« Nadja », « Jonathan », « Soif de sang »… 5 films chaos à voir avec « Nosferatu »

Un Nosferatu qui sort ses griffes en pleine période Noël, c’est pas banal. Et en guise de doubles programmes, ne passez pas à côté de ces cinq films de vampires à redécouvrir absolument pour l’occasion.


Valérie au pays des merveilles (Jaromil Jires, 1970) 
La merveille des merveilles. Enterré dans les brumes par la censure de son époque, le chef-d’œuvre onirique de Jaromil Jires est ressorti de sa tombe durant les années 2000, et plus particulièrement grâce à un certain Mister Dionnet. Comme le titre l’indique, nous sommes bien en terrain Lewis Carrolien, avec en prime quelques beaux échos freudiens. Valérie, comme tant d’autres après elle, est une très jeune fille qui matérialise ses désirs bourgeonnants en fantasmes vampiriques dans des scénettes bucoliques et terrifiantes, où se télescope trouble œdipien, tentation saphique, peur du sexe… Se balançant sans cesse entre rêverie de dragées et cauchemar gothique, où les nymphes batifolent dans les rivières pendant qu’on fait la fête dans les cryptes, chaque instant, chaque rebondissement insensé malmène et enchante le spectateur jusqu’au plan final apaisé, sublime, où le songe s’arrête… ou commence?


Jonathan (Hans W. Geissendörfer, 1970) 
Le cousin allemand de Valérie… dont on retrouve la même esthétique nichée entre le cauchemar éveillé et l’inquiétante merveille. Mais point de rêverie ici: on y imagine le monde si Dracula avait emporté la victoire au 19ᵉ siècle, disséminant des milices vampiriques au quatre coins du pays. C’est dire si l’allusion a une certaine période de l’histoire relève de l’évidence…. Bardé de visions dingues (un travelling sur un festin de vampires, une paysanne coursée par des petits anges carnassiers, des robes rouges flottant dans la mer…) et se concluant dans un fracas proche du western, un film surchargé et tonitruant, assez peu digne de l’oubli dans lequel il a plongé…


Soif de sang / Thirst (Rod Hardy, 1979) 
Premier film du yes man Rod Hardy, on ne peut pas dire que ce Thirst annonçait la couleur à venir. Il s’agit même d’un des meilleurs titres de la ozploitation, où une jeune femme découvre, malgré elle, qu’elle est la descendante de la comtesse Elizabeth Bathory! Alors que les vampires commençaient à peine à se débarrasser de leur cape, Thirst mêle très intelligemment film de complot et de secte, tout en abordant le vampirisme avec une approche sf (on manipule la précieuse hémoglobine dans des cliniques et des labo dernier cri) sans dénaturer pour autant ses racines gothiques. Le tout avec une dimension politique (l’élite croquant le petit peuple) qui évoque à bien des égards d’autres films de l’époque tels que Soleil Vert ou Traitement de choc.


Le dernier larcin / The last theft (Jiri Barta, 1988)
Le genre de court à la beauté si ravageuse qu’il serait criminel de le considérer comme une simple et brève curiosité. Remarqué dans les années 80 avec Krysar, film d’animation peu aimable qui adaptait la légende du joueur de flûte façon expressionnisme allemand, Jiri Barta a constellé sa carrière de plus courts travaux, comme ce Last Theft pourtant immense. Un voleur dodu s’infiltre dans un manoir lugubre et y découvre des monceaux d’or… avant de rencontrer les propriétaires, curieusement bien heureux de cette intrusion. Sans surprises, vous avez donc compris pourquoi le film fait partie de sa sélection…. Ce n’est pas tant la morale de cette petite fable sinistre qui décoiffe (quoique…) mais bien son parti pris esthétique : entre animation et film live, Barta saccade les gestes de ses comédiens, amplifiant grandement le malaise des images, déjà bien servi par l’atmosphère mi-pesante mi-décadente qui a tout du cauchemar fiévreux et embrumé. Jusqu’à la chute, certes prévisible, mais amenée dans un ballet d’images hallucinantes de beauté funèbre. Une vingtaine de minutes qu’on n’oublie pas.


Nadja (Michael Almereyda, 1994) 
Un des très rares films produits par David Lynch, qui en profite d’ailleurs pour faire coucou en gardien de morgue. À l’époque égérie d’Hal Hartley avant de devenir celle de Bertrand Mandico, Elina Löwensohn illumine de sa beauté irréelle les ténèbres de cette relecture new-yorkaise et lesbienne de Bram Stoker. Après la mort du comte Dracula, sa fille remet en question son existence, cherche à se rapprocher de son frère et séduit une jeune épouse. De surimpression en pixellisation, tout est étonnant dans cette approche sensuelle et moderne du classique aux dents longues, ne déniant pas sa nature gothique tout en jouant allégrement avec le mythe (et si Dracula avait eu une famille?). Martin Donovan traîne son air paumé comme chez Hartley et Peter Fonda incarne un Van Helsing aussi chevelu qu’inattendu. Agité de spasmes poétiques (comme avec ce somptueux baiser de cyprine), une merveille du cinéma indé américain qu’on aimerait revoir dans de belles conditions…

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