« Mother’s baby » de Johanna Moder : Grand prix de Gérardmer 2026 moderne et pertinent

Succédant à In a Violent Nature en 2025, Mother’s Baby, aussi discrètement qu’il soit arrivé, a raflé le Grand prix de cette 33ᵉ édition du Festival international du film fantastique de Gérardmer. Un prix des plus modernes et pertinents pour une cinéaste qui conjugue ici l’horreur au féminin comme trop rarement. Le récit est petit mais malin : une mère, retrouvant son bébé après les complications de son accouchement, commence à sévèrement douter de l’identité réelle, voire de l’humanité du nouveau-né.

Mother’s Baby accueille son public, dans son introduction, en allant très droit au but. Une clinique froide au luxe pourtant agréable, un couple des plus banals, presque témoin au milieu d’un environnement qui apparaît de même : une sorte de vitrine Ikea permanente, baignée d’une lumière immaculée. De ce sentiment de sécurité, Johanna Moder contourne les attendus formels du thriller pour mieux asséner son coup. Sans jamais en faire trop, sans pour autant sembler en sous-régime, elle déstabilise grâce à une gestion ciselée de la tension, laissant la banalité doucement dévisser. Marie Leuenberger, comédienne principale, porte alors merveilleusement le film, ancrée dans une subtile permanence au diapason de séquences souvent triviales. Outre un traitement sonore un peu grossier, l’économie de l’approche touche juste et met en exergue le moindre décalage, la moindre étrangeté, comme si elle était immense.

Là est ce qui, contre-intuitivement, porte Mother’s Baby vers le haut. La retenue et l’économie d’effets constants dépassent l’ennui pour encapsuler la lente dérive du banal au terrifiant. De légers déraillements d’intonations, de dialogues ou la simple absence de pleurs d’un bébé s’hypertrophient alors, comme minuscules taches au centre d’un tableau parfait. Outre un léger manque de second souffle dans la dernière demi-heure, la normalité quotidienne captive organiquement, angoisse au sens premier du terme, jusqu’à libérer l’horreur au bout de son slow burn. Le climax s’en retrouve nécessairement un peu attendu, autant que assez pompier dans sa forme, mais toujours empli de corrosion dans ce qu’il raconte d’humain. Nul besoin de verbaliser quand l’horreur suinte des corps et des rapports humains.

En se refusant à une horreur directe, et par ailleurs à ses codes formels et narratifs souvent artificiels, Johanna Moder trouve, par la subtilité, une mise en corps passionnante de l’horreur au féminin. Loin d’essentialiser quoi que ce soit pour autant, le film cultive une angoisse des marges, du quotidien et de l’intime. La peur au féminin, c’est ici celle de tous les jours, d’un réel (et d’hommes) qui ne cesse de nous écraser. Le post-partum n’est ici pas seulement affaire de trouble psychique, mais avant tout un terme instrumentalisé et dévié de ses enjeux réels pour servir une violence masculine omniprésente. Il n’apparaît jamais nécessaire de grossir le trait de ces violences tant gaslighting, absence du père et tant d’autres maux, même si approchés en surface, éveillent l’horreur par essence.

Dans la violence comme dans le quotidien intime d’une nouvelle mère forcée d’être mauvaise car seule contre toustes, mettre en avant suffit à frapper fort. Le geste n’est pas neuf, le film n’est sans doute pas parmi les plus grands, mais c’est d’une belle réussite.

1h 48min | Drame, Thriller
De Johanna Moder | Par Johanna Moder, Arne Kohlweyer
Avec Marie Leuenberger, Hans Löw, Claes Bang

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