[PHOTOMATON] GÉRARD DELORME

La rubrique PHOTOMATON met en lumière ceux qui font le cinéma. Septième invité: GÉRARD DELORME

Quelle est votre profession?
J’écris pour des journaux de cinéma.

Quel est votre parcours?
Après des études de marketing qui m’ont révélé que je pouvais réaliser des enquêtes mais que je n’étais pas un vendeur, j’ai suivi mon penchant naturel en animant une rubrique cinéma sur radio Cité 96. De là, je suis passé à Nova, où, avec un complice, j’ai développé une émission appelée Psychotron qui traitait de tout ce qu’il y avait d’intéressant dans la sous-culture: bd, ciné, polars, musique. On parle d’une époque d’avant la chute du mur de Berlin. La presse cinéma officielle disqualifiait systématiquement les gens comme Abel Ferrara, David Cronenberg ou John Carpenter. De la radio, je suis passé à la presse écrite: pigiste pour Actuel, Starfix, 7 à Paris. Vers 94, je me suis retrouvé à Première, où j’ai profité de la diffusion d’un journal mainstream pour essayer de promouvoir les bons auteurs, à une époque où la même presse officielle, toujours prisonnière de ses dogmes et de sa paresse intellectuelle, n’avait pas encore reconnu Michael Mann ou David Fincher (simplement parce qu’ils n’avaient jamais été sélectionnés à Cannes!), et ignorait encore totalement Tsui Hark, John Woo, Wong Kar Wai ou Kitano (pour les mêmes raisons).

Quel est le film et/ou le cinéaste qui vous a donné envie de faire ce métier?
Sam Peckinpah et La horde sauvage. C’était un mystère et une révélation. Comment un processus mécanique (de la lumière qui passe à travers une transparence) pouvait-il provoquer des émotions aussi puissantes? Il fallait que l’auteur du film en maîtrise parfaitement les différents outils. En étudiant la question, je me suis rendu compte que Peckinpah avait tout compris: la narration, les personnages, les dialogues, la mise en scène, le montage, en y ajoutant une sensibilité et une intuition exceptionnelles.

Quel est votre meilleur souvenir professionnel?
Les souvenirs les plus forts sont ceux des débuts, où en très peu de temps, j’ai rencontré quelques-uns de mes héros: les Cramps, John Waters, Russ Meyer… Par la suite, j’ai eu la chance de faire des reportages intéressants dans le monde entier.

Quel est votre pire souvenir professionnel?
Une interview minable avec Jeremy Irons pour Die hard 3. Il détestait le film et le manifestait ouvertement.

Citez-moi quelqu’un de bien/pro/formidable dans ce métier si cruel?
Alain Kruger. C’est un visionnaire, et il sait s’entourer.

Ce que vous avez fait de plus chaos depuis que vous faites ce métier?
Pas sûr que ce soit très chaos, mais au moins, c’est avouable: j’ai fait le larbin pour Lauren Bacall. Dès le début, elle s’est montrée autoritaire et manipulatrice, pour bien signifier qu’elle entendait garder le contrôle de l’entretien qui devait avoir lieu. Elle m’a ordonné de porter ses sacs de shopping depuis le café de St Germain des prés où elle m’avait donné rendez-vous jusqu’à son hôtel un peu plus loin. Quand j’ai arrêté l’enregistrement, elle s’est transfigurée et pendant quelques secondes, elle m’a fait un numéro de charme comme si on était les meilleurs amis du monde. Une vraie actrice. Autrement, j’ai connu quelques fois le cauchemar que tout journaliste redoute: l’enregistrement n’a pas fonctionné. Généralement, on se raccroche aux branches quand l’interviewé est encore dans le coin et bien disposé. Cette fois, c’était plus compliqué: j’étais allé à Copenhague interroger Lars Von Trier dans ses bureaux de Zentropa avec mon tout nouvel enregistreur de mini discs. De retour à Paris, l’horreur: pour je ne sais pas quelle raison, les niveaux étaient si bas qu’on n’entendait rien. Une heure d’entretien inutilisable! Un ami, versé dans la musique électronique, a pu trafiquer le signal pour le rendre audible à 60%. J’avais frôlé le désastre.

A quel film ressemblera le monde de demain?
Actuellement, j’ai l’impression que l’écrit est plus apte à traduire ce qui nous attend. Par exemple, les livres de Don Winslow donnent une idée assez pessimiste de l’avenir en décrivant la férocité du chaos contemporain, mais ils le font avec une précision qui serait insupportable à l’image. S’il fallait citer des films, je dirais Elysium pour le monde de demain et La route pour celui d’après-demain.

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