« Sick » de Kirby Dick dans la Carte blanche Chaos à l’Etrange Festival 2023

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Atteint de mucoviscidose, Bob Flanagan vit dans un corps qui ne lui appartient plus. Ce « superhéros humaniste » (tel qu’il se décrit) expérimente la douleur en soignant son mal par le mal en faisant de son corps une création à la fois fascinante et horrifiante. Son objectif: reprendre possession. Dans cette démarche, le performer sera soutenu par Sheree Rose, photographe de l’underground californien à la fois «maîtresse» et compagne, qui restera à ses côtés pendant 16 ans. Une histoire d’amour, de sexe, de mort et de bondage.

Sick est un documentaire sorti dans les salles françaises en 1998 avec une interdiction aux moins de 16 ans et un avertissement. Ajoutez par-dessus l’étiquette « underground » et vous pouvez être sûrs que l’objet n’intéressera que les amateurs de curiosités déviantes. Pourtant, en le regardant de plus près, Sick n’a rien d’un grand-huit doloriste, insoutenable, hystérique ou complaisant. Au contraire, c’est une affirmation de la vie bouleversante, au cœur gros comme ça.

Pour convaincre les plus rétifs, il faut découvrir Bob Flanagan, héros de cinéma à lui seul qui s’est battu contre une maladie pendant 43 ans. Un romantique extrême dont les yeux semblent taillés dans un bout de ciel et qui exhibe sans complexe sa chair mutilée. Sans jamais prendre en otage, le documentariste Kirby Dick filme ce corps massacré par les piercings lors d’happenings impressionnants où Flanagan n’hésite pas entre autres à se clouer le pénis. Certes, ce sont des images difficiles à regarder, mais tout l’univers de Flanagan est capté par Dick avec une pudeur inouïe, en appelant un chat un chat.

Le sadomasochisme, tant redouté, n’est pas tant montré comme une transgression mais comme un vrai art de vivre. Lorsque la jouissance affleure ou que la pose est esthétique, Sheree Rose, la complice de Flanagan, prend des photos pour créer une exposition (une «exhibition» en anglais). La recherche d’une forme d’excitation à travers la douleur est donc manifeste dans cette relation sensible dominant/dominé, amoureux/amant, artiste/muse. A chaque blessure, suivent une caresse apaisante, des baisers laissés dans le cou.

Au final, la vraie souffrance réside TOUJOURS ailleurs, dans le simple fait d’être né différent avec une maladie mortelle qui astreint chaque jour un peu plus. Pour Flanagan, chaque matin était un bonheur. Chaque journée était une victoire. Ses parents se sont rendus compte d’une telle souffrance que très tard et ne voyaient en lui qu’une façade, un gamin comme les autres avec juste un sens de l’humour «différent». On sort de là le sourire aux lèvres, les yeux rouges, en conservant à l’esprit l’image la plus forte du film. Celle qui répond finalement à la question que Flanagan s’est posée toute sa vie (la douleur, c’est quoi?). Celle, post-mortem, où Sheree Rose extraie un bocal contenant le liquide encombrant les poumons de Flanagan. Un liquide immonde dans lequel il était en train de se noyer. RLV

Le programme 3 du vendredi 15 septembre à 19h30 où aura lieu la SOIRÉE CHAOS et lors de laquelle vous pourrez voir Silip de Elwood Perez, Quitter le jour de Anatole Levilain-Clément, Monde de Gloire de Roy Andersson, Kitchen Sink de Alison Maclean, Bien sous tous rapports de Marina de Van, Sick de Kirby Dick (par ici pour prendre votre place).

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