« Pontypool », fantastique guerre des mondes en Ontario

Inédit dans les salles françaises, le très attachant Pontypool de Bruce McDonald (2009), qui en son temps avait fait la tournée des festivals fantastiques internationaux, resurgit sur la plateforme Shadowz.

Les employés de la radio d’une petite ville d’Ontario sont secoués lorsqu’ils apprennent que plusieurs habitants de Pontypool meurent dans des circonstances étranges. Après plusieurs appels d’auditeurs incohérents, ils finissent par déduire du pire. Réalisé par Bruce McDonald et adapté d’un roman de Tony Burgess, Pontypool, sans être aussi fulgurant que The Vast of Night (Andrew Patterson, 2019), a connu un beau parcours en festival (Sitges, notamment) avant de passer sous le radar. Son auteur n’a hélas pas confirmé les promesses par la suite, mais le résultat séduit toujours dans sa manière d’emmener le spectateur là où il ne s’y attend pas. Simulant les codes du film de zombies, il ressemble à une anomalie séduisante, proche d’un épisode de La Quatrième Dimension. Bien entendu, le contexte radiophonique renvoie à l’anecdote de La guerre des mondes lue par Orson Welles et, à la manière de La marque du vampire, de Tod Browning (1935), le suspense repose entièrement sur la nature de l’horreur: s’agit-il d’une contamination virale ou d’un bluff? Sur ce doute, le rythme devient étrange, comme les situations et le ton. La source de la contamination reste également un mystère alimentant la paranoïa. On découvre progressivement que le virus se transmet par le langage (lorsque l’on répète le même mot, cela signifie que l’on va se transformer en zombie). Plus tard, on apprend au gré d’un rebondissement que c’est la langue anglaise qui est contaminée, comme une référence à la «vache folle». Pour s’en sortir, il faut parler en français – ou utiliser des restes de notions de français.

C’est grâce à ce concept que naît l’une des plus belles scènes, lorsque l’animateur radio entreprend de sauver son assistante en échafaudant un système pour survivre. La narration est aussi subtile, faisant passer les sentiments par les mots et les émotions sur le visage de ses interprètes qui ont en eux quelque chose de cabossé. Stephen McHattie ressemble à un cowboy fringant sorti de chez Carpenter et Eastwood, et Lisa Houle a un regard sensible qu’il faut à tout prix protéger. Autrement, les zombies passent la majorité du film hors-champ pour se concentrer sur un lieu unique qui sert de cœur névralgique aux événements. La station de radio devient huis-clos dans un trou paumé de l’Ontario. On n’a aucun point de vue extérieur, on entend juste des bruits étranges. On sait que ce que les personnages voient est effrayant, que des bombes menacent d’exploser, que la fin du monde arrive sans crier gare, que tout va se jouer aujourd’hui. C’est l’art de la suggestion compensant tous les manques de moyens. Et c’est en organisant, par ondulation, ce mouvement de repli sur soi où la communication ne passe plus, cette apocalypse imminente, que Pontypool mue SOUDAIN en histoire d’amour moins gore et trash que sublimement romantique, où tuer rime avec embrasser.  

Pontypool, disponible sur Shadowz le 14 mai.

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