Instigateur de la féroce vague des «mondo», Mondo Cane est à l’origine de Cannibal Holocaust pour avoir initié le procédé qui consiste à montrer des images chocs dans un style vériste avec en sus un commentaire pompeux pseudo-moral pour mettre le spectateur «face à la mort». De la bonne blague de vidéoclub que les moins de 30 ans ne peuvent pas comprendre…
PAR PAIMON FOX
Mondo Cane («monde de chien» en Italien) est une sorte de «Baraka de l’horreur» où les us et coutumes de différents pays sont passés à la moulinette pour affrioler les ados qui fréquentent les vidéo-clubs. Lors de sa présentation au festival de Cannes en 1962, le film de Gualtiero Jacopetti, Paolo Cavara et Franco E. Prosperi a fait sensation par la force de ses images. A la revoyure, ce carnet de voyages des petites horreurs a beaucoup souffert et ne répond pas à ce que l’on pourrait attendre d’un film «mondo» qui selon la règle ne se situe pas loin du snuff movie. En comparaison, on a affaire à une comédie volontariste et fascinante qui invite aux vices et aux trucages. A côté, une œuvre dégénérée comme Camp 731 a su conserver sa puissance.
L’impact de Mondo Cane est moins fort que les Face à la mort et Guinea Pig (dans un genre totalement différent) qui ont poussé le système très loin dans la gratuité avec opportunisme et plus d’aisance. Il faut donc replacer le film dans son contexte (les années 60) et louer son concept inédit dans le genre horrifique consistant à concilier des images dites réelles et d’autres, totalement fabriquées. La différence, c’est que les horreurs sont essentiellement subies par des animaux: une tortue (Cannibal Holocaust ira beaucoup plus loin en se targuant d’une scène coupée), des porcs, des oies, des chiens, des serpents ou des taureaux. Les scènes encore impressionnantes de Mondo Cane se déroulent avec des pêcheurs mutilés qui se vengent des squales en les gavant d’oursins et des enfants qui lors d’une fête Pékinoise lavent des cadavres. Mais le JT de 20 heures a quasiment atteint ce niveau – les sensibilités et les mœurs ne sont plus les mêmes.
En contrepoint, certains passages totalement incongrus cherchent à remplir du vide ou à donner une dimension grotesque au spectacle de la misère. Les commentaires façon triste-monde-tragique qui les accompagnent provoquent une hilarité que l’on ne peut pas considérer comme involontaire. C’est le principe du mondo. La bande-son est signée Riz Ortolani que Deodato reprendra pour signer la partition entêtante de Cannibal Holocaust, et ce n’est pas anodin. Avec le recul, Mondo Cane passe pour un objet expérimental de petits malins. Un peu comme Le projet Blair Witch dont ce dernier est le descendant indirect. Il mise davantage sur l’attente, ce que le spectateur est susceptible de découvrir ou non. La scène la plus représentative de cette expectative pourrait être celle avec les innocents poussins violemment recouverts de peinture finissent dans des œufs de Pâques. Autant prévenir ceux qui s’attendaient à se lécher les babines: tout reste soft même si certains passages construits selon un contraste de couleurs (lorsqu’une demoiselle goûte avec ses lèvres toutes rouges des insectes) cherchent à respecter la confrontation entre les pays (l’Italie, l’Asie, l’Afrique). C’est du pur travail d’illusionniste qui aligne des séquences disparates presque fascinantes. Certains aujourd’hui seraient inspirés de s’en inspirer pour faire grimper l’audimat.
La suite baptisée Mondo Cane 2 reprend le même principe en amplifiant l’humour – sa seule audace consiste à filmer les perruques de vieilles femmes assistant à un défilé de modes kitsch pour chiens. Selon la coutume, les scènes dérangeantes sont judicieusement placées à la fin mais n’apportent strictement rien de neuf au premier volet. Ce n’est que l’exploitation d’une formule. On peut s’amuser de l’acharnement de la voix-off pontifiante qui cherche à nous en vendre toujours plus pour au final ne rien montrer de scabreux. Dans le lot, on distinguera le musicien qui gifle des hommes pour créer une mélodie dissonante et tout plein d’idées bizarres de ce registre.


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