« Sexpérimentaux » à la Cinémathèque: fougue, foutre, foudre!

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Comme une réponse à l’affirmation de Jean-Luc Godard («On ne sait pas filmer les rapports sexuels»), Nicole Brenez et Luc Vialle présentent en mai à la Cinémathèque L’Image des plaisirs, une sélection de poèmes d’amour, de caresses visuelles et de pulsions scopiques. On était à l’ouverture du cycle, splendide partouze de cinéma chaud-chaos.

Le temps d’une soirée, voilà que la Cinémathèque s’est changée en Sexothèque! il fallait en effet compter sur l’ouverture de L’image des plaisirs: Sexpérimentaux, formidable capharnaüm de délices interdits dirigé par Nicole Brenez et Luc Vialle, célébrant l’érotisme et la subversion dans le cinéma expérimental. Notez que durant cette première partie qui se déroule jusqu’au 28 mai, les plus curieux pourront aller voir quelques grands films de cul célébrés par le chaos tels que Belladone de la tristesse, Un chant d’amour, Flaming Creatures, Bijou, Derrière la porte verte… Courez, sautez, foncez (et jouissez).

En guise de porte d’entrée, la projection introductive bien nommée Foudre Fougue Foutre mettait en exergue quelques talents durs à queer: on pouvait y voir Fuck the Fascism: El Cruce de dos mundos de MariaBasura Pandemicxxx & José Pouchucq (une réappropriation réjouissante du déboulonnage de statuts façon anarcho-queer); The Day I’ve Been Fucked in Front of the Entire World de Léolo Victor-Pujebet (et sa scène de cul comme irradiée d’un soleil aveuglant); Hot Heat de Marylène Negro (hilarante et instructive compilation des titres qui ont façonné la sexploitation); Fulmen de Othello Vilgard (exercice de collage stroboscopique proscrit aux migraineux); Lose Yourself With Me de Véronique Bourlon (escalade fleurie, abstraite et lynchienne au pays de l’orgasme féminin)… et deux coups de cœur qu’il est impossible de passer sous silence: les taiseux et ultra-charnels Mars Exalté et Memory Slot.

Après une belle tournée de festival (de Berlin où il a raflé le Teddy Award jusqu’à récemment Chéris-Chéries), Mars Exalté de Jean Sebastien Chauvin s’expose à nouveau sans pudeur. Un exercice muet et clivant qui provoquera au choix une levée de sourcils ou une séduction tranquille. Inutile de préciser de quel côté de la barrière se situe votre serviteur… Variation sulfureuse du mythique Sleep de Andy Warhol (en plus bandant et, dieu merci, en plus bref), ce court d’un calme olympien alterne prises de vues d’une cité à la tombée de la nuit et visions d’un sexy dormeur (Alain Garcia Vergara, fidèle collaborateur de Yann Gonzalez dont on reparlera par la suite) se tournant et se retournant sur sa couche. Un doux spectacle «froid dehors et chaud dedans» comme chantait Elsa, tenant entièrement dans ce contraste entre le béton armé, les lumières vacillantes et le métal qui s’endort, et un corps en clair-obscur baigné de transpiration et de sperme. Un moment suspendu entièrement voué à cette stase étrange du rêve mouillé où, des gouttelettes se frayant un chemin sur la peau, en passant par le rythme imposé par la respiration, chaque parcelle d’épiderme suinte d’un érotisme fracassant. C’est beau une ville la nuit, ah oui. Et un homme aussi…

En guise de cerise sur le gâteau, Memory Slot, réunissant à la barre Yann Gonzalez et Alain Garcia Vergara (agaaaain), s’amorce comme la pièce d’un plus grand puzzle, d’un projet fou (et pour le moment inachevé) illustrant musique et fantasmes sans s’attacher à une quelconque trame narrative. Pour le Track 1, tout s’anime et s’agite autour du splendide Planet E de Wladimir M, grand moment de techno langoureuse et ténébreuse qui donne envie de s’oublier dans le noir. Mais chez Yann, passer quelque temps dans l’obscurité, on appuie sur l’interrupteur: cinq hommes aux regards tristes et aux slips en feu se retrouvent et se réunissent dans des toilettes publiques imaginaires pour se pomper, s’aimer et s’abandonner. On peut s’amuser à y voir la réponse masculine à l’eldorado lesbien de Fou de Bassan, où cette fois, les rayons de la lune ont été échangés contre des halogènes collants. Poussant le bouchon porn beaucoup plus loin que Les îles, autre dérive magico-hardcore du réalisateur des Rencontres d’après Minuit, ce Track 1 saisit par son refus de s’excuser, son casting à la beauté aussi indécente que nouvelle (jamais un film de porn studio d’aujourd’hui ou d’hier n’aurait pu se permettre un tel mélange de silhouettes) et son besoin irrémédiable de faire ce qu’on ne fait plus (tant dans le cinéma que dans le porno). Une ode aux pissotières, aux amours passagères et aux hommes se concluant sur la possibilité d’un geste qui change tout, d’une vitale tendresse. Certains feraient bien d’en prendre de la graine. J.M.

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