« Que ma volonté soit faite » à la Quinzaine à Cannes 2025 : du cinéma aux belles images ravagées

On attendait au tournant Que ma volonté soit faite, premier long-métrage de l’écurie Venin Films et deuxième long de Julie Kowalski, ayant signé entre-temps sur le court-métrage J’ai vu le visage du diable, où crise d’adolescence et exorcisme s’entremêlaient dans une Pologne obscure. Le rapport entre les deux paraîtra de prime abord lointain (sa nouvelle héroïne n’est pas une adolescente et le film se situe cette fois en France) mais on peut s’amuser à l’imaginer comme une prequel, le retour de l’épatante Maria Wrobel, atteinte du même « mal », faisant allègrement le pont entre les deux œuvres. Elle y incarne ici Nawojka, dont la famille polonaise s’est établie dans la France profonde, une jeune fermière écrasée par père et frères. Le nez dans la bouse, le regard ailleurs, elle convulse en secret de curieux maux, peut-être hérités de sa mère, disparue dans des circonstances disons brûlantes. Le retour d’une voisine au passé mystérieux (Roxane Mesquida en mode grunge nonchalante), méprisée par les gens du coin, va raviver d’étranges rancœurs et réveiller un véritable trouble chez la jeune fille, hypnotisée par cette créature claudicante et insolente.

Vendu quelque peu à tort comme un film ouvertement fantastique (c’est en tout cas ce que le synopsis laisse entendre), Que ma volonté soit faite a justement la singularité de n’être ni un film de possession, ni un Carrie champêtre ou un The Witch à la sauce Strip-Tease, plus proche de la rugosité de Peaux de Vaches ou de Petit Paysan, avec vraie louche d’étrangeté. B.O orageuse, atmosphère pesante et poisseuse, de charogne, de feu et de boue, comme une brassée de folk-horror… sans folk-horror. Tout tient justement dans ses ambiguïtés, ses non-dits qui chuchotent parfois ce qu’il faut (Nawojka détient-elle un pouvoir incroyable, une malédiction ou frôle-t-elle la démence ?), ou à d’autres endroits, n’en disent peut-être pas assez.

Un corps flambant dans la nuit (superbe et intrigante intro), un mariage où la vodka a remplacé l’eau dans les carafes, un magma vénéneux tuant le bétail… Entourée de pures gueules vu chez Guiraudie (en l’occurrence Jean-Baptiste Durand et Raphaël Thierry), la présence de la jeune Maria Wrobel, encore petite fille aux yeux des autres, mais jeune fille en feu au dedans, l’emporte sur un insolite personnage de tentatrice, mi-figure maternelle cassée, mi-bizarre désir. Son somptueux sabbat intérieur et son émancipation barbouillée de cendres nous laissent quelques belles images ravagées.

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