Imaginez un film qui se prend pour du David Lynch, du David Cronenberg et du Wes Anderson en même temps, mais qui, au lieu de vous entraîner dans des labyrinthes mentaux ou des abîmes sensoriels, vous largue dans une flaque de bile pop inutile. Bienvenue dans Opus de Mark Anthony Green, la dissection aseptisée de la célébrité qui sent le plastique chaud et le vomi sec sur une moquette beige. John Malkovich, héraut de l’absurde, tente bien de sauver le navire avec son charisme de mi-python mi-hallucinogène, mais même lui ne peut pas faire avaler ce cocktail de clichés tièdes et de dialogues mort-nés.
Malkovich est Alfred Moretti, icône pop disparue, croisement improbable entre Prince, David Bowie et un Joaquin Phoenix dans Inherent Vice (2014). Dix-neuf albums, une aura de dieu vivant et paf : il s’isole dans un bunker où ses disciples en robes bleues s’occupent de ses moindres caprices, comme des zombies de luxe dressés pour lécher ses chaussures. Il annonce son retour avec Caesar’s Request, et le monde entier se pâme. Comme dans un mauvais épisode de The Menu (2022) en mode pop star, quelques journalistes chanceux sont invités à cette forteresse du ridicule pour vivre « l’expériemce ». Parmi eux, Stan Sullivan (Murray Bartlett), rédacteur en chef obsédé par son ego, et Ariel Ecton (Ayo Edebiri), stagiaire qui voit clair dans le jeu de Moretti et qui tente de raconter autre chose que la légende du comeback musical.
Là, le film commence à sentir le vestiaire de foot. Green balance ses idées comme un adolescent bourré de slogans branchés : célébrité = secte = superficialité = et ainsi de suite. Chaque beat est une explosion de vide, les invités se font raser intégralement avant la soirée d’écoute ? On applaudit la bizarrerie, mais on attend désespérément que ça pique un peu. Rien. Tout reste poli et anémier, comme une bière sans alcool. Le film veut du bizarre, du sale, de l’outrance, mais se retire au dernier moment, laissant le spectateur dans un marécage de promesses non tenues.
Le casting, quant à lui, est gâché. Juliette Lewis, Melissa Chambers, Stephanie Suganami : fantômes de fantômes, cantonnées à des figurations inutiles. Malkovich sauve quelques scènes, glissant, sifflant, chantant des morceaux signés Nile Rodgers & The-Dream, mais tout le reste demeure coincé dans une lente agonie narrative. Edebiri, pourtant personnage le plus lucide, n’est qu’un rouage dans une machine qui tourne à vide. Les dialogues se prennent pour des aphorismes, mais sentent l’humidité.
Le summum de l’auto-dérision involontaire ? Ariel se plaint de ne pas avoir d’histoire à raconter. Pas assez pauvre pour émouvoir, pas assez riche pour fasciner. Le film, miroir cruel de son héroïne, en fait la métaphore ultime : ouvrir la bouche ne signifie pas parler, avoir une caméra ne signifie pas créer. En résumé : Opus est un gros mot pour une petite insulte, un opéra baroque en toc où la seule chose que l’on retient, c’est que même le plus élégant des serpents ne peut transformer du pipi en champagne. À voir si vous voulez rire de l’absurde, pleurer de frustration ou juste apprécier Malkovich dans un costume trois pièces trempé de ridicule. Parce que c’est ça, Opus : un film qui se croit chef-d’œuvre mais qui n’est qu’un pet de diva dans un ventilo.
1h 43min | Epouvante-horreurDe Mark Anthony Green | Par Mark Anthony Green Avec Ayo Edebiri, John Malkovich, Murray Bartlett |
1h 43min | Epouvante-horreur


