[MIRACLE MILE] Steve De Jarnatt, 1989

Film-gadget très original, intrigant et acrobatique, Miracle Mile (Appel d’urgence, en français) s’avère un thriller d’anticipation paranoïaque sur fond de love story imprévue. Le résultat est sans peine le meilleur film du réalisateur Steve de Jarnatt (Cherry 2000) tenant en haleine jusqu’à son ultime rebondissement.

PAR PAIMON FOX

Quand il ne joue pas de la trompette et qu’il ne se tourne pas les pouces, Harry (Anthony Edwards, adéquat) se rend au musée. Un jour, il croise le regard de Julie (Mare Winningham, wanna be Jennifer Jason Leigh) qui, par chance, est célibataire et mal coiffée. Ils multiplient les cents pas, bavassent, se plaisent, se lancent des regards amoureux, se donnent rendez-vous dans un snack. Bref, première rencontre d’une femme et d’un homme désolants de banalité. Pas assez bien pour les protagonistes d’un grand film de SF ? Tout faux. Jovial et détendu, Harry rentre chez lui pour rejoindre les bras de Morphée. Problème : un con de pigeon met le feu accidentellement au système électrique de l’immeuble à cause d’une cigarette mal éteinte. Résultat : le bougre est en retard à son date. Soudain, le téléphone retentit dans une cabine téléphonique. Harry décroche et tombe sur un soldat qui, d’une base militaire inconnue, lui annonce avec la sobriété requise que la fin du monde est imminente. Réalité ou fantasme ? Blague de mauvais goût ou triste état des choses ? Réponse près d’une heure trente plus tard…

Miracle Mile place le spectateur en territoire a priori connu pour mieux désamorcer les figures imposées des genres qu’il charrie. Et le subjuguer quand il s’y attend le moins. Toute sa force réside dans son originalité avec une esthétique bédé très soignée et des personnages au bord de l’implosion nerveuse, en proie à l’inquiétude. Si elle constitue l’une des bonnes raisons qui donne envie d’en savoir davantage, la résolution de l’énigme est aussi intéressante que la progression de la trame narrative. En surface, un homme et une femme, rencontrés le jour même, vont tenter de survivre à une menace apocalyptique et découvrent des notions qui les dépassent (don de soi, sacrifice, abnégation…). En substance, une histoire d’amour qui prend une tournure plutôt inattendue.

A l’inverse d’un film post-nuke (qui regarde ce qui se passe après une apocalypse) comme il en existe des tonnes, Miracle Mile s’intéresse à ce qui précède une catastrophe naturelle et met l’accent sur sa potentialité. Le suspens vient du fait qu’on ne sait pas si cela est réel ou imaginaire et se révèle bien maintenu pour que le récit soit tendu. La raison pour laquelle le film mérite d’être déterré vient essentiellement de son nihilisme absolu sous ses dehors légers. Le personnage principal croise une pléthore de personnages loufoques (serveuse gouailleuse, éboueur, culturiste, hôtesse, routiers débiles). Point de mire : la scène dans le snack où les personnages apprennent la nouvelle et décident d’agir. Le second rôle le plus déterminant reste sans doute cette femme d’affaires (Denise Crosby de Simetierre) qui confirme l’hypothèse des missiles nucléaires. Elle n’est pas sans ambiguïté mais peine à faire oublier l’invraisemblance de son personnage un peu trop in the right place, at the right time.

Comme souvent dans ce genre de fictions, on aime à chercher le regard du cinéaste sur les comportements humains en période de trouble mais il étrangle l’esprit de sérieux et ne cherche pas à verser dans la parabole politique. C’est juste pour le fun même si le fond est tragique ; et la fluidité de la mise en scène fait passer le film comme une lettre à la poste. Ce qui donne une forme légère pour un fond grave. Dans la seconde partie (qui montre le héros à la recherche de celle qu’il aime), le film prend alors une dimension parano intensifiée par les décors, les rues désertes, les ensembles urbain froids et l’atmosphère envoûtante qui évoque le Scorsese d’After Hours. Mais Harry n’est pas un héros comme Hollywood aime à en produire. Il est plus un de ces vous-et-moi qui tentent une dernière fois de sauver ceux – et plus précisément celle – qu’il aime. Avant une scène finale à déchirer le cœur (à laquelle on repense comme on repense à quelqu’un dont on aurait sous-estimé la sensibilité), on savourera une atmosphère fascinante mise en valeur par la bande-son très élégante de Tangerine Dream.

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