dissimulé volontairement dans la promo, le personnage de la mère est le sosie improbable d’un Pete Burns après chirurgie (!!!) dont chaque apparition, chaque mimique, provoque un savant mélange de malaise et d’hilarité. De même que le choix de Carloto Cotta, le héros de Diamantino, peut paraître de prime abord discutable avec son regard de labrador perdu et son double rôle de jumeau gênant, mais convoque bel et bien une dimension de vrai second degré.

Même s’il attend volontiers sa dernière bobine pour assumer pleinement son humour (l’héroïne, atterrée des atroces révélations qu’elle vient d’apprendre, rentre au manoir et retrouve toute la famille s’éclatant dans le salon!) et son virage scabreux (la fin sonnant comme un semi-triomphe amoral, beaucoup plus réussi que celui de sa voisine de palier La Abuela), c’est bien les aspects les plus réjouissants qui l’emportent. J.M.

31 janvier 2024 en salle | 1h 32min | Epouvante-horreur, Thriller
De Gabriel Abrantes | Par Gabriel Abrantes
Avec Brigette Lundy-Paine, Carloto Cotta, Anabela Moreira

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