Red Hill : interview Patrick Hughes

Premier film de Patrick Hughes, Red Hill sort en DVD et Blu-ray. Film étonnant, sorte de western contemporain aux accents de slasher, Red Hill vaut le détour. Rencontre avec son créateur.

Pour un premier film, Red Hill représente un sacré challenge. Néo-western contemporain aux accents de slasher (ou de « Shoot them all ») et à tendance quasi-mystique, le film étonne par sa complexité. Son réalisateur, l’australien Patrick Hughes, s’est donné corps et âme pour que son scénario puisse prendre vie et devenir son premier long-métrage. Gageons qu’il ne sera pas le dernier, le réalisateur semble bien être en mesure de marcher dans les pas d’un certain George Miller…

Pour un premier film, vous avez été ambitieux ! Pourquoi un western ?

J’ai toujours adoré les histoires de western, qui reposent sur l’honneur, sur la vengeance. Sur un code moral en fait. Ca m’a toujours fasciné. J’aime cette couleur particulière à ce genre. Et je voulais réussir à pouvoir le transposer en Australie même si c’est, à la base, un genre américain. C’était un pari qui m’intéressait. Et en ayant pas mal voyagé dans mon pays, je savais qu’il y avait des paysages à exploiter, qui conviendraient parfaitement. Et j’ai découvert cette ville, Omeo, qui avait tout d’une ville de western, avec en plus des paysages magnifiques. C’est une ancienne ville très importante, l’une des principales villes durant lorsque les pionniers venaient en Australie à la recherche d’or… Puis elle a été abandonnée, et aujourd’hui, ne reste plus qu’une ville fantôme. Et, si le western est américain, il pourrait être australien. Les deux pays ont une histoire similaire, basée sur la conquête et les conflits avec les natifs…
Red Hill se range dans la catégorie des westerns, mais le film utilise aussi de nombreux codes venant du film d’horreur, du slasher en particulier…
En fait, ce n’est pas vraiment volontaire. Je n’ai pas décidé de faire un western avec des éléments d’horreur. Je m’en suis rendu compte au fur et à mesure du film… Mais cette résonance horrifique est plutôt logique : quand vous avez des gens qui se font traquer, blesser et tuer un par un par un homme défiguré présenté comme un monstre sanguinaire, vous retrouvez inévitablement des codes du film d’horreur. Mais ce n’était pas ma priorité ici. Je voulais faire un film sur l’honneur, la culpabilité et la rédemption.

Vous venez de la publicité, milieu dans lequel vous êtes reconnus (Lion d’Or au Festival du Film Publicitaire de Cannes avec le spot Signs pour une boisson très sex… Euh, schweppes). Pourquoi le cinéma ?

En fait, j’ai été dans le cinéma avant de faire de la publicité. J’ai déjà dû réaliser près de 25 courts-métrages. La pub, c’était pour vivre certes, mais c’était aussi très formateur et j’ai vraiment apprécié. On voyage énormément, on rencontre des gens extrêmement compétents et doués, parfois les meilleurs dans le domaine de l’audiovisuel. C’est une école formidable. Mais je voulais aussi réaliser mon film. J’ai écrit plusieurs scénarii, sans trouver de producteurs. Il fallait faire ses preuves, alors je me suis lancé.

Vous êtes réalisateur, scénariste et monteur de Red Hill, ce qui représente un sacré travail. Combien de temps avez-vous passé sur le film ?

Onze mois. Depuis l’écriture du film jusqu’à la présentation à Berlin (section Panorama de la Berlinale). Au final, ça a été assez rapide. On a tourné en quatre semaines, les budgets étaient serrés. Et puis je dois dire que c’est assez excitant de tout faire soi-même, d’être son propre boss

Justement, en parlant de budget… Vous avez fait le film sans avoir les financements nécessaires (il a d’ailleurs fait hypothéquer sa maison). C’était risqué…

Oui, c’était risqué, mais à un moment, il faut y aller. C’est dur de faire un premier film, il faut se lancer. Beaucoup de réalisateurs, aujourd’hui parmi les plus grands, ont commencé ainsi. Il faut avoir le courage, et laisser ses craintes de côté. Et j’ai eu la chance d’être entouré d’une super équipe, d’un casting vraiment formidable. Après, quand vous tournez dans une ville comme Omeo, vous ne dépensez pas grand-chose. Les gens ne vivent pas dans la ville, mais à l’extérieur. On ne les dérangeait pas vraiment, et ils étaient même ravis de pouvoir aider. Alors vous pouvez faire ce que vous voulez, sans avoir à courir après des permis… Pour quasiment rien !

 

Que pensez-vous de l’engouement autour du cinéma australien actuellement ?

C’est bien ! Je pense qu’il y a un potentiel énorme, qui se vérifie avec des films comme Animal Kingdom ou The Square. Et surtout des films qui prennent un véritable parti. Les choses bougent, avec pas mal d’œuvres de genre.

Un prochain projet ?

Pour l’instant, je profite. De ma famille surtout. J’ai travaillé dur, alors je profite, simplement. Mais il y aura d’autres projets, c’est sûr.

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