Adieu Paul Vecchiali (1930-2023)

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Le cinéaste Paul Vecchiali est décédé dans la nuit de mardi 17 au mercredi 18 janvier 2023 à l’âge de 92 ans, après une carrière aussi foisonnante que chaos. Compagnon de la Nouvelle Vague, dont l’œuvre pouvait explorer le Sida, la pornographie ou la violence, il est mort dans un hôpital du sud de la France. Il n’avait jamais cessé de travailler et laisse un film quasiment terminé, tourné en un jour et baptisé Bonjour la langue, en hommage à Jean-Luc Godard et son Adieu au Langage (2014), avec lequel il correspondait. Celui qui se présentait volontiers comme un cinéaste « chercheur », et fut aussi critique aux Cahiers du Cinéma, a réalisé au total une cinquantaine de films dont trente longs-métrages. Polytechnicien de formation, il s’est tourné très rapidement vers le cinéma, livrant en 1965 un premier long-métrage, Les Ruses du diable. Son idole était Danielle Darrieux, dont il collectionnait les photos, adolescent, à Toulon et qu’il fera notamment tourner dans En haut des marches (1983), un film qui rend hommage à sa mère et évoque le traumatisme de la guerre. Hommage.

Comme auparavant Jean-Pierre Mocky ou Manoel de Oliveira, Paul Vecchiali était de ces cinéastes increvables, avec le septième art bien fixé en guise d’oxygène: s’il ne filmait pas (21 films entre 2005 et 2022!!), il écrivait (il venait à peine de sortir une énorme autobiographie en deux tomes). Chopé à la sortie de la nouvelle vague, il signait L’étrangleur, thriller mélancolique aux allures de film de Jacques Demy avalé par la série noire. Son Femmes Femmes, bizarrerie tragi-comique et camp, captive Pasolini qui en reprendra ses actrices Hélène Surgère et Sonia Saviange pour Salo, allant jusqu’à leur faire rejouer une séquence du film, agissant comme un trait d’union grotesque et comique au milieu de la merde et du foutre. Avant le décret du X, Vecchiali surfera sur la vague porno avec l’incroyable Change pas de main, où Myriam Mézières, privée sans sous-vêtements, traque un Jean-Christophe Bouvet nécrophile dans une ambiance décadente. Puis viendra Diagonale, sa boîte de production, où il hébergera Jean-Claude Guiguet, Noël Simsolo, Claudine Bories ou Marie-Claude «Simone Barbès» Treilhou. Comme Cukor, comme Almodovar, c’était un amoureux des actrices, canonisant son idole Danielle Darrieux au début des années 80 dans En haut des Marches ou encore François Lebrun dans Trous de Mémoires, ou fera débarquer Catherine Deneuve, Edith Scob et Annie Cordy le temps du Cancre, un de ses derniers longs métrages. Son amour indéfectible du mélo explosera dans Corps à Cœur, avec son garagiste épris à la folie d’une pharmacienne plus âgée que lui, probablement son plus grand film. Et osera, à une heure grave et épineuse, évoquer le sida dans son audacieux Encore (Once More). S’ajoutent quelques passages par le théâtre ou la télévision, avec de nombreux téléfilms, dont l’adaptation de L’impure ou sa série Les jurés de l’ombre (reléguée à l’époque en deuxième partie de soirée en raison de sa violence). Un cinéphile, un amoureux, un poète: dans le petit monde du cinéma français, Paul Vecchiali avait, et tant pis si ça sonne cliché, quelque chose d’unique. J.M.

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