« Mishima » de Paul Schrader en Blu-ray : fragments stylisés d’un monde intérieur si complexe

Avec Mishima: A Life in Four Chapters (1985), Paul Schrader raconte aussi bien la vie (et la mort) de Yukio Mishima qu’un film sur l’impossibilité de séparer une œuvre de celui qui l’a écrite. Aussi, plutôt que de suivre chronologiquement la vie de l’écrivain japonais, Schrader construit un objet hybride, presque mental, où trois temporalités se répondent : l’enfance et la vie de Mishima, le récit des dernières heures précédant sa tentative de coup d’État de 1970, et la transposition en images de trois de ses romans.

Disons que c’est assez complexe, à l’aune du si compliqué Mishima, tant la biographie devient en réalité une architecture, consistant à rendre visible une pensée. Mishima écrivait, construisait son corps, mettait en scène sa propre image, finissait par transformer sa mort en œuvre d’art. Schrader va tenter de répondre à cette obsession par un film qui lui ressemble à 100%, loin, très loin du réalisme biographique, avec de la stylisation, des décors géométriques artificiels, des couleurs saturées, une musique de Philip Glass inoubliable, reprise partout après (notamment dans le Truman Show de Peter Weir) et si merveilleuse… comme autant de fragments de son monde intérieur. Une succession de tableaux à partir de ses idées. Le Pavillon d’or, La Maison de Kyoko et Chevaux échappés deviennent trois chambres mentales dans lesquelles les obsessions de l’écrivain (la beauté, le désir, le corps, la mort, la destruction) acquièrent une forme plastique, traduisant la conviction profonde de Mishima selon laquelle la beauté ne peut atteindre sa perfection qu’au bord de sa propre destruction.

Chez lui, le corps doit devenir œuvre, l’œuvre doit devenir acte et l’acte, finalement, doit trouver son accomplissement dans la mort. Schrader, qui avait déjà théorisé la figure du « style transcendantal » dans son livre consacré à Ozu, Bresson et Dreyer, rencontre ici un personnage qui semble être l’exact contraire de cette retenue : Mishima est l’excès, la représentation, le narcissisme, la théâtralité. Le contraste est particulièrement violent avec la dernière partie du film, lorsque l’écrivain, devenu chef de sa petite armée privée, tente de convaincre des soldats japonais de se soulever contre la modernité pacifiée du Japon.  Mishima parle, les soldats ne l’écoutent pas, puis il se retire pour accomplir le seppuku, transformant sa propre mort en dernier chapitre de son œuvre…

N°100 de la collection Make My Day ! signée Jean-Baptiste Thoret
Boîtier Digipack + fourreau
Contient :
– 2 Blu-ray
– 2 DVD

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