Avant la Satanic Panic qui ira s’emparer du rock, Hollywood vivait très bien cette psychose du Malin et faisait jouir les tiroirs-caisses avec sa rigolade de possédés et d’antéchrist supposés. Pourtant, entre Rosemary’s Baby et L’exorciste, il y a bel et bien eu une sorte de zone morte où ira se nicher un des films les plus bizarres du studio Paramount: The possession of Joel Delaney, distribué chez nous discretos sous le titre de Possession Meurtrière.
Ce n’est pas une première dans la bizarro section de la grande montagne neigeuse, vu des titres comme Child’s Play, Mort d’un prof ou Dis-moi que tu m’aimes Juny Moon: les temps changent, les esprits s’abîment, Hollywood dérape. The possession… n’a rien du chef-d’œuvre oublié, mais il a tout de la curiosité déviante: historiquement, il évoque même le thème de la possession avant le classique de William Friedkin, mais sans catho-porn ni tête qui tourne. Le fantastique se superpose au réel comme un rien, dans une mise en scène sans brillance, à la limite du documentaire… ou du téléfilm, son réalisateur Waris Hussein étant devenu un téléaste avéré après une courte carrière ciné. Sobriété ou éloge de la pantoufle, à vous de voir. Car il vaut mieux être patient, et aussi apprécié le jeu de Shirley MacLaine (mais qui ne l’aime pas?) dont ce sera le seul film d’horreur. Et pas n’importe lequel, puisqu’elle a justement refusé L’exorciste (où elle devait incarner la mère courage de Regan) pour celui-ci. Bad Timing, mais eh, tout est lié, et c’est beau comme ça.
Shirley la star en bourgeoise toute en fourrure, filmée par une caméra qui ne perd rien de ses attitudes de Karen, attendant sagement que sa gouvernante fasse tout le taf pendant qu’elle baille au lit. Le frangin de cette maman divorcée au cul bordé de nouilles, lui, a refusé le confort bourgeois pour vivre près des rejetés de la société. Ce qui n’empêche les deux de s’entendre comme larron en foire malgré le fossé social qui les sépare. Un soir, le garçon est embarqué et interné pour agression sur son propriétaire. Inenvisageable dit-on. Le coupable ne se souvient de rien, doit suivre une thérapie, revient bien évidemment chez sa sœur adorée (le climat inceste-de-citron n’est pas loin). Mais ses disparitions de plus en plus fréquentes, ses sautes d’humeur, et même la découverte du corps décapité de sa supposée petite amie laisse entendre qu’il n’a plus toute sa tête – mais c’est bien sûr, vous allez lu le titre du film!
Loin des considérations démoniaques et cornues qui firent les choux gras du possession-flick, The Possession of Joel… s’intéresse à un choc des cultures bien spécifique: celui de la Jacqueline blanche à froufrou et de la communauté porto-ricaine, parquée comme des sagouins dans des ghettos semblables à ceux de Harlem. Le temps a passé, la finesse n’est pas de mise et on renifle même pas mal de racisme dans l’air. On repassera pour la justesse (deux fonctions des concernés: faire peur/faire de la peine), même si le film met en lumière une fracture sociale bien réelle. Le regard sur des coutumes jugées comme extravagantes et sauvages évoquent déjà la voodoo mania des années 80’s, en particulier le fameux Les envoûtés. Mais rien ne nous prépare au dernier quart d’heure sec et FunnyGames-isant, avec un huis-clos scabreux assez peu inquiet par la maltraitance et la nudité infantile! Une certaine expérience du malaise qui en fait sans aucun doute un des films de possession hollywoodien les plus toqués et solitaires du genre. J.M.
Titre original: The Possession of Joel DelaneyRéalisation: Waris Hussein Scénario: Irene Kamp et Matt Robinson d’après le roman de Ramona Stewart, Possession of Joel Delaney Acteurs principaux: Shirley MacLaine (Norah Benson), Perry King (Joel Delaney) Production: Haworth Productions, ITC, Paramount Pictures Genre: Épouvante Durée: 105 min Sortie: 1972 |

Titre original: The Possession of Joel Delaney