Ressortie du « Pacte des Loups »: Christophe Gans donne son point de vue sur la restauration des films

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La restauration du Pacte des loups à partir du négatif montre bien l’intérêt de la pellicule. Scorsese, à une époque, se rendait compte que les standards numériques changeaient tellement souvent qu’on ne savait plus à quel support se fier sur la durée. D’où ce paradoxe, à savoir que certains films tournés en numérique étaient convertis en pellicule pour être conservés. Le point de vue de Christophe Gans.

« Je pense que la restauration du Pacte des loups est très performante précisément parce qu’on part du négatif, et qu’il a été précieusement conservé. Si le négatif avait été abîmé, les choses auraient été différentes. C’est sûr que les films sur pellicule sont beaucoup mieux armés que les films en numérique pour affronter le futur. Mais l’évolution de notre industrie va dans le sens du numérique. D’autre part, je pense que d’une manière ou d’une autre, parce que les gens se posent cette question, ils ne cesseront de trouver des manières de pallier les problèmes et les limites. Chaque jour, des progrès sont faits, quelqu’un trouve une nouvelle solution, et c’est de plus en plus évident. Je suis un gros consommateur de films sur supports physiques et je suis frappé de la qualité de certaines ressorties. Mais c’est vrai que les films les plus spectaculaires en 4K sont ceux qui étaient shootés à l’origine en pellicule. Parfois la différence est stupéfiante. Il y a des exemples monstrueux, comme le Lawrence d’Arabie en 4K, c’est démentiel. Après, la limite du 4K, c’est qu’il met parfois le film un peu à poil. On voit apparaître des choses qui ne devraient pas être vues. Par exemple dans 2001, l’odyssée de l’espace, on voit des caches /contre-caches qu’on ne pouvait pas avoir vu avant, d’une part parce que la pellicule n’avait pas une définition suffisante, mais d’autre part parce qu’on voyait le film sur des écrans immenses qui faisaient que notre œil ne pouvait pas percevoir les finesses des effets spéciaux. Alors que sur un téléviseur, même de grande taille, soudain, on voit les caches/contre-caches bouger avec les vaisseaux.

Il y a du travail à faire, mais les choses s’améliorent avec le temps. La ressortie du Parrain en 4K a réglé un problème qui était pour tous les fans de ce film une douleur. De la même façon, l’épouvantable étalonnage de Suspiria qui avait été produit il y a une dizaine d’années a été enfin arrangé. Il y a une chose qui est formidable aujourd’hui, c’est que la plupart des gens qui s’occupent de reconstituer les films, de les éditer dans des versions collector, quand ce ne sont pas les gens qui les ont faits, ce sont souvent des fans absolus. On a pu se moquer d’eux et de leur amour outrancier pour le cinéma, mais c’est grâce à eux que beaucoup de films sont sauvés, parce qu’ils perpétuent en quelque sorte l’amour de ces films et aussi la façon la plus juste de les regarder. Et je suis très heureux de voir tout le travail qui est fait dans des différentes compagnies vidéo comme Arrow ou Criterion. Je sais que ce sont des fans purs et durs qui font un travail extraordinaire de recherche pour être sûr de pas dénaturer les films en essayant de les restaurer. Donc je dirais qu’aujourd’hui le cinéma est vraiment aux mains de ses admirateurs les plus intransigeants, et je trouve que c’est très bien. » Propos recueillis par G.D. (interview intégrale à lire ici)

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