« Eraserhead », « Mulholland Drive », « Sailor et Lula », « Blue Velvet »… Le cinéma de David Lynch dans tous ses états

Géant du cinéma américain à l’influence immense, David Lynch est l’auteur de dix longs métrages sortis entre 1977 (Eraserhead) et 2006 (Inland Empire) et c’est peu dire qu’il avait envoûté une cohorte d’admirateurs fascinés par l’inquiétante étrangeté de ses films. La rédaction revient sur toute sa filmo.


Eraserhead (1978)
Décrit comme un « rêve de choses sombres et troublantes » par son réalisateur, voici un premier long métrage encore saisissant, car affranchi de tous codes. Auto-produit sur plus de cinq ans (anecdote savoureuse: Lynch manquait tant de budget qu’il est resté bloqué sur le plan d’une porte qui s’ouvre, avant qu’un an plus tard le personnage n’y entre parallèlement à la reprise de la production), le film, faute de trouver une large audience, s’imposera comme un midnight movie. Ici textures et nappes sonores pesantes s’entremêlent, les lents travellings post-industriels précèdent des tableaux clairs-obscurs de chambrées où émanent des infra-mondes. La nervosité inexplicable prédomine, jouant d’atmosphères suspendues, du surgissement de ce « qui ne devrait pas être là »: ombilics indécents, nourrisson reptilien prématuré, femme freaks à bajoues, cheminot spatial humanoïde etc. Sommes-nous plongés dans un esprit malade? Dans l’interstice entre veille et sommeil? Ou une réinterprétation extra-terrestre de la vie terrienne? Bienvenue dans l’ersatz d’un monde aux contours surréalistes et liminaires, où le réel est désaccordé et où même la plus banale interaction ne relève plus de l’évidence. Un long-métrage qui essaimera une fascination, moins narratif qu’il n’est affaire de ressentis, diégèse proche du cauchemar et matérialisant avec acuité le sentiment d’inquiétante étrangeté. Si l’on prête aisément à Eraserhead le caractère d’œuvre matricielle, réservoir d’images lynchiennes par excellence, elle sera, selon son auteur, son œuvre la plus spirituelle. M.S.

7 juin 1978 en salle | 1h 29min | Drame, Fantastique, Epouvante-horreur
De David Lynch | Par David Lynch
Avec Jack Nance, Charlotte Stewart, Allen Joseph

 


Elephant Man (1981)
Après l’éblouissant coup d’essai Eraserhead, David Lynch attire l’attention d’un certain Mel Brooks (si, si) qui lui soumet cette adaptation des mémoires de Frederick Treves, le médecin de Merrick. Hanté par Freaks de Tod Browning et son message (les plus monstrueux ne sont pas ceux qu’on croie), Lynch voit matière à en faire un mélodrame cauchemardesque et expressionniste, une célébration de la bonté et de la compassion sublimée par la photo en noir et blanc de Freddie Francis. C’est littéralement mettre en images l’histoire de ce Britannique de la fin du XIXe siècle atteint d’une maladie déformante. Arraché à son cruel propriétaire par un médecin compatissant, ce dernier est placé dans un hôpital où son intelligence et sa sensibilité exceptionnelles émergent de l’ombre. John Hurt, dans le rôle-titre, entièrement défiguré par un maquillage réalisé à partir du masque mortuaire de Joseph Merrick (une oeuvre d’art en soi), est inoubliable en monstre de foire qui n’aspire qu’à être aimé, parvenant, sous son maquillage, à faire passer toute la beauté intérieure du personnage, toute son innocence et sa finesse. Soit un vrai personnage Lynchien. Dans ce qui ressemble à son film le plus abordable et le plus rentable commercialement, le cinéaste poursuit son monde où son hypersensibilité serait sa plus grande protection face à la cruauté du monde, où l’émotion est installée au premier rang et où le monstre est finalement partout sauf chez Merrick.

8 avril 1981 en salle | 2h 05min | Biopic, Drame
De David Lynch | Par Christopher De Vore, David Lynch
Avec Anthony Hopkins, John Hurt, Anne Bancroft
Titre original The Elephant Man

 


Dune (1985)
On évite souvent de parler de ce film-là quand on aborde le cinéma de David Lynch, comme le vilain petit canard de sa filmographie – renié par le réalisateur lui-même. L’histoire est connue. À la suite de l’échec de la production d’une adaptation du roman de Frank Herbert par Alejandro Jodorowsky au mi-temps des années 1970 (convoquant, entre autres, des artistes comme Moebius, Dali, Giger ou Pink Floyd), Dino De Laurentiis, riche producteur italien, récupère les droits et tente de monter son propre projet. Après la défection de Ridley Scott, c’est finalement David Lynch qui est choisi par la famille De Laurentiis pour le réaliser, après avoir vu Elephant Man. Le cinéaste, qui n’a pas lu Herbert et ne porte pas la science-fiction dans son cœur, accepte le challenge, y voyant l’opportunité de se frotter pour la première fois à un grand studio et réaliser une œuvre de grande ampleur. La suite donnera raison à la méfiance de David Lynch, à qui on a retiré le director’s cut et un montage de 3h (contre 2h15 pour la version finale), qui jurera ne plus jamais faire de compromis dans sa carrière. Défoncé par la critique, boudé par le public et conspué par les fans du roman – mais aimé par Herbert -, Dune reste comme un rendez-vous manqué entre Hollywood et David Lynch. Pourtant, et comme le font remarquer de plus en plus de voix concordantes, ce Dune a un charme que n’aura jamais le blockbuster lambda, ou même l’adaptation de Denis Villeneuve. Par-delà la tiédeur des scènes d’action, les couches de voix-off ou encore une deuxième partie évacuée trop hâtivement, on reconnaît dans Dune la patte du cinéaste: inquiétante étrangeté, mystère entourant le Bene Gesserit, sexualité débordante, personnages grotesques ou encore quelques scènes oniriques. Un film de SF sans nul autre pareil, trop bizarre, trop abscons, trop coûteux, et, surtout, la rencontre entre David Lynch et Kyle Maclachlan, le début d’une collaboration fructueuse sur plus de 30 ans. M.B.

6 février 1985 en salle | 2h 20min | Action, Fantastique, Science Fiction
De David Lynch | Par David Lynch
Avec Kyle MacLachlan, Jürgen Prochnow, Francesca Annis

 


Blue Velvet (1987)
Du fiasco de Dune, qui l’a traumatisé à vie, Lynch a au moins retenu que son domaine n’était pas dans un lointain ailleurs, mais au cœur d’une Amérique intemporelle, marquée par les réminiscences de son enfance dans les années 50. Pour Blue Velvet, il n’a pas seulement retenu les images idéalisées de maisons aux barrières blanches sous un ciel bleu. Il se souvient aussi d’avoir été témoin avec son frère de l’irruption d’une femme nue titubant dans la nuit. À l’évidence, quelque chose ne tournait pas rond. Blue Velvet est placé sous le signe de cette dualité: sous l’apparence se cache une réalité sombre. Brad Dourif disait que c’était un film sur l’innocence et l’impossibilité de l’innocence. De fait, aucun des protagonistes n’est complètement ce qu’il paraît: Jeffrey Beaumont, le gendre idéal, découvre lui-même sa part d’ombre, son voyeurisme et son attirance pour une femme abîmée. Dorothy Valens accepte d’être dégradée pour protéger son enfant, mais elle aime être battue. Même l’horrible Frank Booth fait preuve d’émotion lorsqu’il est en présence de beauté. Pour la première fois de sa carrière, Lynch avait réussi à ouvrir son esprit pour exprimer des thèmes et obsessions qu’il mûrissait depuis longtemps, et il a bénéficié aussi d’une complète liberté artistique accordée par Dino De Laurentiis. Le résultat, enrichi par une série de hasards et de rencontres heureuses (notamment avec Angelo Badalamenti), est un film parfait dans le sens où il est conforme en tous points à ce que son auteur en espérait. G.D.

21 janvier 1987 en salle | 2h 00min | Policier, Drame, Thriller
De David Lynch | Par David Lynch
Avec Isabella Rossellini, Kyle MacLachlan, Dennis Hopper

 


Sailor et Lula (1990)
Wild at Heart s’ouvre dans les flammes. Ce même feu ardent qui a poussé David Lynch dans ses derniers retranchements, l’emportant loin du vivant. Laissons-lui prendre un peu d’avance sur cette route de brique jaune, the yellow brick road du Magicien d’Oz qu’il affectionnait tant. Il y croisera sans doute Sailor et Lula, puisque les deux amants maudits s’y sont aventurés afin de fuir une marâtre fêlée. Et même si les chats noirs se font rares dans la filmographie de Lynch, le road trip aux confins du Texas de Laura Dern et Nicolas Cage reste définitivement la plus féline de ses œuvres, puisque longtemps mal-aimé. L’onirisme parfois étrangement surréaliste ou totalement cauchemardesque qui fera de lui l’artiste qu’il est devenu est ici timide, mais derrière le kitch assumé de cette histoire d’amour se cache sans doute le plus attendrissant de ses films. Si Sailor et Lula étaient wild at heart, il se cachait en David Lynch l’âme d’un grand romantique. Puis vient une scène qui annonce ce sentiment d’affliction qui infusera son œuvre de manière exponentielle, et qui atteindra son apogée dans Mulholland Drive. Une parenthèse chargée de mélancolie qui commence par une discussion en voiture entre Sailor et Lula, où la parole se délie tandis que résonne Wicked Game de Chris Isaak, pour finir sur un accident dont sont témoins les deux personnages, impuissants. Face aux désillusions de la vie et aux rêves perdus en chemin, les yeux de Lula se gorgent de larmes tandis que la béatitude de Sailor s’évapore dans le vent de cette douce nuit d’été. S’ils reprennent la route comme si de rien était, ils ne seront en vérité plus jamais les mêmes. Mais le voyage continue. L.C.

24 septembre 1990 en salle | 2h 05min | Comédie dramatique, Romance, Thriller
De David Lynch | Par David Lynch
Avec Nicolas Cage, Laura Dern, Willem Dafoe
Titre original Wild at Heart

 


Twin Peaks: Fire Walk With Me (1992)
Parmi les rares films de David Lynch à réhabiliter (ils sont peu nombreux à avoir été rejeté à leur sortie, Dune, Inland Empire et donc celui-ci), Twin Peaks: Fire Walk With Me est celui qui a bénéficié le plus du passage du temps – si bien qu’il est parfois considéré comme le meilleur de son auteur. Projeté dans l’incompréhension totale à Cannes en 1992 (le jury présidé par Gérard Depardieu lui préfèrera les horreurs académiques ou misérabilistes de Billie August et Gianni Amelio), le film a, plus surprenant, décontenancé les fans orphelins de la série depuis son arrêt abrupt l’année précédente. Il faut dire que Fire Walk With Me est le premier film purement lynchien du cinéaste, le plus proche de la caricature que le grand public et certains médias ont fait de son style: de la fiction où l’on se perd, sans fil d’Ariane, dans le labyrinthe de ses images. David Lynch déchire le voile, brise l’écran de télévision dans un générique prémonitoire, et nous lâche dans les méandres de la peur, de la perte de l’innocence et de la dévoration du monde. Fini le soap opéra de la série télévisée, Fire Walk With Me est un grand film d’horreur psychanalytique autant qu’un mélodrame surréaliste. Une œuvre de la trempe du Cauchemar de Füssli ou de De l’autre côté du miroir de Lewis Caroll. Finalement, c’est l’illustre Jacques Rivette (dont le Céline et Julie vont en bateau a probablement inspiré Mulholland Drive) qui en parlera le mieux: « Twin Peaks, le film est le film le plus fou de l’histoire du cinéma. Je ne sais pas ce qui s’est passé, je ne sais pas ce que j’ai vu, mais je suis sorti de là six pieds au-dessus du sol ». On ne peut lui donner tort. M.B.

3 juin 1992 en salle | 2h 15min | Policier, Fantastique, Thriller
De David Lynch | Par David Lynch, Robert Engels
Avec Sheryl Lee, Ray Wise, Mädchen Amick

 


Lost Highway (1997)
Le ruban d’une route défile à vive allure, la nuit, quelque part dans la Vallée de la Mort: c’est la Lost highway de David Lynch (titre repris d’un roman par Barry Gifford, déjà co-scénariste de Sailor et Lula). la route paumée suivie par un assassin schizophrène et faite pour éblouir dans la nuit l’innocent spectateur. Fred Madison (Bill Pullman), saxophoniste de jazz marié à la brune Renée (Patricia Arquette), vit dans une belle demeure près de Los Angeles. Cette existence est troublée par l’apparition de mystérieuses K7 filmées pendant leur sommeil, la rencontre réelle ou rêvée d’un personnage grimé qui ressemble à la mort, des cauchemars, la jalousie latente. Renée est retrouvée assassinée et Fred est arrêté. En cellule, il se dédouble, devient un autre, se métamorphose en un petit mécano, Pete Dayton (Balthazar Getty). Une histoire distincte commence alors mais elle a d’étranges similitudes avec la première. Pete a une aventure clandestine avec Alice, la compagne d’un redoutable caïd et Alice n’est autre que Patricia Arquette, en blonde platinée… Le même Deus ex-machina grimé, au sourire diabolique, réapparait dans le désert. Un film en boucle, comme tourné sur un circuit plutôt que sur une autoroute transcontinentale, où l’on croise le chemin de l’homme en noir qui a le don d’ubiquité (Robert Blake) et où on perd les pédales en écoutant David Bowie, Trent Reznor, Marilyn Manson, Antonio Carlos Jobim et Lou Reed.

 15 janvier 1997 en salle | 2h 15min | Drame, Fantastique
De David Lynch | Par David Lynch, Barry Gifford
Avec Richard Pryor, Lucy Butler, Bill Pullman

 


Une histoire vraie (1999)
Blue Velvet fut pour moi le premier choc décisif avec l’univers Lynchien. Une histoire vraie fut le dernier. Comme beaucoup de monde, je l’avais mis à l’écart pour ce qu’il représentait ou du moins, ce qu’il avait l’air de représenter: un « Lynch pas Lynch », un Lynch respectable, un Lynch qui ne froisserait personne… Dans le sillage des petites villes tordues et du Hollywood Babylon, Lynch y livrera un chef-d’oeuvre d’une douceur intolérable. Il n’y a d’ailleurs aucune trahison dans cette Histoire Vraie, aucune: c’est un Lynch serein, délesté du poids des ténèbres, filmant une Amérique intemporelle et immuable à travers les yeux d’agate de Richard Farnsworth. Le genre de regard passant de la malice à la peur qu’on oublie pas. Il y a tout ici pour virer carte postale niaise, tout. Et pourtant chaque maison, chaque rayon de soleil, chaque champ à perte de vue provoque, par on ne sait quelle magie, un pincement au coeur. Le road movie à deux à l’heure, où ce brave Alvin Straight, sentant la fin venir, décide de réparer les choses avant qu’il ne soit trop tard: tout ça dans une longue traversée à la tondeuse où une nuée de cycliste apparaît comme un événement merveilleux et une pente abrupte transforme l’odyssée en cauchemar. Loin de ses nappes de synthés favorites, Badalamenti s’élève lui aussi, célèbre l’americana dans son jus: son «rose theme» fait vaciller à chacune de ses apparition, donne envie de mourir d’amour et livre tout son sens à ce film d’âmes fêlées qui souffrent en silence. À la fin, quand Alvin arrive au bout de sa quête, il n’y a pas de tables renversées, d’explications ou de tape dans le dos comme dans un bon vieux mélo des familles; juste deux vieux hommes qui regardent les étoiles. J.M.

3 novembre 1999 en salle | 1h 52min | Drame
De David Lynch | Par John Roach, Mary Sweeney
Avec Richard Farnsworth, Sissy Spacek, Harry Dean Stanton
Titre original The Straight Story

 


Mulholland Drive (2001)
Le cinéma du 21ème siècle – celui qui commence à ne plus être si jeune que ça – n’a pas beaucoup de certitudes mais il en est au moins une qui ne souffre aucune contestation: Mulholland Drive est le plus grand film de la période, et ce statement parcours aussi bien la presse spécialisée que les titres grand public d’ordinaire moins à l’aise avec le cinéma à visée expérimentale. Comment expliquer qu’une pareille incongruité hollywoodienne séduise toujours autant? Souvenons-nous du spectateur au début du documentaire Retour à Mulholland Drive, enquête menée par un jeune Philippe Royer intrépide en 2003: « I’ve seen the movie 26 times. Everytime I see it, I understand it a little bit less »… Et c’est peut-être avec cette double entrée en tête qu’il faut considérer le chef-d’œuvre. D’un côté, le jeu de piste pour geeks cherchant à boucher les trous et à remettre les pièces du puzzle dans le bon ordre (mode kubrickien, façon Room 237: le plaisir de du film logerait dans la puissance de décryptage et de délire qu’on saurait y investir, y compris avec une mauvaise foi bienvenue qui fait tout le sel de ces exégèses collectives). De l’autre – et il est important de le dire car David Lynch est probablement le seul cinéaste de l’histoire à avoir fait marcher son cinéma sur ses deux jambes – le dédale de pures sensations, boutant les clefs du coffre fort explicatif très loin de nous, nous ramenant au pays d’Oz ou au songe magrittien (« Tout dans mes œuvres est issu du sentiment de certitude que nous appartenons, en fait, à un univers énigmatique »: est-ce René ou David qui parle, on ne sait plus trop…) Les nains, les cocottes fardées, les répondeurs téléphoniques retentissant dans la nuit, les petits vieux qu’on croirait échappés de Rosemary’s Baby, les réalisateurs vaniteux donnant leurs instructions par mégaphone, le baiser, le playback, la valley, et une monstrueuse scène de jitterbug dance en guise d’ouverture, toujours intacte aujourd’hui: habitué aux fonds verts et aux changements d’échelle tiktokisant, le spectateur de 2025 ne peut que se demander pourquoi il est toujours fasciné. Pas sûr, cependant, qu’il trouve rapidement sa réponse… G.R.

 

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21 novembre 2001 en salle | 2h 26min | Drame, Fantastique, Thriller
De David Lynch | Par David Lynch
Avec Naomi Watts, Laura Harring, Robert Forster
Titre original Mulholland Dr.

 


Inland Empire (2006)
Retrouvant Laura Dern après Blue Velvet et Wild at Heart en lui offrant le rôle de Nikki Grace, actrice piégée dans un film maudit, Lynch avait poussé en 2006 son cinéma dans de nouvelles contrées. Techniquement, d’abord: bien que le film soit le dernier long-métrage du réalisateur ayant eu la grâce des salles de cinéma, il s’agit aussi de celui ayant en apparence le plus de liens avec la télévision, étant tourné avec une caméra DV donnant à ses images la patine d’un bonus behind-the-scenes de DVD. C’est qu’Inland Empire est justement un inoubliable film sur le « derrière de la scène », celui où se glissent des acteurs à la recherche d’eux-mêmes – c’est- à-dire de leur personnage – dans d’incroyables scènes de poursuites entre plusieurs réalités. C’est à la fois ce que Lynch a fait de plus explicite sur les existences parallèles et de plus expérimental dans sa forme finale. Les séquences tournées aux États-Unis, qui s’approchent dans l’esprit de ses obsessions hollywoodiennes développées notamment dans Mulholland Drive, alternent avec des scènes tournées en Pologne, et d’autres encore en studio, tirées de sa série Rabbits. Cela achève de faire de ce film celui des nouveaux horizons, expérimentation qui marquera durablement le cinéaste dans sa conception de Twin Peaks: The Return où l’on retrouve cet appétit pour la diversité géographique – qu’elle soit de notre monde ou d’un autre. C’est enfin le film dans lequel Lynch signera sa plus belle lettre d’amour aux actrices qui ont nourri sa carrière et l’imaginaire de son cinéma: Dern, bien sûr, mais aussi Grace Zabriskie, Naomi Watts, Laura Harring, Nastassja Kinski, et toutes les autres que le personnage de Nikki Grace synthétise parfaitement. T.R.

7 février 2007 en salle | 2h 52min | Drame, Fantastique, Thriller
De David Lynch | Par David Lynch
Avec Laura Dern, Jeremy Irons, Justin Theroux

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