[NICOLAS SAADA] L’INTERVIEW CHAOS DE L’ÉTÉ

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« J’ai supprimé la totalité de mes comptes sur les réseaux sociaux: je trouvais ça anxiogène, avec un sentiment d’être autant observateur qu’observé. »

Ce que j’aime beaucoup avec ce livre, c’est qu’il est aussi accessible au profane. Quels médias vont ont contacté pour couvrir la sortie du livre ? Ne me répondez-pas « uniquement des revues spécialisées de cinéma », s’il-vous-plait…
Euh… Il y a vous, Le magazine du cinéma, France Inter avec Ciné qui chante, Antoine de Caunes m’a demandé de venir à la rentrée…

On est un peu dans un bunker donc. Pas de Konbini, de Slate, ou d’autres médias grand public qui parlent encore parfois (un petit peu) des Coen, Coppola, Lynch?
Pas trop pour l’instant. Le cinéma a la capacité de provoquer chez n’importe quel spectateur une expérience qui peut être transcendantale, unique, pas très chère, accessible à tous. Ce qui est rare dans la culture populaire aujourd’hui. On a un outil magnifique entre les mains, les décideurs devraient s’obliger à partager quelque chose qui va un peu au-delà de ce que connaît le spectateur. Je suis content que ce livre existe parce qu’il fait vivre cette parole. Moi je viens de là, j’ai été un spectateur avant tout et ensuite je me suis nourri de la parole des autres. J’ai découvert l’histoire de l’art en lisant un livre d’entretien avec Federico Zeri (Conversations avec Federico Zeri, Actes Sud), une conversation à bâtons rompus où il évoque son métier d’historien d’art, ses rencontres avec des grands collectionneurs. C’est un livre qui m’a passionné sur un sujet que je ne connaissais pas, et qui m’a vraiment ouvert sur l’histoire de l’art.

On a crû comprendre que vous aviez un projet horrifique dans les cartons. C’est facile à monter un projet comme ça aujourd’hui?
Là, on rejoint vos précédentes questions sur le cinéma français… En fait, je crois que je n’ai pas choisi le cinéma français, j’ai choisi le cinéma. Ce projet fantastique est international, un peu en dehors des cadres traditionnels. Je cite souvent la phrase que dit Malaparte en croisant Rossellini dans un train: « Le cinéma est la patrie des étrangers. » Impossible de me positionner uniquement comme un cinéaste français pour ce projet, ce qui pose la question de sa nationalité. Faire du cinéma en France, c’est courir le risque de se construire un cadre restrictif pour faire exister un désir. Culturellement, ça rend l’existence de certains projets difficile, voire impossible. J’ai envie d’aller au-delà de ces autorisations, de cette limite qu’impose une nationalité ou un pays. Dès lors qu’on fait un film, qu’on soit à Paris, New York, Mumbai ou Budapest, on parle tous la même langue. C’est Amalric qui m’avait dit ça à l’époque de Quantum of Solace (2008), quand je tournais Espions à Londres à la même époque : sur le plateau, il avait réalisé que c’était les mêmes camions, les mêmes gélatines, les mêmes techniciens, comme partout ailleurs. Le rapport au travail réduit toutes les différences et distances entres les films et les cinéastes.

Vous ne répondez pas vraiment à ma question sur vos projets à venir.
C’est bien un projet qui tourne autour de l’horreur et de la peur. Mais je ne peux pas vous en dire plus, nous sommes au tout début du processus. J’écris un autre film en parallèle, plus personnel, et là encore j’ai bien du mal à l’imaginer sans l’inscrire dans le monde, en le réduisant à un passeport. À côté de ces deux projets pour la télé et le cinéma, l’envie de travailler avec d’autres cinéastes, d’imaginer des projets à plusieurs, commence à faire son chemin aussi. 

Qu’est-il arrivé à votre compte Twitter? Il nous manque beaucoup.
J’ai supprimé la totalité de mes comptes sur les réseaux sociaux: je trouvais ça anxiogène, avec un sentiment d’être autant observateur qu’observé. Et puis j’ai réalisé que cela pouvait devenir toxique, chronophage, contre-productif, avec ce risque de pérorer, de faire des effets de manche, de chercher la petite phrase lapidaire: le risque de sombrer dans la posture égocentrique est trop grand. 

Le lecteur attentif que je suis a repéré un petit numéro 1 sur la tranche du livre: la sortie du volume 2 est-elle pour bientôt?
J’ai dit à Vincent-Paul Boncour (Carlotta): il faudrait que tu lances une collection avec d’autres livres d’entretiens, et pas forcément les miens. C’est quand même une forme ultra accessible, souvent jubilatoire, assez peu difficile à mettre en place. J’ai volontairement choisi une absence d’iconographie, pour qu’il n’y ait pas d’image qui interfère entre le texte et le lecteur, qu’il puisse convoquer lui-même ses souvenirs des films. J’aimais bien l’idée du lecteur qui interrompt sa lecture pour visionner le film et qui reprend la lecture juste après…

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