On était déjà tombé sous le charme de la première saison de OVNI(s). Eh bien, après avoir pris le temps de tout bien regarder, on confirme: la seconde saison fait le même bien fou partout!
Imagine, un monde nouveau… C’est pas nous qui vous invitons tel Jean-Claude Bourret à regarder à quoi ressemblera 2050, mais bien une série qui retourne dans les années 70, soit le passé, et qui place ses billes dans le futur. Notre futur! Les personnages de OVNI(s) ne savent pas encore tout ce qui va se produire (François Mitterrand élu président de la République, chute du mur de Berlin, techno-parade, les Internets, Afida Turner etc.). Mais ils espèrent, ils y croient! Et, prédisposé à retourner dans ces années-là so Cloclo, le spectateur d’aujourd’hui, cerné par la télé-réalité, les JT de BFM et les breaking de Laurence Haim, a bien envie de prendre le premier billet pour la constellation de la lobotomie heureuse afin d’abandonner les pushs et autres notifications sur son smartphone. En somme, de rejoindre le monde nouveau. Celui envisagé, le temps d’une douce chanson rétro-électro, par cette seconde saison de OVNI(s) qui, et ce n’était pas évident de prime abord, réussit à prolonger le charme de la première saison.
Dans la même veine, la série reprend là où on s’était arrêté, dans le même quotidien d’un bureau d’études scientifiques sur les phénomènes ovnis, le GEPAN, créé au sein du CNES en 1977, dont les membres sont confrontés à des phénomènes extraordinaires tout en essayant de les démystifier aux yeux du grand public. Mais le mot d’ordre pour la saison 2 n’est plus le même: maintenant que la découverte est passée et l’humour bien capté par celles et ceux qui sont revenus (sinon ils ne seraient pas en train de regarder), amusons-nous comme des fous, pas dans un entre-soi, mais avec-tout-le-monde. Continuons de danser non pas comme Michele Laroque aux avant-premières dépeuplées de sa comédie sponsorisée par Renault, mais comme Michel Villermoz déchainé sur Le sifflet du baron de Bernard Estardy dans la saison 1. Et reprenons en choeur, en se partageant le micro, quitte à passer pour des zinzins, ce tube du boulevard des hits: Voyage astral de François Duluc (joué par Jean-Charles Clichet, relooké dans un clip disco tel une Régine des grands soirs). QUEEN!

Ce morceau, c’est la clé. C’est le tube de l’été qui n’est jamais passé dans le Midi Première de Danièle Gilbert et qui, dans les années 80, aurait pu devenir l’équivalent du Fade To Grey de Visage. Et qu’on découvre en 2022 comme on découvrirait un tube oublié, sorti d’une zone spatiale inconnue, telle une boucle lointaine, un écho magique, cosmique, d’une décennie lointaine dont on savoure, plus que l’époque, l’esprit de déconne… D’autant que ce bon esprit n’oublie pas de glisser deux trois trucs sur les émancipations sociales et sur les convulsions d’une décennie moins sucrée et rose que la barbe à papa (les premiers signes du réchauffement climatique, les boat people qui se jettent dans la mer de Chine…).
Sur ces excellents rails, tout peut arriver dans cette saison 2, faisant notamment référence au jeune Spielberg (Rencontres du troisième type, ET) et, en même temps, hors des sentiers. On ne serait pas surpris de voir débarquer au détour d’un plan une Arielle Dombasle en super-héroïne reprenant son Extraterrestre avec Philippe Katherine. Sur ce coup, on suit jusqu’au bout de leurs rêves les personnages de la première saison, toujours en panne ou en quête d’eux-mêmes, convaincus qu’une connexion intime les lie aux événements paranormaux qu’ils observent, tel Didier Mathure (Melvil Poupaud, qui n’a peut-être jamais été aussi bien) aux aguets d’un ovni dans la France de Giscard et traquant ici, avec sa fidèle team scoobydooesque (Véra/Daphné Patakia, Marcel/Michel Vuillermoz, Rémy/Quentin Dolmaire) un phénomène étrange de barbe à papa rose d’imposante masse dans une centrale nucléaire sur le point d’ouvrir. On se laisse berner par l’intrigue ufo-ésotérique qu’on comprend à moitié, mais dont on aime le joli mystère tiré par les cheveux (Puisque ces mystères me dépassent, feignons d’en être l’organisateur, disait ce cher Cocteau), à la fois inconséquent et capital. Et on a envie de dire à tout ce petit monde qu’on rempile volontiers pour une troisième saison avec la même équipe, sous l’égide du chef d’orchestre Antony Cordier, prenant le même pied que les acteurs/personnages et de la même équipe de scénaristes Martin Douaire et Clémence Dargent (épaulés par Maxime Berthemy) qui ont de l’imagination à revendre pour revisiter ce monde ancien de tous les possibles. Un monde nouveauuuuu. T.A.
Ovni(s), saison 2, série écrite par Clémence Dargent, Martin Douaire et Maxime Berthemy, réalisée par Antony Cordier (Fr.-Bel., 2022, 12 × 22 min). Avec Melvil Poupaud, Géraldine Pailhas, Daphné Patakia, Michel Vuillermoz, Quentin Dolmaire, Alice Taglioni. En intégralité sur MyCanal.
