Propriété interdite : Interview Hélène Angel

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Avec Propriété interdite, Hélène Angel propose un film fantastique à la fois anxiogène et social où le malaise d’un personnage endeuillé se substitue à celui d’une société apocalyptique. Rencontre.

Que s’est-il passé entre Rencontre avec le dragon (2003) et Propriété Interdite (2010)?
Je n’ai pas arrêté de travailler. Mais concrètement, ça n’a rien donné. J’ai aligné des scénarios qui ne se sont pas faits, notamment un pour Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri. C’était une bonne production mais on n’a pas trouvé de terrain d’entente. Ils ont aimé ma singularité mais quand ils ont la patate chaude entre les mains, je pense qu’ils ont un peu commencé à paniquer. Ils me demandaient de lisser, je n’y arrivais pas. Finalement, on n’est arrivé à un résultat qui n’était bon ni pour eux ni pour moi. Ça a duré plus d’un an et demi. Par la suite, je me suis lancée sur un autre projet sur Mike Brandt. Je me suis régalée pendant l’écriture qui a duré deux ans. En plaisantant, je disais que c’était Last Days avec un Mike Brandt dépressif et suicidaire. En toile de fond, il y avait la possibilité de dépeindre le milieu showbiz français des années 70, celui des années Giscard. Ce qui me fascinait, c’est que Mike Brandt ne parlait pas un mot de français, un peu comme dans L’enfant sauvage de Truffaut. Quand il a commencé à chanter en Français, il apprenait ses textes en phonétique. Il ne savait pas ce qu’il chantait. Pour moi, tout était dit. Pour des histoires d’ayant droits, on ne pouvait pas toucher à l’image de Mike Brandt. On voulait le rendre plus hype, la famille n’était pas d’accord. Peut-être que j’aurais dû blinder ça avant. Dès qu’on parlait du projet, les gens étaient pourtant enthousiastes. Le scénario existe toujours ; peut-être qu’il se fera. Sinon, je rêvais depuis très longtemps de faire un documentaire et Arte me l’a proposé.

Que retenez-vous de l’échec de votre précédent film?
C’est un OVNI qui a coûté cher. Les producteurs de l’époque voulaient une affiche grand public. Il y avait une dichotomie entre ce que les gens pensaient voir et le résultat final. Mais j’ai retenu une leçon : quand on fait un cinéma singulier, il ne faut pas que ça coûte trop cher. A moins d’être reconnu et de se le permettre. Si on regarde Almodovar, son style est foutraque mais il a mis une quinzaine de films avant d’avoir une certaine assise. C’est la phrase de Cocteau : «Ils s’habitueront à toi». Peut-être que j’ai fait Rencontre avec le dragon trop tôt. En comparaison, Propriété Interdite est fauché. S’il ne marche pas, on ne me tapera pas dessus.

Dans Propriété Interdite, on retrouve votre goût pour la radicalité. Ce n’est pas un film «aimable».
C’était voulu avec la productrice Sylvie Pialat qui voulait me remettre en selle et m’a proposé de faire ce film pour trois fois rien, dans le sillage d’une série B horrifique. Je me suis rendue compte qu’aujourd’hui, tout le monde veut faire des films d’horreurs, alors qu’il y a encore dix ans, quand j’étais à la Femis, quand je disais que j’aimais Freddy, les griffes de la nuit, on me regardait avec des yeux ronds. Avec le recul, je me rends compte qu’il y avait bien une parenté avec le cinéma de genre dans mes précédents films. Peau d’homme, cœur de bête et Rencontre avec le dragonparlaient déjà d’inquiétude, de tension, de violence et de peur. Dans tous mes films, il y avait une scène de rêve. Dans Peau d’homme…, il y a une scène drolatique et cauchemardesque. Et dans Rencontre avec le dragon, il y a une scène entre le rêve et le souvenir. On ne sait pas ce qui est de l’ordre du fantasme ou de la réalité. Les films liés à la peur sont raccordés à l’inconscient. Propriété interdite demeure un film impur qui commence comme une série B avant de basculer dans quelque chose de différent.

Au départ, il y a une présence fantomatique dans la maison mais à mi-chemin, vous révélez l’identité de celui qui hante les lieux. Sans le vouloir, vous rejoignez l’actualité…
Certains me reprochent déjà de surfer là-dessus. Or, le scénario était déjà écrit il y a deux ans. Les films de fantômes me font peur et m’émeuvent. On aurait pu continuer sur cette voie mais je m’ennuyais en tant que scénariste. Du coup, il y a cette seconde lecture. J’avais revu Les Autres, de Alejandro Amenabar, qui m’avait beaucoup ému – même s’il y a une dimension romanesque qu’il n’y a pas dans Propriété interdite, plus sec et tranché – et Dark Water d’Hideo Nakata ou, dans un autre genre, Bug, de William Friedkin pour le côte huis-clos. Quand on arrive à faire peur et en même temps à toucher, ça veut dire que l’on peut prétendre à une complexité de scénario. J’avais dès le départ envie de trouver l’image qui reste la plus malaisante de l’étranger, plus encore que les fantômes. Je sais que le choix est politiquement incorrect. Pour les gens de gauche, je vais passer pour une réac et pour les gens de droite, pour une marxiste. Etrangement, lors des avant-premières, les gens associent la fin de Propriété Interdite à celle de La Cérémonie (Claude Chabrol, 1995). Ça m’échappe un peu mais c’est sans doute à cause du fond anar. Je sais, je ne vais pas faire d’entrées, ça va être une catastrophe (rires).

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