Gangs de punks, apparitions d’extra-terrestres et savant fou. Bienvenue dans l’Amérique décalée de Alex Cox, visite guidée par Harry Dean Stanton et Emilio Estevez.
PAR JEAN-FRANÇOIS MADAMOUR
Après avoir quitté l’UCLA (une école de cinéma aux États-Unis), Alex Cox débute comme scénariste. Essuyant les refus de United Artists et d’Adrian Lyne, aucun de ses projets ne voit le jour. Plus tard, il retrouve Jonathan Wacks et Peter McCarthy, deux camarades de l’UCLA qui ont monté une boîte et leur propose de produire son long métrage. Dans un premier temps, il leur confie le scénario de The Hot Club, une comédie sur des vétérans de la guerre nucléaire, qui réclame trop de moyens. A deux doigts d’abandonner sa carrière, Cox écrit une autre histoire en s’inspirant de son voisin de palier, Mark Lewis, qui récupère des voitures en sale état. Lorsqu’il finit le script, il l’accompagne de quatre pages de bande-dessinée pour donner une idée du visuel.
Par hasard, Michael Nesmith découvre cet assemblage original et le montre à Bob Rehme, l’ancien patron de Universal, réputé dans le milieu pour être bienveillant à l’égard des artistes marginaux. A l’arrivée, ça donne Repo Man, un mélange de comédie punk, de désenchantement social et d’hallucinations fantastiques rendant hommage au film noir (Kiss me deadly, de Robert Aldrich) et au western-spaghetti (le désert du Nevada en guise d’introduction avec une musique évoquant Ennio Morricone).
Otto (Emilio Estevez, avant le «brat pack») se consume dans un quartier paumé de Los Angeles en travaillant le jour dans un supermarché et en musardant la nuit avec ses potes Duke (Dick Rude, acteur fétiche de Cox) et Debbi (Jennifer Balgobin). Lorsqu’il est viré, il rencontre Bud (Harry Dean Stanton), un philosophe qui collectionne les voitures dont personne ne veut et devient un «Repo Man» pour un garagiste fou (Tracey Walter, acteur repéré chez Jonathan Demme). Là-bas, il y a l’étrange véhicule d’un scientifique (Fox Harris) dont le coffre pourrait renfermer une entité extra-terrestre. Exploitant comme une obsession un climat apocalyptique de guerre nucléaire, Alex Cox construit un récit original et sombre où les personnages sont décrits comme les laissés-pour-compte de l’Amérique Reaganienne, perdus entre l’idéalisme et le cynisme, entre hier et demain.
Doté d’une somptueuse BOF (Iggy Pop, Los Plugz, Circle Jerks, Fear, Suicidal Tendencies, Black Flag et Juicy Bananas), le film constitue une influence majeure chez les cinéastes spécialisés dans la captation des troubles adolescents comme Terry Zwigoff (Ghost World) et Richard Kelly (Southland Tales).


![[KISSED] Lynne Stopkewich, 1996](https://www.chaosreign.fr/wp-content/uploads/2018/10/KISSED.jpg)
![[SCHIZOPHRENIA] Gerald Kargl, 1983](https://www.chaosreign.fr/wp-content/uploads/2018/10/angst-1068x581.png)