Après avoir donné un coup de fouet au film de mort-vivant avec Dernier train pour Busan, le cinéaste s’attaque à un plus gros poisson: le film de super-héros.
PAR MORGAN BIZET
Psychokinesis ressemble de loin à toute origin story propre au genre, un homme lambda, Seok-Hyeon, se découvre des pouvoirs télékinésiques extraordinaires après avoir bu l’eau d’une source contaminée par un liquide issu d’une météorite tombée sur terre. Sauf que Yeon Sang-ho n’exécute pas ici une commande pour Disney/Marvel – qui sortait d’ailleurs au même moment son énième bulldozer, Avengers 3. Son protagoniste est un lâche désagréable, qui a abandonné femme et enfant, voyant d’abord dans ses dons un moyen de se faire de l’argent facile. A l’opposé, sa fille, Roo-mi est une exceptionnelle battante qui lutte contre l’anéantissement de son restaurant et de tout le quartier environnant dans le but d’en faire un complexe commercial voué à remplir les poches d’une multinationale coréenne. La mort de sa mère lors d’une échauffourée avec le gang de malfrats payé par l’entreprise machiavélique pour virer de forcer les derniers récalcitrants va l’amener à reprendre contact avec son père qui s’avèrera finalement un allié de poids dans son combat, tandis que ce dernier y verra le moyen d’une possible rédemption.
Vous l’aurez compris, Psychokinesis, comme Dernier train pour Busan, se sert des codes d’un genre populaire pour offrir une œuvre à double dimension. Celle intime et mélodramatique d’un père misérable cherchant à se faire pardonner ses erreurs par sa fille, et celle sociale et politique qui met à mal un pays inégalitaire. Toutefois, et c’est le reproche principal qu’on peut faire au film, Yeon Sang-ho ne témoigne pas du même amour pour le film de super-héros que celui du film de zombie. Si Dernier train pour Busan restait une œuvre horrifique palpitante et angoissante, Psychokinesis convainc beaucoup moins dans son traitement de l’action pure. Les scènes où Seok-Hyeon doit faire usage de ses puissants pouvoirs contre l’oppresseur sont globalement fastidieuses et mal chorégraphiées, et souffrent d’effets parfois cheap.
Cependant, la démarche du cinéaste est surtout parodique. Seok-Hyeon n’a pas la droiture d’un Captain America ou l’aura d’un Superman. Le réalisateur retrouve ici le même ton cru et satirique de ses films d’animation The King of Pigs et The Fake. Il prend un malin plaisir à rendre Seok-Hyeon ridicule, tel le parfait anti-héros. Mais sa dimension pathétique n’est peut-être que l’élément le moins gravos d’une société coréenne vile et corrompue, des malfrats à la directrice de la multinationale en passant par la police et la télévision. C’est Roo-mi la véritable super-héroïne du film qui fait front avec le peu de force qu’elle a et qui parviendra à faire changer son père. Le récit de la rédemption du père est d’ailleurs la partie la plus puissante de Psychokinesis, bien plus que celle qui était au cœur de Dernier train pour Busan, car parvenant à faire fi de tout pathos.
Yeon Sang-ho fait encore mouche par cet étonnant mélange des genres qui faisait déjà la force de son précédent film. Et si cette fois la mise en scène emballe moins, le réalisateur parvient quand même à offrir quelques visions saisissantes, comme lors du dernier quart, quand la police évacue le quartier délabré de manière très musclée transformant le décor en véritable guérilla urbaine. Des images qui trouvent d’ailleurs un inattendu écho avec l’actualité française des dernières semaines. On fantasme désormais la prochaine escapade de ce talentueux Yeon Sang-ho, prêt à nous plonger dans une nouvelle ré-appropriation exaltée d’un genre cinématographique.


