« Sans pitié » de Julien Hosmalin : un thriller français qui fait vraiment plaisir

Difficile d’avoir vu venir Sans Pitié, thriller français et premier long-métrage de Julien Hosmalin, pourtant venu frapper de plein fouet. Le récit de deux frères, l’un revenant dans la communauté de son enfance vingt ans après un traumatisme mystérieux, entre reconstruction larvée et vengeance brutale. Sans Pitié n’a, formellement, rien d’un premier film, transpirant d’une maîtrise visuelle riche. Chaque plan apparaît d’un esthétisme fou, frôlant parfois la pose, sans jamais oublier pourtant de se mettre au diapason d’émotions poignantes et d’une tension plus que palpable. De la violence brute à l’horreur ambiante, tout semble abordé avec retenue, refusant la monstration facile au profit d’une immersion par la sensation et l’imaginaire.

Profitant de moyens visuels visiblement riches et d’une créativité rare, Hosmalin n’oublie pourtant jamais que c’est dans la simplicité de sa mise en scène qu’il frappe le plus fort. De cette épure soignée, savamment réfléchie et inspirée, le long-métrage cultive des références évidentes qui ne l’écrasent jamais. Des grands espaces vides aux allures de quasi-western aux cadres iconiques des polars américains, Sans Pitié réinvestit toujours intelligemment les codes qu’il emprunte, bien plus que de simplement les reprendre, les mettant au service d’une noirceur qui n’est jamais figée.

Les motifs les plus attendus s’intègrent alors dans un récit qui ne l’est jamais, portant parfaitement son titre tant les ruptures qu’il opère à plusieurs reprises rebattent cartes et tripes. Les lumières de fête foraine de son introduction nostalgique se muent, en à peine quelques instants, en celles des lampes-torches d’une battue. Julien Hosmalin nous plonge au plus proche de l’humain, dans ce qu’il a de plus banal autant que de potentiellement monstrueux, descendant dans les abîmes d’une horreur sans détour. Tout se joue perpétuellement en sous-texte, la charge de chaque mot et de chaque action écrasant un peu plus que la précédente, jusqu’à éclater au grand jour.

Dario, remarquablement interprété par Adam Bessa, déjà saisissant dans Les Fantômes, encapsule toute la force du geste. Son visage marqué comme son attitude taiseuse suffisent, comme partout ailleurs dans le métrage, à tout raconter organiquement, sans dire mot. Outre quelques interprètes secondaires moins convaincants, il semble compliqué de s’extirper d’un univers aussi viscéralement saisissant. Dans une tension de chaque instant, le récit déstabilise d’abord par son rythme lent, tentaculaire, porté par des personnages complexes prenant le pas sur des enjeux clairs. Cette stagnation floue, d’une apparente pesanteur, n’est alors que l’incapacité à agir, à échapper au silence, qui larve les conflits internes jusqu’à les voir exploser.

En se saisissant, par les codes du thriller, de la question du traitement des traumatismes au sein de communautés, Julien Hosmalin fait progressivement muter son film vers un autre genre : le rape & revenge. Loin d’en appliquer la structure à la lettre, il le conjugue au masculin, soulevant les exactes mêmes dynamiques et problématiques pour les rendre plus évidentes. La noirceur qui suinte du récit, c’est autant celle des bourreaux que notre incapacité à échapper au poids du passé et à créer des espaces d’écoute et de reconstruction. Par son approche tentaculaire, Sans Pitié se fait le témoin de l’impact de faits individuels, divers, sur le collectif, incapable de les traiter autrement, confinant à une violence perpétuelle. La religion comme les grands récits du cinéma américain que reprend Hosmalin ne peuvent sauver d’une violence désormais humaine, monstrueuse. Les grands espaces deviennent ceux d’un lourd silence, comme les armes deviennent le seul moyen d’exprimer une intériorité salie. Ne reste qu’un brin d’optimisme face à la tétanie. Le thriller français a de beaux jours devant lui, et Julien Hosmalin aussi.

14 janvier 2026 en salle | 1h 34min | Drame, Thriller
De Julien Hosmalin | Par Julien Hosmalin, Olivier Torres
Avec Adam Bessa, Tewfik Jallab, Jonathan Turnbull

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