[Vu au PIFFF] « Candy Land », « Fixation », « Vénus », « Projet Wolf Hunting »…

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Le Chaos s’est rendu à la 11ᵉ édition du PIFFF qui a récompensé deux films très aimés par ici: La montagne de Thomas Salvador (Œil d’or et prix du public) et Earwig de Lucile Hadzihalilovic, primé par le Jury de Mad Movies, composé de trois lecteurs du magazine. Petit compte rendu de ce que l’on a vu.

Candy Land et Fixation: psychotic women exploitation
N’est pas Ti West qui veut. C’est peut-être la leçon à retenir de Candy Land et sa reproduction fantoche des aires américaines crasseuses et ensoleillées, où le pieux s’acoquine du débraillé. Dans un motel qui jouxte un relais routier, une maquerelle gère son business de passes. Ses cinq pouliches, toutes des variantes de l’inénarrable « pute au grand cœur », zonent sur le parking à longueur de journée en attendant des clients. Leur quotidien est bouleversé par l’arrivée de Remy, une dévote de la secte du coin qui semble en avoir été répudiée. Commence alors une quête vers la purification des âmes souillées, que Remy arrache à ses victimes au moyen d’une croix-poignard. Il parait que John Swob n’avait jamais touché au film d’horreur avant – c’est tristement flagrant. La violence qui s’abat sur nos pauvres travailleurs du sexe suscite plus de pitié que d’effroi, elle donne presque envie de se dire que le réalisateur aurait mieux fait de transformer son histoire en film social ou en drame indé. Réglée comme une horloge, l’horreur n’y a aucun intérêt, elle est protocolaire et sans entrain dans un récit qui convulse sans jamais bouger les lignes. N’est pas Ti West qui veut, mais n’est pas Rose Glass qui veut non plus: la tiédeur de la meurtrière et de son développement émotionnel contraste avec l’embrasement figuré et littéral de Saint Maud, autre mystique du cinéma d’horreur contemporain.

La surprise se trouve peut-être du côté de Fixation de Mercedes Bryce Morgan. Il réenchante le trope de la Psychotic Woman si réutilisé en cette ère, que certains sont tentés de qualifier de «Post-MeToo». Accusée d’un crime, son héroïne est prise au piège d’un hôpital peu orthodoxe, où les frontières entre rêves et réalité se confondent.

Fixation sort du lot par ses allures de maison de poupées peuplée de créatures fantastiques à la Donnie Darko (avec lequel le film partage un chapitrage abscons). Il est également pétri de culture vidéoludique, au point où on pourrait le replacer dans la continuité de l’Alice au pays des merveilles revisité par McGee, une œuvre sombre et soignée qui aborde de surcroît les mêmes thématiques.

Vénus et Projet Wolf Hunting: poupées russes à armes inégales
Les festivités touchent à leur fin avec la projection de Vénus de Jaume Balaguero, un thriller mâtiné de fantastique au programme beaucoup trop copieux. Le réalisateur espagnol tente d’y réconcilier son goût pour l’horreur – on retient son implication dans les [REC] – et ses penchants récents pour les films de gangster, dont le plus récent, Braquage final, est sorti en 2021. Il suit l’histoire de Lucia, une danseuse «exotique» qui disparait dans la nature après avoir tapé dans les réserves de drogue de ses patrons mafieux. Elle se réfugie chez sa sœur perdue de vue, dans une cité qui s’avère cauchemardesque, où une entité digne de Silent Hill hante les lieux. Très vite, Venus sent le réchauffé. Ses antagonistes rappellent inéluctablement Hérédité de Ari Aster, et un autre film espagnol sorti plus tôt cette année, La Abuela, d’un certain… Paco Plaza, coréalisateur des [REC]. Sa façon de cristalliser toutes les menaces autour de la cité Vénus dans une forme de semi-huis clos ne convainc guère.

Surtout, il ne tient pas la comparaison avec un autre film du festival, Projet Wolf Hunting de Kim Hong-Sun, où le chaos se vit aussi à tous les étages, d’un bateau cette fois. Il abat ses cartes graduellement et resserre proprement les liens qui unissent ses sous-intrigues, ennemi puissant après ennemi puissant, avec une soif de cruauté intarissable, et ce, malgré l’usage légèrement abusif de flashbacks. L.C.

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