Il serait faux de prétendre que le roman-porno a mis des années à sortir des cahiers des charges. Au milieu des années 70, certains films de la Nikkatsu montraient déjà bien les crocs (la «saga» de Yasuharu Hasebe peut en être témoin). Et citons, par exemple, en 1973, L’enfer des femmes, forêt humide (Woods are Wet) de Tatsumi Kumashiro, pimenté par son orgie nécrophile et sadienne. À la fin des années 70, ce sont carrément des égarements flirtant allégrement avec le giallo ou le cinéma gothique. Il ne suffit plus de montrer la chair, il faut aussi l’abîmer et, à ce petit jeu pervers, Orgasm Mariko choisit, bien entendu, le club de la surenchère.
Si derrière la caméra, Fumihiko Kato est un faiseur de la Nikkatsu que rien ne semble distinguer de la masse, la plume de Chiho Katsura n’est pas étrangère à la bizarrerie du film: cet auteur a filé un coup de main Nobuhiko Obayashi sur l’écriture de Hausu et a contribué aux titres les plus dérangés et dérangeants du catalogue Nikkatsu tels que l’impossible Violeur à la Rose (avec des serial rapistes poursuivis par un gay-gang sadique), Zoom in: Sex Appartements (où une jeune femme subit des assauts répétés jusqu’à l’absurde sans pouvoir se défendre). Mais son titre de gloire qui allume l’ampoule au plafond, c’est bien sûr l’ultra-violent Assault! Jack the Ripper, dont Orgasm Mariko est accessoirement l’héritier: le ballet éros/thanatos, il n’y a que ça de vrai, ma bonne dame.
Fraîchement fiancée, la Mariko du titre n’a même pas le temps de finir de jouir d’une galipette sur le bord de la route que son fiancé meurt accidentellement après avoir… heurté la bouteille d’un routier! La jeune fille se lance alors dans une quête de vengeance qui va trouver très vite son aboutissement: après s’être donnée au chauffard crevard, elle le tue dans un orgasme démentiel. Comme une drogue, guidée par le cycle de la lune et de ses menstrues (!!), elle ne peut s’empêcher d’y revenir, assassinant des gredins de passage en les poignardant au moment de l’extase. C’est plus ou moins la même idée que Assault! Jack the Ripper, où deux amants trouvaient leur plaisir dans des entrejambes déchiquetés pour pouvoir faire la bête à deux dos. À la différence près que Orgasm Mariko s’alanguit dans des saillies oniriques stupéfiantes, en particulier celle de la grande révélation sanguine: noyée dans des cageots de grappes, malaxée et couverte de jus sucré, Mariko révèle sa vraie nature sous une pluie de sang.
Qui aurait cru que le raisin pouvait être aussi érotique?! L’obsession du cinéma nippon pour les jets cerise généreux poussent encore davantage la stylisation baroque, accompagnant cette petite souris se changeant bientôt en vampire: Mariko ne verra pas de dents pousser au coin des lèvres, mais s’abandonnera sans limite au mariage de la petite et de la grande mort. L’ultime coït carnassier annonce même quelque part les grandes morsures d’amour de Trouble Every Day. J.M.
Orgasm: Mariko (1985)Genre: Pinku | Drama | Thriller | Erotic Pays: Japon | Réal: Fumihiko Katô |



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