« Napoleon Dynamite » de Jared Hess: avant « Super Nacho », une comédie bidonnante

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Avant de commettre Super Nacho, Jared Hess est le réalisateur d’un premier long métrage, Napoléon Dynamite. Une comédie lymphatique inédite en France qui, à l’instar de King Pin des frères Farrelly, a très vite été estampillé culte. À tort ou à raison ?

Preston est un adolescent pas comme les autres. Pour lui, sa vie estudiantine se résume à l’ennui le plus profond. Il a une gueule de nerd irrécupérable, tombe amoureux d’une nana qu’il peine à séduire, vit avec une famille de cintrés dispersée et n’a comme unique véritable pote un nouveau venu : Pedro, d’origine mexicaine, qui rêve de devenir le président du conseil étudiant (comme naguère on voulait être la présidente de la ligue des femmes). Ça tombe bien, c’est la période des élections scolaires. Autrement, pour infos supplémentaires complètement inutiles : l’oncle de Preston s’est lancé dans la vente des produits Tupperware, se fantasme joueur de la NFL et expérimente la machine à remonter le temps. Quant à son frère, c’est un geek qui pense avoir trouvé l’amour en surfant sur le web. Beau portrait de famille. Heureusement, Preston a deux buts dans l’existence : danser et pratiquer l’art ninja. Mais quand il sort de sa torpeur, il peut se révéler tout à fait stupéfiant. Même qu’il paraît qu’il adore danser sur les Backstreet Boys.

À l’instar de Ghost World, de Terry Zwigoff, ou Donnie Darko, de Richard Kelly, Napoleon Dynamite, version étirée d’un court-métrage qui a connu un grand succès lors de sa présentation dans les festivals, propose une alternative revigorante à toute cette vague de teenage movies qui n’ont cessé de véhiculer l’image d’une adolescence cool, lisse et sans aspérités. Alors que dans le premier, une adolescente trouve de la beauté là où d’autres ne la voient pas, et que dans le second, un autre ado observe silencieusement le monde qui l’entoure et redoute que ce dernier, régi par la haine et les secrets assassins, n’explose, Napoleon Dynamite lorgne davantage du côté d’un Wes Anderson light ou même d’un Todd Solondz avec une bonne louche de méchanceté, d’anticonformisme et de misanthropie, mais sans le vernis cynique et cruel qui rendaient ses opus offensifs. En cela, des films comme Storytelling et Bienvenue dans l’âge ingrat poussaient le bouchon carrément plus loin parce qu’ils montraient des ados confrontés à la connerie des autres mais qui n’étaient pas non plus exempts de défauts ou même d’élans de méchanceté. Dans Napoleon Dynamite, la surprise vient de là où on ne l’attendait pas, dans un écrin où le conformisme et l’inertie sont roi et reine.

Comme tous les films qui proposent une vision de l’existence ultra personnelle, il y a de fortes chances que pas tout le monde adhère à ce précipité drôle et cruel. Pour peu qu’on n’ait pas suffisamment de recul sur les années collège et lycée ni même une affection particulière pour tout ce qui est vintage, on peut aisément passer à côté. Et pourtant… Loin de constituer un défaut, la lenteur excessive du film (ce qui accuse quelques baisses de régime qui peuvent irriter les plus irritables) permet de mettre en valeur le décalage entre le personnage principal (fainéant, couard, disgracié, mais futé) et l’univers qui s’agite autour de lui. Accessoirement, c’est un film foncièrement burlesque avec des abrutis qui s’éparpillent comme des mouches et un réal qui rigole de leur vide existentiel. Après tout, ce n’est pas la première fois que l’on rigole du vide. La raison pour laquelle le film est drôle, c’est précisément parce qu’il ne s’y passe rien. Rien de plus mais rien de moins.
Fort heureusement, Jared Hess est un petit malin qui peaufine la caractérisation de son protagoniste tout en ne sacrifiant pas sur l’autel de la cohérence les autres personnages secondaires qui sont autant d’électrons libres et paumés. La manière dont il conclue le récit, à l’aune d’une chronique polyphonique où finalement chaque individu a autant d’importance, appuie cette détermination. Les acteurs sont affublés de perruques kitsch et de vêtements excentriques seventies qui accentuent le rejet des règles et affichent leur mépris des conventions. Conclusion : oui, il y a de la beauté chez les paumés.

Le résultat, gentiment simplet et assez étrange, ne s’adresse pas qu’à ceux qui ont été des opprimés de cours de récrés. Certes, tout cela ressemble davantage à un amoncellement de saynètes plus ou moins anecdotiques qui repose sur l’atmosphère décalée et les personnages azimutés. Mais, dans son genre, cette réussite louable remplit suffisamment bien son cahier des charges 100% crétin pour devenir très attachante. Le fait que Super Nacho bénéficie d’une sortie française constitue au moins une aubaine puisque cette fois-ci, tout le monde sera à même de le découvrir. Mais pour l’heure, jetez-vous sur cette étonnante comédie flegmatique disponible en zone 1, ode à la paresse comme pouvait l’être The Big Lebowski, qui donne définitivement envie de voter pour Pedro (comprenne qui verra).

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