Comme convenu, Ulrich Seidl clive avec Rimini, son nouveau long métrage présenté en compétition au Festival de Berlin, qui se veut le premier volet d’un diptyque en préparation.
Les plages italiennes, il les préfère l’hiver, nimbées de brouillard: dans Rimini, en compétition à Berlin, le cinéaste Ulrich Seidl filme avec une crudité que l’on peut trouver haissable ou fascinante la solitude d’une ex-vedette de la chanson dans un monde sans amour, ou presque. Abandon de famille, alcoolisme, félonie, appât du gain et chair triste… Le cinéaste suit donc Richie Bravo (Michael Thomas), un crooner autrichien qui survit en poussant la chansonnette pour 200 euros la soirée à des groupes de retraités, dans des hôtels bas de gamme de cette cité balnéaire de la côte adriatique. Un style quasi-documentaire, un décor à la Michel Houellebecq, pour filmer un Casanova pathétique, homme sans honneur, charmeur, mais profiteur, hypocrite et prêt à tout monnayer.
Le film s’ouvre juste après le décès de la mère de Richie Bravo. Ce dernier vient rendre visite à son père, atteint de démence, dans la maison de retraite où il finit ses jours, marmonnant des chants nazis. Manière de signifier qu’il n’y a plus rien à sauver dans son Autriche natale, que Richie Bravo a quitté pour s’installer dans une villa à la décoration kitsch, son « bateau pirate » de Rimini. Ce anti-héros semble incapable d’établir une relation saine avec quiconque: ni les femmes qu’il séduit avant de leur faire payer ses services sexuels, ni les Italiens qu’il côtoie, encore moins les demandeurs d’asile qui errent dans les rues désertes.
Ulrich Seidl n’estime pas avoir tourné un film moins pessimiste que ses précédents opus, notamment le trio Paradis : Amour, Paradis : Foi et Paradis Espoir, sur l’obésité adolescente, le tourisme sexuel ou le fanatisme. Et pourtant, le réalisateur de Dog Days et de Import/Export parvient à cultiver dans ce terreau désolé une petite graine d’amour improbable, entre Richie Bravo et sa fille Tessa, qui avait coupé les ponts avec lui 18 ans plus tôt et surgit de nulle part pour lui demander des comptes. Deux personnages paumés en quête de bonheur, qui finiront malgré tout par s’apprivoiser, au rythme kitsch des chants d’amour entonnés par la vedette déchue. Ce film se veut le premier volet d’un diptyque en préparation (l’autre volet sera axé sur l’autre frère) et donc une réflexion sur le passé qui nous rattrape toujours. A.V.
