« Reedland » de Sven Bresser à Cannes 2025 : un polar rural qu’il est (très) austère

Votre merveilleuse équipe a pu se rendre à la Semaine de la Critique, qui ouvrait hier sa propre compétition avec le premier film néerlandais sur la Croisette depuis Borgman en 2013 (les films français de Verhoeven ne comptent pas) et également le premier long-métrage de Sven Bresser.

Tourné dans les paysages moins connus des roselières hollandaises, plus rugueux et moins glamour que les champs de tulipes, Reedland est un polar rural austère et avare en dialogues. Le film épouse en cela la psychologie et le point de vue de son protagoniste, Johan, un fermier sexagénaire joué par le vétéran Gerrit Knobbe, sosie teuton de Didier Deschamps (de roseaux), s’il avait joué pour les Oranje. Le film s’applique dans un premier temps à restituer le rituel de la culture du roseau dans une séquence d’ouverture plutôt impressionnante de maîtrise visuelle. C’est qu’entre le grain de l’image et le côté hypnotique du vent dans les roseaux, Sven Bresser, son chef opérateur et son équipe son composent un chant des éléments – terre, air, feu et eau sont tous les quatre conviés, dans cet ordre.

Du quotidien millimétré et en péril de Johan, car menacé par les lois européennes et la concurrence chinoise, le film glisse doucement vers le thriller lorsque ce dernier découvre dans sa parcelle le corps dénudé et sans vie d’une jeune fille du coin. Devant le piétinement de l’enquête criminelle, le fermier décide d’y mettre son grain de sel et de plonger un peu plus dans la noirceur. On a là tous les arguments d’un bon polar campagnard, à la croisée des chemins entre Miséricorde (sans le désir) et Petit Paysan. Le versant criminel du film, appuyé par le dérèglement psychologique de Johan, en proie à des méandres fantastiques gratuits (une matière noire qui lui colle à la peau) comme pour forcer le trouble et mystère, s’essouffle hélas très vite.

À aucun moment les passages oniriques ou de violences du film ne tiennent la dragée haute aux scènes de fauchage de plants de roseaux, aux nervures de la peau burinée de Johan (Gerrit Knobbe, clef de voûte du film) ou encore à une scène de coït chevalin ultra chaos.

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