Récompensé d’un Prix du Public à Gérardmer, et très prochainement disponible sur Shadowz, il serait peu dire que Redux Redux, dès son pitch, alléchait franchement. Le récit d’une mère prête à traverser le multivers, en quête d’une réalité parallèle dans laquelle sa fille, assassinée par un serial killer, serait encore en vie. Un thriller SF de série B satisfaisant, quoiqu’un peu convenu, au service d’une quête poignante et désespérée.
Nul besoin de s’attendre ici à un grand ouvrage, les moyens étant sans doute modestes, autant que les choix formels. Outre quelques prenantes ambiances nocturnes, la photographie reste souvent assez grisonnante, tout comme la mise en scène des frères McManus, assez fonctionnelle. On lorgne parfois, dans les moments les plus relevés, vers une caméra confuse façon Greengrass, à laquelle on préférera la simplicité d’instants de tension plus posés et réfléchis.
Jamais insatisfaisante, la promesse formelle de série B reste pour autant sans grand éclat marquant, malgré des inspirations joliment tenues, notamment du côté des déserts âpres de Terminator. Le manque d’un petit supplément d’inventivité et de rigueur formelle frustre d’autant plus qu’il dénote avec une direction artistique franchement plaisante, de la machine à voyager dans les multivers aux éléments plus terre à terre et sombres des meurtres.
Là où le tour de force de Redux Redux se joue, et déjoue ses défauts par la même occasion, c’est avant tout dans son introduction radicale. Les frères McManus refusent catégoriquement de nous prendre par la main, préférant nous catapulter dans une incompréhension surexcitée, brutale, faite d’un silence mystérieux. Toute la saveur que pouvait laisser supposer le concept est alors là, excellemment exploitée, quand bien même le film se condamne nécessairement à baisser en intensité par la suite. La structure bégaie alors assez et ne cesse de s’éparpiller, obligeant, pendant un bon tiers du métrage, à ne pouvoir que rester en surface narrativement. Le road movie se fragmente en îlots dont la continuité échappe souvent, rallongeant artificiellement l’ensemble.
On aurait alors aimé voir le long-métrage se resserrer davantage sur le duo de protagonistes qui fait son âme, d’abord insaisissable puis profondément attachant. C’est finalement dans les subreptices instants de complicité, autant que dans son bouleversant climax, que se révèle le cœur du geste : son approche humaine. Saisissant combien le trope du multivers est aujourd’hui suranné, en grande partie à cause des marvelleries qui l’ont essoré au possible, les frères McManus font l’habile choix de soumettre le concept au parcours émotionnel. Les voyages dimensionnels n’ont alors rapidement plus grand-chose d’amusant, mais deviennent résolument pénibles, routiniers, à l’image d’une quête désespérée.
Redux Redux plonge à corps perdu dans l’expérience du deuil traumatique, entre espoir et volonté d’en finir face à un besoin de justice ambigu, parfois jusqu’au toxique. Les multivers qui se répètent à l’identique se muent alors en répétitions des réflexes traumatiques, forçant à y rester prisonnier malgré toute bonne volonté. Limité par l’envie d’un projet contraint de se rythmer à coups de péripéties spectaculaires souvent factices, et de fait pas encore assez radical, le geste touche pourtant par son désespoir sincère.
1h 48min | Epouvante-horreur, Science Fiction, ThrillerDe Matthew McManus, Kevin McManus Avec Michaela McManus, Jim Cummings, Jeremy Holm |
1h 48min | Epouvante-horreur, Science Fiction, Thriller


