Confessions vachement intimes. Un célèbre documentariste canadien accorde une ultime interview à l’un de ses anciens élèves, pour dire enfin toute la vérité sur ce qu’a été sa vie.
Paul Schrader revient avec un long bien différent de sa récente trilogie autour du Mal et des psychés masculines torturées. Adapté du roman éponyme et ultime ouvrage de Russell Banks, le film rend hommage à l’écrivain disparu en 2023. Le ton est donné d’emblée: quasiment sur son lit de mort, Leonard Fife, un célèbre documentariste canadien – porté par un Richard Gere qu’on n’avait pas vu à ce niveau depuis un moment – accorde une ultime interview à l’un de ses anciens élèves, pour dire enfin toute la vérité sur ce qu’a été sa vie. Une confession entre reconstruction factice du parcours personnel – imprimez la légende, qu’on vous dit! – et souvenirs filandreux déformés par une mémoire forcément déclinante. Mais sous le vernis qui craquelle, cet emblème de la contre-culture et de l’opposition à la Guerre du Vietnam voit son mythe dé-mys-ti-fié par le père Schrader: aujourd’hui très sarcastique, l’homme est plus pleutre et bien moins conduit par l’engagement que ce que toute sa biographie officielle suggère, en plus d’être un mari volage et un (beau)-fils à papa.
Dans le rôle du Richard jeune, Jacob Elordi, le beau gosse de Euphoria, vient prendre le relais du récit, d’abord au gré de flash-back classiques, puis dans des allers-retours incessants avec un propre Gere sans âge défini qui peut lui aussi surgir dans ce récit reconstruit. Le récit n’est pas seulement éparpillé façon puzzle, il est très fragmentaire et refuse de soustraire à la linéarité traditionnellement de mise pour évoquer les grands hommes. D’autant que cette biographie non autorisée est elle-même interrompue par les besoins changeants du vieil homme, bourré aux calmants, aux sautes d’humeur et aux couches pleines que le petit personnel vient régulièrement changer. Dans des teintes verdâtres et sépulcrales, Paulo rappelle que sous la cape d’Herman Melville, il y avait d’abord un simple agent des douanes.
Certains y verront une façon de régler son compte aux âges d’or que la mémoire mythifie. Le Nouvel Hollywood? Ou son parfait envers des années 80, dont les mirifiques tablettes de chocolat de Richard Gere avaient posé de prophétiques bases dans American Gigolo? Voyez plutôt un bien joli remake tarabiscoté de Hardcore, où le voyage en forme de quête mène toujours à ouvrir des placards qu’on refusait jusque-là de considérer. Qu’elle n’était pas verte, sa vallée!
18 décembre 2024 en salle | 1h 35min | DrameDe Paul Schrader | Par Paul Schrader Avec Richard Gere, Uma Thurman, Jacob Elordi |
18 décembre 2024 en salle | 1h 35min | Drame