« Salem’s lot » de Gary Dauberman: un Stephen King adapté par le réal de « Annabelle 3 », fin de la blague

Second roman de Stephen King, Les vampires de Salem / Salem’s lot fait partie sans pression aucune de ses plus grands chefs-d’œuvre. À une époque où le vampirisme est encore assimilé aux longues capes et aux châteaux embrumés, le roi du Maine faisait propager ce mal à la manière d’un virus dans une petite ville qui n’avait rien demandé. Si cela tenait du jamais-vu alors, porter une telle œuvre aujourd’hui à l’écran manquerait quelque peu de fraîcheur et d’intérêt. Si le livre a bien sûr gardé sa puissance intacte, rien n’est moins sûr en ce qui concerne ses adaptations… Remplaçant un Romero initialement prévu, Tobe Hooper s’y casse les dents (longues) en 1979 dans une adaptation handicapée par ses racines télévisuelles (il faut mettre l’audace et le grand-guignol en veilleuse): c’est bien chaussé dans ses pantoufles, mais honnête, disons-le. On a conservé moins de souvenir de sa nouvelle monture (toujours télévisuelle) de 2004, car nettement plus anecdotique.

En plein revival Kingesque des années 2010, une adaptation, cette fois calibrée pour le cinéma (la chute va vous surprendre), est susurrée. On aurait rêvé de Tomas Alfredson, le réalisateur de Morse, ou d’un John Carpenter de la belle époque (qui aurait saisi à la perfection l’atmosphère lourde et la terreur rampante du roman), on imaginait même Mike Flanagan; le bonhomme, probablement écarté, signera avec un Midnight Mass inégal une sorte de variante du livre de King. C’est finalement ce bras cassé de Gary Dauberman qui se retrouve à la barre, scénariste médiocre à qui l’on doit le saccage du bout de la plume de IT, du remake des Griffes de la Nuit et de quelques idioties du Conjuring-verse. Côté CV, un seul long-métrage en tant que réalisateur, le troisième Annabelle. Qui a dit qu’on assistait à un accident au ralenti?

Bien enfermé dans les tiroirs de la Warner, son Salem’s Lot est sans cesse repoussé depuis 2021. Deux solutions donc: trop compliqué à vendre, car audacieux ou bizarre, ou tout simplement… sans intérêt? Las, la seconde option l’emporte. Rabotant son film, d’une durée initiale de 3 heures (au secours), Dauberman verra son triste enfant difforme atterrir sur la plate-forme HBO Max, et c’est amplement mérité. Dès son générique full CGI, on sait qu’on est ni au bon endroit, ni avec la bonne personne: Stephen King, bien connu pour absolument tout kiffer, nous parlait d’un bon film à l’ancienne en guise de présentation. Or, tout le problème de ce Salem (not a) Lot est de ressembler à n’importe quelle production Blumhouse ou Sony: les nuits sont atrocement vertes/bleutées, le comte mordicus ressemble à n’importe quel crâne d’œuf vorace aperçu sur les écrans noirs depuis vingt ans, les effets spéciaux numériques se déchaînent à la moindre occasion (l’idée de la croix fluo, probablement ce qu’on a fait de plus moche dans le genre vampirique depuis un bail), la mise en scène vise le minimum syndical…

Fort d’un héros inexistant (Lewis Pullman est le fils de Bill Pullman, ce qui explique bien des choses), Dauberman ajoute de l’action et du gore à gauche à droite, et va jusqu’à grossir l’arc du petit Mark Petrie, afin de donner des allures de sous-IT au film. Un mimétisme souffreteux qui se retrouve jusque dans l’apparence des vampires, reprenant le look de ceux du film de Hooper, peut-être pas à tort (la scène de la fenêtre a été un traumatisme générationnel en son temps), mais confirmant que le brave créateur d’Annabelle est incapable de créer ou d’inventer quoique ce soit de son propre chef. En bref: laissez ce livre de King tranquille (trop tard, me direz-vous) et faites que le cinéma américain abandonne les vampires pour un moment (oui oui, on sait, un Nosferatu arrive…).

Dispo depuis le 3 octobre 2024 sur Max | 1h 54min | Epouvante-horreur
De Gary Dauberman | Par Gary Dauberman
Avec Lewis Pullman, Makenzie Leigh, Bill Camp

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