« Primer » et « Upstream color »: double-programme Shane Carruth chez Arrow

Séance de rattrapage pour les curieux: les étrangetés Primer et Upstream Color du très discret réalisateur Shane Carruth sont disponibles en haute définition chez Arrow films. De parfaits casse-têtes pour vos soirées confinées.

Chouette, du cinéma qui donne envie de se faire des nœuds dans le cerveau! En 2004, Shane Carruth, alors âgé de 31 ans, ancien ingénieur, diplômé en mathématiques, réalise avec 7000 dollars de budget un drôle de premier film matheux abscons: Primer. On y suit, comme on peut, des ingénieurs qui occupent leurs week-ends en bidouillant des machines dans un garage, dans le but de se faire de l’argent en vendant un brevet. Deux d’entre eux expérimentent un dispositif permettant de réduire la masse d’un objet. Mais en réduisant la masse, leur machine actionne un truc super: la variable temps. Tout finit par leur échapper jusqu’à leur propre identité où des doubles s’en mêlent (et s’emmêlent) et là, bon courage pour trouver une explication rationnelle à tout ce capharnaüm. Soit la science-fiction la plus minimale et la plus abstraite surgissant d’un environnement ultra-réaliste (une simple discussion entre cols blancs), faisant fi des effets spéciaux spectaculaires et ouvrant la porte à tous les paradoxes temporels possibles et imaginables (on parle d’une époque où Christopher Nolan faisait des petits films batifolant dans les couloirs du temps – cf. Memento). Avec cette équation aussi complexe que le Pi de Darren Aronofsky, Carruth, assurant tout comme un grand Soberberghien expérimental (acteur, réalisateur, scénariste, monteur, musicien…), a glané le Grand Prix au festival de Sundance.

Plus que de comprendre, c’est de suivre la trajectoire du récit, son changement d’atmosphère, qui importe et donne envie de s’y perdre. Et c’est d’un tel réalisme et d’une telle précision dans la description qu’on a presque envie d’essayer à notre tour leur stratégie (parce qu’on finit par y croire). Du cinéma-tuto pour nos dimanches après-midi bricolo, à la faveur de l’ennui confiné. Après Primer, Carruth tentera un projet (A Topiary) qu’il abandonnera pour oser le non moins sérieusement papal et capillo-tracté Upstream Color en 2013. Un film lumineux et obscur dans lequel une femme (Amy Seimetz) se fait kidnapper et inoculer un ver annihilant toute faculté de jugement. Quelques mois plus tard, encore traumatisée par cette atroce mésaventure, elle tombe sur un homme (Shane Carruth), apparemment victime comme elle de cette manigance du ténia psychotrope. Ensemble, il essaient de se réapproprier leurs souvenirs et de comprendre ce qui leur est arrivé. Il est aussi question d’orchidées bleues, d’élevage de porcs reculé, du livre Walden ou la Vie dans les bois de Henry David Thoreau. Là encore, débrouillez-vous pour assembler le puzzle composé par David Lowery (le réalisateur du superbe Ghost Story, ici monteur). Mais les images sont belles et il n’y a rien de plus beau qu’un film qui échappe à tous nos codes de visionnage. Les bonus sur le Blu-ray Arrow se limitent à un commentaire audio et une bande-annonce, mais les deux films, hermétiques, gagnent à finalement se passer de bonus explicatifs: ne regardez pas, expérimentez!

Primer & Upstream Color, disponibles chez Arrow

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