[NEITHER THE SAND NOR THE SEA] Fred Burnley, 1972

Les one-shot au cinéma ont toujours quelque chose de précieux et de fascinant: en grande majorité, cela signifie qu’un film orphelin n’a jamais été accompagné par choix. Ce qui voulait être dit a été dit. Puis passons les mauvaises expériences, les lassitudes, les coups de poker… Et puis parfois il y a…la grande faucheuse elle-même! C’était le cas du film générationnel/testamentaire Les nuits fauves, ou, plus proche des effluves du chaos, du grinçant La cloche de l’enfer, dont la fin du tournage fut rattrapée par la mort de son réalisateur, écrasé par son propre décor! Toujours à la même époque, on en vient à ce Neither the Sand nor the Sea, dont le réalisateur et ex-monteur Fred Burnley mourra quelques années plus tard, intoxiqué par du guano (!!) durant le tournage d’un film documentaire. Il ne restera du bonhomme que ce film assez unique et étrange, pas du tout en phase avec le cinéma horreur anglais de l’époque, alors encore sous le vent décadent de la Hammer et la Amicus.

Vue dans le très beau Malpertuis où elle y incarnait plusieurs rôles, Susan Hampshire et son côté très Catherine Deneuve/d’occasion s’y trimballe, un peu las, sur l’île de Jersey. La pierre froide, les vagues monstres, les mouettes gueulardes, les algues et les cols roulés: le délice cottage-core et air du large bat son plein. Durant ses promenades, la jeune femme croise le regard peu aimable de Hugh, un garçon du coin dont la famille, semble-t-elle quelque peu maudite, est établie depuis des siècles sur l’île. Love is in the air, et le coup de foudre opère: les tourtereaux ne sentent si bien pousser des ailes qu’ils partent crapahuter à marée basse. En pleine course folle, Hugh glisse sur un rocher… et meurt. Pourtant, quelques heures après, il réapparaît, bel et bien vivant. Mais Hugh, n’est plus tout à fait le même…

Trop bizarre pour les fanas de Lelouch période Un homme et une femme, pas assez horrifique pour les assoiffés d’horreur, Neither the Sand nor the sea semble immobilisé dans un entre-deux qui reste séduisant à bien des égards. L’amant revenu des morts ne communique que par télépathie, et bien qu’il paraisse doué de raison, il n’éprouve plus aucune douleur physique. Alors que son frangin un peu cintré cherche à l’exorciser (d’où le stupide second titre d’où a été affublé le titre: The Exorcism of Hugh), l’amoureuse embrasse le déni à pleine bouche (dans une scène belle et misérable, elle s’apprête à se donner à lui et se remémore tous ses ébats torrides, alors que lui la contemple, sinistre comme une porte de prison): l’homme qu’elle a fait revenir est bien mort et dépérit à vue d’œil, voyant son peu d’humanité disparaître de jours en jours.

Le lyrisme et les badambadam incessants de la BO (c’est même à se demander si Danielle Licari, qui hantait les BO de Mais ne nous délivrez pas du mal et de Histoire d’O, était dans le coup) lui donnent un charme fou de roman-photo, particulièrement ringard diraient-même certains, mais ici corrompu par un fantastique charbonneux. Le jeu glacial de Michael Petrovitch, déjà peu rassurant avant qu’il ne passe l’arme à gauche, et son attitude robotique anticipent de peu une autre histoire de revenant trop désiré: Le mort-vivant de Bob Clark, réalisé quelques années plus tard, dont il est à plus d’un titre le versant romantique. J.M.

Réalisé par Fred Burnley
Scénario: Gordon Honeycombe, Rosemary Davies
Avec: Susan Hampshire, Frank Finlay, Michael Petrovitch, Michael Craze

 

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