[NOUVELLE CUISINE] Fruit Chan, 2005

Une fable horrifique belle et fascinante, bien acerbe envers la société chinoise et notre monde d’apparences.

PAR PAIMON FOX

La meilleure pub pour ses jiaozi, c’est Tante Mei elle-même. Plus de 60 ans et une peau, une taille que bien des jeunes filles lui envient (merveilleuse Bai Ling). Dans un immeuble populeux de Hongkong, elle fabrique ses raviolis pour des clients choisis. Telle une ex-star de la télé qui, avec les premières rides, voit lui échapper son mari. Mais quel est le secret de Tata Mei? Que met-elle dans ses raviolis rajeunissants?

Initialement conçu comme un segment des Trois Extrêmes film à sketch coréalisé par Takashi Miike, Fruit Chan et Park Chan-Wook, Nouvelle Cuisine a eu droit à une version longue (ce qu’il était à l’origine). De quoi considérer à sa juste longueur ce petit classique de l’horreur sophistiqué. Fruit Chan, cinéaste a priori peu assimilable à l’horreur, s’intéresse au cas de Madame Lee, star de feuilletons overdosés de niaiserie, femme désespérée qui n’hésite pas à goûter aux étranges raviolis de Tante Mei afin de rester belle et désirable. Le portrait est si précis et minutieux que ce ne serait pas absurde de confesser que Fruit Chan emprunte le sillage de Cronenberg et de Haynes, en adoptant le ton de la fable urbaine sur le culte de l’apparence et la dictature de la jeunesse (avec, dans la version longue un sous-texte explicitement féministe).

La version longue permet également de donner plus d’importance au personnage incarné par Tony Leung Ka-Fai qui se trouve au centre d’une sorte de vaudeville trash entre Miriam Yeung et Bai Ling. La relation adultérine du mari – et le personnage lui-même – a été coupée pour la version courte. Certains passages ont été accentués comme l’histoire de la mère et la fille autour de l’avortement sans doute pour leur puissance horrifique (dur de rivaliser sur ce plan avec Park Chan-Wook et Takashi Miike). Tout ça pour dire qu’au petit jeu des disparités, la version longue l’emporte évidemment. On retrouve les mêmes qualités mais en extra large : excellence de l’interprétation (Bai Ling, créature à la fois étrange et séduisante comme le diable), somptueuse photo (Christopher Doyle, le génial chef-op de Wong Kar-Wai) et surtout atmosphère angoissante amplifiée par le malaise social : lors des allées et venues de Tante Mei entre un hôpital chinois, où elle trouve ses in­grédients, et Hongkong, où elle exerce, on entend des rappels historiques (comment la Chine parvenait à résoudre ses famines) ou politiques (les règles natalistes édictées par Mao)…

Les articles les plus lus

« Plus forts que le diable » de Graham Guit : violemment has-been

Valentin, un homme paumé et fauché, retrouve son fils...

« Silver Pines » : une bande annonce de gameplay pour ce Twin Peaks en jeu vidéo qui fait parler la poudre

Distribué par l’éditeur Team17, bien connu pour son copieux...
spot_img

À lire absolument

spot_imgspot_img
ga('send', 'pageview');
error: Content is protected !!