OFFSCREEN FILM FESTIVAL 2022 / Jour 6 et 7: « Just Before Dawn », « Squirm »

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Notre envoyé spécial Alan Deprez est l’émissaire du Chaos pour cette édition 2022 du Offscreen. Il nous livre ses impressions sur les œuvres projetées dans ce festival cher à son cœur (meurtri). Jour 6 et 7 : camping (très) sauvage et vers grouillants (Just Before Dawn, Squirm).

NB: À partir de cet article, la numérotation des jours correspond à la présence de notre chroniqueur sur place et plus aux journées effectives du festival.

Ce jeudi 17 mars marquait l’arrivée de l’invité-phare de cette cuvée 2022 du Offscreen (soyons clairs: jusqu’alors, c’est un très bon cru). Jeff Lieberman nous fait l’honneur de présenter toutes ses œuvres, avant de se plier au jeu des questions-réponses lors de sessions animées par le spécialiste Mike Hunchback. En bon Yankee habitué des conventions, Lieberman s’est aussi déplacé avec ses propres produits de merchandising (Blu-ray, DVD et affiches dédicacés), qu’il vend à l’issue de chaque séance. Si l’on en croit la file de fanboys, qui s’amassent devant le stand improvisé à même la salle du Cinéma Nova, la vente de ces articles connaît un franc succès. En avant-séance de Squirm, l’auteur de Blue Sunshine avait encore démontré son sens de l’humour. Il avait enjoint le public à acquérir ses goodies, car il se fait vieux, qu’il ne sera pas éternel et qu’à son décès, les heureux acheteurs pourront ensuite revendre sur eBay et au prix fort les articles signés de sa main !

Au rayon technique, Just Before Dawn (Survivance, 1981) était diffusé sur base d’un DCP (sans doute une restauration 2K) et Squirm (1976), connu en France sous le titre La Nuit des Vers Géants), était projeté dans une belle copie 35 mm (un peu «rosée-orangée»).

L’appel de la nature
Just Before Dawn est un survival dans une forêt profonde (ce n’est pas pour rien que Lieberman cite le Délivrance de John Boorman comme principale influence), qui s’avère relativement efficace. Habilement construit mais assez « attendu », il n’évite pas certains lieux communs du genre. Just Before Dawn orchestre la survie de citadins – en l’occurrence 5 campeurs – dans un milieu qui n’est pas le leur et qu’ils ne respectent pas. Ils perturbent la quiétude de la faune et des natifs de l’endroit sans même s’en rendre compte. En toute logique, les autochtones éprouvent de l’hostilité et de la méfiance face à ces représentants du monde moderne (la rengaine est connue). Survivance avait été tourné dans l’Oregon, au sein du parc naturel de Silver Falls State Park (à une trentaine de kilomètres de Salem), qui fournit un écrin idéal au récit, mais dont la fréquentation n’avait pas été sans causer quelques soucis. Lors du tournage de la scène où une des campeuses (la rousse Jamie Rose) se baigne topless dans un lac, l’équipe avait dû trouver des subterfuges pour éloigner les badauds.

Just Before Dawn est assez tendu et inventif que pour susciter l’adhésion. Il ménage ses effets et parvient parfois à surprendre le spectateur, sans se départir d’une once d’humour (décalé). Plus étonnant, il prend une sorte de virage «protoféministe» dans ses dernières minutes: le personnage de Constance (la charmante blondinette Deborah Benson), qui peut s’envisager comme une final girl, y reprend le pouvoir et les rênes du récit. Elle s’oppose elle-même à un des assaillants (pour ceux qui ne l’on pas encore vu, je n’éventerai pas la révélation du lien entre les agresseurs) et nous vaut la séquence punitive la plus marquante du film: un fist-fucking de la gorge, d’une détermination encore plus signifiante que le plus radical des essais de Mona Chollet. D’autant plus que le personnage du petit ami (Warren, incarné par un Gregg Henry aux faux airs de Robert Redford) reste passif et le témoin impuissant de ce qui se joue devant lui. Serait-ce un acte fort posé à l’encontre d’un patriarcat toxique? Laissons peut-être de côté cette piste de lecture trop facile et très 2022 dans l’esprit.

Un ver ça va, trois vers… Bonjour les dégâts ! (sic)
Squirm opère sur un registre plus ouvertement horrifique. Il joue sur le sentiment de répulsion et de dégoût que provoque invariablement la vue de vers grouillants, étalés sur l’écran. La Nuit des Vers Géants s’inscrit également dans un univers sudiste, ouvertement redneck et où les personnages parlent avec un accent à couper au couteau. Ces caractéristiques nous valent une vraie galerie de tronches comme on les aime, où Jeff Lieberman exprime une fois de plus son amour des seconds rôles. Dès lors, on comprend mieux pourquoi le cinéaste avait refusé d’engager Martin Sheen et Kim Basinger pour incarner le couple principal, même si rétrospectivement, leur présence aurait conféré une plus-value au projet (la carrière de Basinger n’allait alors pas tarder à décoller, suite au succès de 9 Semaines ½). Lieberman en a parlé durant la discussion d’après-film. Il trouvait que leur style et leur physique ne cadraient pas avec ceux de modestes habitants du Sud (bien que le personnage de Mick soit originaire de New York). Une constatation qui valait aussi pour Sylvester Stallone, proposé au réalisateur via une relation en commun.

Squirm s’emballe dans son dernier tiers (on n’en attendait pas moins d’une petite série B «carrée» de sa trempe), rachetant de fait les longueurs qui ont précédé (l’installation de l’intrigue prend un peu trop son temps). On y voit une marée d’asticots, engloutissant tout sur son passage, ou encore un homme littéralement infesté puis possédé par les vers (cela explique peut-être aussi le titre français du long-métrage, pensé pour profiter du succès du classique de Romero).

Ce vendredi 18 mars, j’avais décidé de rentrer tôt (une fois n’est pas coutume) et de faire l’impasse sur la séance de Remote Control (Jeff Lieberman, 1988). Pauvre de moi, j’ai été la victime – consentante – d’un traquenard bien arrosé, organisé par un trio de choix : le cinéphile namurois Etienne Looze (ses posts Facebook sur des œuvres pointues valent le détour), le filou parisien Yann Goodfaith (illustrateur, graphiste et artisan du cinéma d’animation, ce garçon gagne à être connu !) et Karine Demmou, que les gens du métier connaissent parce qu’elle a officié en tant que stagiaire/assistante de production (entre autres pour la boîte Panique ! fondée par Vincent Tavier, Vincent Patar et Stéphane Aubier). Le bilan des courses? Pas mal de bières et une arrivée au plumard vers 3h30… On dormira quand on sera mort(s), comme dirait l’autre. A.D.

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