En bon bulldozer de l’effroi, la saga vidéo-ludique Silent Hill – et en l’occurrence surtout les deux premiers épisodes fondateurs – s’est autant inspirée qu’elle a inspiré elle-même. La liste pourrait être bien plus longue vous le devinez, mais voilà une poignée de curiosités bizarres et de classiques indéboulonnables qui sauront prolonger l’expérience pour les amateurs du soft de Konami…

L’échelle de Jacob (Adrian Lyne, 1990)
Nous savons, vous savez. C’est bien évidemment LE film matrice, celui par qui tous les malheurs sont arrivés. Un miracle tordu, que personne n’attendait de la part d’un spécialiste du drama érotique en papier glacé. Curieusement, ce voyage entre ciel et enfer mettra longtemps à voir son statut se mettre en place, comme si personne n’était tout à fait prêt à l’époque. Sa mélancolie, son horreur qui tâche sans partir, son twist (déjà pas original à l’époque certes) et ses apparitions traumatiques, imitées, copiées, rapiécées à l’envie. On le dira encore et encore : s’il y a bien une adaptation parfaite de Silent Hill, c’est celle-là.

Lost Highway (David Lynch, 1997)
Son esthétique néo-noir semble en tout point opposée au pandémonium décrépit de Silent Hill, et pourtant : la ressemblance entre Bill Pullman et le James du Silent Hill 2 original devrait déjà vous mettre la puce à l’oreille. Mais aussi la dualité brune/blonde (bien que empruntée à Hitchcock). Le sentiment de perdition totale, le motif de la vhs révélatrice de l’horreur, le sound-design asphyxiant… Passage obligé.

La secte sans nom (Jaume Balaguero, 1999)
Révélé par Alice, court-métrage glauquissime flottant dans un ether quelque part entre Tetsuo et Begotten, Jaume Balaguero change de braquet avec son premier long, qui chope le public de l’époque à la glotte, déshabitué il faut dire de l’horreur poisseuse et nihiliste. Si son impact sera indiscutable (ah le nombre de films espagnols pseudo atmosphériques qui hanteront les couloirs du festival de Gerardmer pendant presque quinze ans..), aujourd’hui La secte sans nom peut donner l’impression de ne pas suffisamment le lore cruel de la secte vedette (qui annonce déjà un certain Martyrs). Très difficile cependant de ne pas penser au soft de Konami, entre le point de départ évoquant celui de Silent Hill 2 (une mère reçoit un appel de sa fille morte), son climat ultra-depressif, ses ballades dans des sanatoriums abandonnés ou ses hôtels lugubres, ses flashs fantomatiques so 90’s… Source d’inspiration ? On pose la question…

Insomnies (Michael Walker, 2000)
Jacob et sa foutue échelle mettra un petit moment à faire des petits, autant de « psychotic men movie » qui se multiplieront de la fin des années 90 à celle des années 2000 : Hypnose, Trauma, Trouble, The Machinist, The Jacket, Le nombre 23, Fenêtre Secrète… Dans ce gloubi-boulga pas hyper fréquentable, on choisit volontiers le totalement oublié Chasing Sleep (aka Insomnies) où Jeff Daniels, livide, ne retrouve plus sa femme et devient fou à force de faire une fixette sur une infiltration d’eau. Huis-clos moite, héros torturé, invités hostiles et mystérieux… sans parler une apparition humide et monstrueuse dont se rappellent aisément tous ceux qui ont vu le film. Oui, on pense autant à Polanski, dont Le locataire reste bien évidemment une référence clef au pays de la camisole, qu’à un certain Silent Hill.

Re-Cycle (Danny & Oxide Chun Pang, 2006)
Saucés par le fantomatique The Eye, qui transformera la Thaïlande en nouveau luna park pour spectres à cheveux longs, les frangins Pang enchaîneront avec ce plus méconnu Re-Cycle, réalisé deux années avant le Silent Hill de Gans. Une écrivaine s’y retrouve propulsée dans un monde parallèle peuplés de zombies et de revenants grimaçants, où il lui faudra traverser villes abandonnées et forêts sinistres pour trouver l’éventuelle porte de sortie. Entrevu comme une curiosité silenhillesque à l’époque, le film a gagné en bizarrerie tantôt voulue, tantôt accidentelle, avec sa cohorte de fx infernaux et sa mièvrerie mal placée. Cependant, impossible de passer sous silence ses embarrassants tunnels anti-avortements (la grotte des fœtus : pitié…), qui résonnent fort mal au vu de l’actualité rétrograde (Exit 8 on te regarde)…



