Une femme regarde brûler un homme attaché à une chaise avec la même expression qu’on aurait devant une machine à laver en fin de cycle. C’est l’ouverture de Redux Redux, et les frères McManus, Kevin et Matthew, qui ont eu l’audace ou la flemme de caster leur propre sœur dans le rôle principal n’ont pas besoin d’en rajouter. Le ton est posé. On n’en saura pas beaucoup plus et c’est très bien comme ça. Le pitch tient en une phrase : une mère voyage entre univers parallèles dans une boîte en acier de la taille d’une cabine téléphonique pour tuer encore et encore l’homme qui a assassiné sa fille. Pas d’explication sur la machine. Pas de mythologie alambiquée. Pas de savant fou en pull col roulé pour contextualiser l’impossible. Juste une femme, un meurtrier, et l’éternité comme punition. C’est Chris Marker qui aurait regardé trop de westerns, du Terminator sans le chrome et sans l’espoir, le deuil comme protocole.
Michaela McManus porte le film sur ses épaules avec une économie de moyens qui ferait passer certaines stars du circuit festival pour des débutants en Actors Studio. Son Irene Kelly est une femme vidée de l’intérieur qui continue de fonctionner par inertie. Cadre ferme, regard électrique, mâchoires qui retiennent ce que le corps voudrait hurler. Paul Koch accompagne ça d’une bande-son synthétique qui sait rester à sa place, ce qui, dans le cinéma indé de SF, relève déjà du miracle. Le film déraille légèrement quand il s’aventure vers l’action et tente d’étoffer sa mythologie. On sent les frères McManus hésiter, vouloir en donner un peu plus, et c’est là qu’ils en donnent trop. Mais ils se rattrapent dès qu’Irene recueille Mia, ado ligotée dans l’appartement du tueur, nouvelle fille de substitution venue perturber le cycle. La dynamique entre les deux, quelque part entre Sarah Connor et sa progéniture et le Paper Moon de Bogdanovich, sauve la deuxième moitié du film de ses propres ambitions.
Ce qui distingue Redux Redux de l’habituelle SF indépendante à prétentions philosophiques, c’est qu’il ne se prend pas pour plus qu’il n’est tout en étant exactement ce qu’il prétend être : un film sur le deuil qui refuse la catharsis, sur la vengeance qui ne répare rien, sur les tasses de café qui changent de couleur d’un univers à l’autre parce que c’est comme ça et pas autrement. La conclusion est ouverte, et Irene repart dans sa boîte en acier vers un univers qu’on ne verra pas. Ce qu’elle y cherche encore, après tout ça, on préfère ne pas trop y penser.
Réalisation : Kevin & Matthew McManusScénario : Kevin & Matthew McManus Photo : Alan Gwizdowski Musique : Paul Koch Production : Michael J. McGarry, Kevin McManus, Matthew McManus Interprètes : Michaela McManus, Stella Marcus, Jeremy Holm Distribution : Shadowz |
Réalisation : Kevin & Matthew McManus

![[LE SONGE DE LA LUMIERE] Víctor Erice, 1992](https://www.chaosreign.fr/wp-content/uploads/2026/03/le-songe-erice-1068x530.jpg)
