Pier Paolo Pasolini, les désirs et les désordres de « La trilogie de la vie »

Quand Pier Paolo Pasolini portait à l’écran trois grands récits fondateurs (Le Décaméron, Les Contes de Canterbury et Les Mille et Une Nuits), il faisait dans le cinéma foudroyant. Ces trois merveilles sont disponibles en Blu-ray, à conserver précieusement.

Vous aurez beau lire tous les livres, toutes les analyses, toutes les gloses sur le cinéma de Pier Paolo Pasolini; on oublie souvent de dire à quel point ce cinéma-là est bandant. Parce que dans l’interdit, dans la transgression, dans la pagaille, dans le vertige, dans le mystérieux, dans l’incongru, et aussi parce qu’il fait ce qu’il veut. C’est du cinéma offensif et libre, comme le veut la formule et, surtout, c’est du cinéma comme on n’en fera jamais plus. Ces films-là appartiennent à leur époque, à cette décade prodigieuse des années 70; ils marquent parce qu’ils prennent pas de gants. Du cinéma adulte qui ne correspond qu’aux désirs de son auteur et qui se fout de savoir si ça vous envoûte ou déplait, séduit ou répugne. C’est comme ça et si ça vous emmerde, il y a de l’eau tiède ailleurs. Et l’on souscrit volontiers à la phrase prononcée par Gaspar Noé lors de l’édition DVD du sulfureux Salo ou les 120 journées de Sodome: « Si Pier Paolo Pasolini n’était pas mort, on l’aurait tué pour avoir fait ça! ». Faites le test en 2021 et montrez un peu cette trilogie de la vie aujourd’hui à nos ligues de vertu obligatoires qui devraient y trouver à redire (et à noter les corps exhibés sur une feuille de papier tels d’atroces fonctionnaires de la pensée unique). Nulle crainte à avoir de ce côté-là: ces griffonnages crâneurs ne sauraient saloper la sensualité monstre de cette Trilogie de la vie conçue avant l’horreur de Salo (1975) avec lequel elle formerait presque une tétralogie. Quatre films radicaux qui communiquent d’ailleurs entre eux – au même titre que Salo devait originellement communiquer avec un péplum apocalyptique dont le scénario était déjà entièrement écrit (Porno Teo Kolossal). Des films indestructibles, certes très « soyez scandalisés, je le veux », mais aussi réalisés avec le feu de celui qui se consume, tournés pendant les années qui restaient à vivre.

Tout d’abord, Le Décaméron (1971), fastueusement produit par Alberto Grimaldi, adaptation des textes écrits par Boccace entre 1349 et 1353, contenant une centaine d’histoires que se racontent en dix jours des seigneurs de Florence tenus à l’écart de la ville pour cause d’épidémie de peste. De tous ces récits, Pasolini en retiendra dix qu’il va lier en faisant revenir ça et là deux ou trois personnages. En son temps, cette comédie sexy à l’italienne, d’une licence poétique phénoménale, s’impose comme un succès public sans précédent pour un Paso devenu bankable (ce qui semble inimaginable aujourd’hui).

Ensuite, Les Contes de Canterbury (1972) qui se déroule dans l’Angleterre moyenâgeuse. Contrairement au texte original, le lien entre les contes n’est pas assuré par les interactions entre les pèlerins. Un écrivain joué par Pasolini assiste au récit d’une série d’histoires drôles et érotiques racontées, dans une auberge, par des pèlerins venus en foule à la cathédrale de Canterbury. Tout en marchant, ces hommes et ces femmes, à l’invitation de l’écrivain, racontent les histoires habituelles d’adultère, de querelles familiales, de désirs lubriques et de querelles entre prêtres rusés et religieuses cloitrées naïves. Paso acteur se réjouit de ce qu’il voit et entend, prend des notes et laisse aller son imagination.

Enfin, dans l’ambiance bien connue des contes emboîtés de la tradition orientale, Les Mille et Une Nuits (1974 et notre préféré des trois) raconte dans un climat de rêve unique une série de péripéties érotiques, sentimentales ou tragiques que les personnages vivent entre le rêve et la réalité. La trame des quinze récits dont se compose le film est tissée par les sublimes aventures du jeune Noureddine qui cherche sa compagne Zoumourroud dont il se trouve cruellement séparé. Du désir brut à chaque saynète mais aussi de l’amour fou pour créer le liant. Bref, plutôt que d’écrire sur des pages tout le bien que l’on pense de tous ces beaux climats féériques, l’on continuera de saluer le respect, la cinéphilie et l’audace de l’éditeur Carlotta pour les films et les auteurs. Avec lui, il ne fait aucun doute que Pasolini est entre de bonnes mains.

Bonus Le Décameron
«Ninetto Davoli, l’ami pasolinien» : entretien avec Ninetto Davoli, 1ère partie (12’, VOST)
Diaporama de photos (2’12”)
Bande-annonce d’époque (VOST)

«Ninetto Davoli, l’ami pasolinien» : entretien avec Ninetto Davoli, 2ème partie (11’, VOST)
Diaporama de photos (1’56”)
Bande-annonce d’époque (VOST)

Bonus Les Mille et Une Nuits:
« Ninetto Davoli, l’ami pasolinien »: entretien avec Ninetto Davoli, 3ème partie (11’, VOST)
2 scènes coupées (21’)
Diaporama de photos de plateau inédites (1’54”)
Bande-annonce d’époque (VOST)

Le Décaméron, Les Contes de Canterbury et Les Mille et Une Nuits, disponibles en Blu-ray chez Carlotta

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