Scream 4 : interview Wes Craven

Avec Scream 4, Wes Craven perpétue la tradition du cinéma d’horreur mainstream tout en analysant l’évolution du genre et d’une époque. En interview, il est aussi manipulateur que ses films.

Entre le premier Scream (1996) et Scream 4 (2011), qu’est-ce qui a changé?
Le genre, tout d’abord. Dix ans ont passé entre Scream 3 et Scream 4. Et c’est incroyable de voir l’évolution vers le torture-porn avec des films comme Saw et Hostel. Je ne pensais pas qu’on pouvait aller aussi loin dans le sadisme. Les modes de communications, également, ont changé, ne serait-ce que l’addiction des adolescents pour les réseaux sociaux. Et puis, nous avons changé, aussi. A l’époque, le scénario du premier Scream écrit par Kevin (Williamson) est arrivé au bon moment avec des adolescents cinéphiles coincés dans le cauchemar qu’ils avaient eux-mêmes crées. Je sortais de Freddy sort de la nuit et je désirais déjà offrir un regard nouveau sur l’horreur en jouant sur la mise en abyme et la déréalisation de la violence. 15 ans après, le scénario de Scream 4 arrive aussi au bon moment, avec le plaisir de retrouver une bande (Courteney Cox, Neve Campbell et David Arquette) et de découvrir de nouveaux acteurs comme Emma Roberts. Pour moi, c’est la révélation de Scream 4, comme Neve Campbell dans le premier.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de ressusciter Scream?
On pensait tous que l’on tournerait la page. Mais entre Scream 3 et Scream 4, Kevin et moi avons connu l’échec de Cursed, une mauvaise expérience qui nous a beaucoup éloignés de Bob Weinstein et de Dimension Films. D’autres scénaristes se sont greffés sur le projet, ont volontairement cherché à en faire un teen movie, et une bonne partie de ce que nous avions filmé a été détruit. J’ai passé des mois et des mois de ma vie là-dessus pour aboutir à quelque chose qui n’est même pas de moi. Suite à cela, je ne voulais pas entendre parler d’un quatrième Scream. Si j’ai accepté, c’est parce que j’ai été séduit par le concept de créer une nouvelle trilogie tout en enterrant la précédente et que le genre a évolué plus vite que prévu. Rien de comparable à ce qui se produisait au début des années 70, où nous pouvions aller jusqu’au bout de nos idées, sans contraintes, où nous filmions la plupart du temps de façon complètement illégale, avant de sortir le film sans autorisation. Aujourd’hui, c’est quelque chose qu’on ne pourrait plus faire.

Est-ce pour cette raison que vous avez soutenu des cinéastes comme Alexandre Aja et Dennis Iliadis, pour les remakes de La colline a des yeux et La dernière maison sur la gauche, en tant que producteur ?
Oui, j’ai produit les remakes de mes propres films (La colline a des yeux et La dernière maison sur la gauche) en laissant la possibilité à de jeunes réalisateurs d’avoir la même liberté que moi dans les années 70 face à la MPAA. La scène du viol dans le remake de La dernière maison sur la gauche est une exception à la règle. Les gens de la commission la trouvaient trop longue mais ils ont respecté le travail de Denis Iliadis qui ne cherchait pas à provoquer ou « la violence pour la violence ». Et faire un remake moins violent que l’original aurait été ridicule.

Comment avez-vous réussi à conserver le mystère autour de la révélation du tueur?
En fait, Kevin Williamson avait écrit plusieurs versions du scénario, que nous dissimulions sous des titres énigmatiques. Il y avait l’insistance des fans aussi qui nous suivaient sur Twitter et veillaient à ce que personne ne grille les surprises potentiels de Scream 4. Encore à l’heure où je vous parle, ils refusent de voir les bandes-annonces ou les extraits : ce sont des puristes. Il fallait rester le plus vigilant possible pour éviter qu’il y ait des fuites sur Internet. C’est une situation qui a commencé à être préoccupante au moment de Scream 3 et qui a empiré depuis. Si bien qu’avant de démarrer le tournage, nous ne connaissions pas encore l’identité du tueur.

Dans le premier Scream, les adolescents étaient décrits comme des cinéphiles fans de John Carpenter et George A. Romero. Dans Scream 4, ils sont préoccupés par la gloire et la célébrité à tout prix.
C’est contemporain et c’est pour ça que Scream reste une peinture assez juste de l’adolescence, même si l’ambition n’est pas de faire des teen-movie. Les ados ici sont plus retors que ceux des années 90 tout simplement parce qu’ils maîtrisent Internet, utilisent le Smartphone. Quinze ans après, on ne pouvait pas faire comme si les adolescents ne connaissaient pas les téléphones portables.

Est-ce exact que le scénario original de Kevin Williamson a connu des modifications?
En fait, le scénario n’était pas fini avant le tournage. Il a donc été construit progressivement. Nous avons conservé toutes les idées de Kevin Williamson, Ehren Kruger l’a secondé parce que Kevin était occupé par la série The Vampires Diaries et il a fait du bon travail. C’est moi qui, à la fin, validais et apportais les dernières modifications comme un correcteur. Par exemple, on a un peu modifié le dénouement de base parce qu’il ne nous convenait pas. A l’arrivée, Scream 4 est exactement le film que je voulais puisque je l’ai intégralement supervisé. Bob Weinstein m’a laissé les coudées franches et je n’ai aucun regret.

WES CRAVEN PRODUCTEUR

Entre Scream 3 et Scream 4, Wes Craven a produit, entre autres, deux remakes de ses films : La dernière maison sur la gauche et La colline a des yeux. Les réalisateurs Dennis Iiadis et Alexandre Aja commentent ses méthodes de travail.

DENNIS ILIADIS, LE REMAKE DE LA DERNIERE MAISON SUR LA GAUCHE
«Ma carrière a vraiment pris de l’ampleur avec Hardcore, mon premier long-métrage qui a été remarqué à une échelle internationale. Je me suis rendu à Hollywood où j’ai rencontré beaucoup de gens influents. Pendant ce temps, je travaillais sur l’écriture d’un scénario en Europe. Une des rencontres que j’ai faites a été Wes Craven. Il connaissait Hardcore et voulait que je travaille sur son projet de remake de La dernière maison sur la gauche. Je lui ai proposé mes idées narratives et visuelles. Un mois plus tard, je signais avec sa société pour le réaliser. J’ai vu l’original pour la première fois à la fin des années 80 sur une VHS que j’avais dû me procurer sous le manteau. Wes est épatant. Il parle peu mais sait ce qu’il veut. Surtout, il m’a laissé exprimer ma sensibilité et ne voulait pas que je cherche à lui rendre hommage par tous les moyens. Au contraire, il souhaitait que je me détache. De manière générale, j’aime son approche du cinéma. Ses films sont toujours intenses, nourris d’idées originales, et prennent une cohérence inouïe lorsqu’on les analyse bien. Pour moi, il a pratiquement inventé un genre. Sinon, je suis toujours en contact avec Wes Craven et son équipe pour collaborer une seconde fois

ALEXANDRE AJA, LE REMAKE DE LA COLLINE A DES YEUX
«La colline a des yeux 2, La Créature du marais et Cursed, sont les trois films qu’il regrette amèrement d’avoir accepté. Sur le remake, j’avais Wes Craven et le studio Fox Searchlight qui me soutenaient à fond. Leur politique était vraiment de faciliter au maximum la tâche du réalisateur. J’étais donc très bien entouré et, même si il y a eu des bras de fer ou des affrontements, j’ai quand même réussi à défendre ma vision du film. C’est lui qui a créé, avec des gens comme Tobe Hooper ou John Boorman, le cinéma qui nous a donné envie de faire des films ; c’est lui qui a créé Freddy, le boogeyman avec lequel nous avons grandi ; et puis finalement c’est lui qui va flinguer le genre en introduisant la touche Williamson dans le cinéma des années 90

Propos recueillis par Romain Le Vern

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