Huit tranches de malaise, j’vous en mets un peu plus ? Définitivement sur la touche (AHS en suspens, pas de suite de The Watcher, Grotesquerie et Doctor Odyssey vaguement boudés…), Mister Ryan Murphy s’accroche comme il peut à sa série Monster, déjà éraflée par une saison 2 bien ratée. Aborder le mythique cas d’Ed Gein, « le boucher de Plainfield » aurait pu lui donner un semblant d’éclat pour cette troisième saison : pas de suspens, c’est tout l’inverse qui se produit.
Pas vraiment un cador sur la carte des serial-killers avec ses deux victimes officielles, Gein marqua avant tout les esprits par l’imagerie macabre de son « oeuvre » (le costume de peau ou le meublier humain) et la récupération active qu’en fera le cinéma. C’est sur cette idée-là que Murphy va broder son tissu… Mais est-ce assez pour tenir sur presque huit heures de feuilleton ? C’est déjà non. Multipliant les points de vue jusqu’à plus soif dans la S2, il se débarrasse ici très vite des protagonistes de l’affaire : la mère d’Ed Gein (incarnée par Laurie Metcalf, folle comme d’habitude), son père, son frère, hop, sous le tapis. En place, il préfère extrapoler (euphémisme), le CV d’une très discrète connaissance de Gein pour en faire une petite blondinette perverse qui poussera le brave fermier un peu léger à déterrer les corps et à explorer davantage ses kinks morbides. Une réécriture de l’histoire, et pas la seule : Murphy comble les ambiguïtés et les zones d’ombre (les autres victimes potentielles, la nécrophilie pas vraiment confirmée de Gein et sa vie sexuelle en général…) à sa guise, quitte ouvertement à piétiner les faits réels.
Arrêtons-nous aussi un instant sur l’incarnation même de Ed, avec le miscasté Charlie Hunnam, dont le corps de himbo est très vite scruté de manière imprudente dès les premiers instants du show : l’érotisation des deux frangins Mendez de la saison 2 était déjà gênante, ici, on se demande vraiment si Murphy ne jouerait pas le troll de service (ou le tonton pervers au choix). L’œil mou et flanqué d’une voix de petit garçon qui n’a jamais existé ailleurs qu’ici (suffit d’écouter le timbre du concerné dans le doc Psycho : the lost tapes of Ed Gein) le comédien précipice le show dans des abîmes de gêne. Mais restez, ce n’est que le début !
Marqué par l’iconographie nazie et les images de charnier, Gein se met ici à fantasmer sur la vie décadente d’Ilse Koch, une terreur SS ayant inspiré cette bisseuse de Ilsa la louve. Vicky Krieps, arrivée ici, on ne sait comment, donne tout dans ce rôle annexe qui en rajoute dans le grand n’importe quoi ambiant. Quid également de toute la préparation du projet de Psychose ou de Massacre à la tronçonneuse, qui occupe plusieurs épisodes ? Perkins, homo dans le placard qui doit se fondre dans la peau de Gein, Alfred Hitchcock et sa femme-mère, ou Tobe Hooper, fieffé connard fumeur de joints. De parallèles douteux en surabondance d’anecdotes plus ou moins vraies, Murphy en fait des caisses pour évoquer la circulation du mal et la curiosité morbide du peuple. Et malmène encore une fois les faits comme il l’entend, jusqu’à l’utilisation gratuite et sensationnaliste du gore (certaines scènes mythiques de Psychose ou de Massacre à la tronçonneuse refilmées en gore-o-rama : pourquoi ???).
Comble de ce cirque Pinder de la bêtise, le dernier épisode tente de transformer la série en spin-off de Mindhunter (vous savez, cette série formidable que Fincher a abandonné pour tourner ses films les moins intéressants pour Netflix?), avec re-acting discutable de certaines séquences (sans les concernés du show original bien sûr). Le cas Richard Speck, traité de la manière la plus vulgos possible, ou le pont maladroit avec Ted Bundy relancent Murphy sur un autre motif qui le travaillait déjà sur AHS : le petit monde des tueurs vu comme une cartographie de l’infamie américaine. La glamourisation finale de Gein, après s’être bien apitoyé sur son sort (que penser de l’utilisation du Lacrimosa de Preisner, du thème de Kilar pour The Truman Show ou du Spiegel im Spiegel de Arvo Pärt ? On va rester polis et on n’en dira pas plus) résonne comme une déconnexion totale et absolue de son auteur. Il serait temps de prendre votre retraite Mr Murphy…



