Sept ans après l’éclatant Mektoub, my love : canto uno, Abdellatif Kechiche revient avec ce qui devrait être le dernier volet d’une trilogie dont le second épisode Intermezzo n’a jamais pu sortir en salles pour des raisons de droits musicaux.
Bien sûr, on ne peut que se réjouir de retrouver le contexte particulier de Sète en été 1994 avec ses personnages en quête d’expériences sentimentales, incarnés par des interprètes attachants que le cinéaste filme toujours avec le même regard franc et libre. Pourtant, alors que le programme annonce encore davantage de la même chose, on a le sentiment vaguement frustrant de n’avoir que ça, mais sans l’effet de surprise qui avait contribué à l’irrésistible emballement pour le premier. On a l’impression de voir la nouvelle saison d’une série, après une longue interruption.
De fait, l’attente a créé un décalage, parce qu’entre le premier et celui-ci, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, alors que les personnages et leurs interprètes n’ont pas pris une ride et pour cause : les films ont été tournés en 2016 et 2017. Il y a aussi un fort contraste presque conflictuel entre le traitement des personnages et celui de l’intrigue. Le style essentiellement naturaliste privilégie la justesse de l’interprétation, avec ce que ça implique en termes de rythme, parfois en contradiction avec un récit beaucoup plus artificiel, fortement teinté de soap opéra et reposant sur des péripéties invraisemblables à la limite de la parodie.
Après un début en terrain familier, l’irruption d’un couple de nouveaux venus ouvre de nouvelles perspectives : Jack est metteur en scène, et sa femme Jessica, actrice principale d’une série à succès. Comme des caricatures d’Américains qui croient que tout s’achète, ils débarquent un soir au restaurant après la fermeture en insistant lourdement pour dîner. Après une séquence à hurler de rire où le personnel chambre copieusement les deux pignoufs, un terrain d’entente est trouvé lorsque le patronne (la mère de Tony) accepte de servir le couple à condition que le cinéaste lise le script d’Amin. La transaction donne lieu à une série de rebondissements feuilletonesques opposant l’ambition des uns à la prudence des autres, le besoin d’attention au besoin de contrôle, tandis que de son côté, Ophélie gére ses propres problèmes : enceinte de Tony, elle prépare un voyage à Paris pour avorter avant son mariage imminent avec son fiancé militaire. Au milieu, Amin semble cristalliser les convoitises de toutes les filles parce qu’il est gentil, calme et doué.
C’est une affaire qui tourne, et il faut toute l’habileté de Kechiche pour en gommer le caractère mécanique, comme dans sa gestion des changements de lieux, qui ne sont pas infinis : la plage, le studio d’Amin, le restaurant, la bergerie, la villa des Américains. Ces derniers sont le principal moteur de l’intrigue, Jack étant le moins intéressant des deux. C’est un homme de pouvoir, distant, faussement attentionné, et souvent absent. Jessica est plus complexe et contrastée. Derrière un masque d’arrogance et de mépris, elle finit par révéler des fragilités et des insatisfactions qu’elle exprime par un comportement aux conséquences mouvementées qui se précipitent dans le dernier acte, à la fois comique et sombre.
La fin, totalement ouverte, suggère qu’il faudra attendre la prochaine saison pour voir la suite. Mais c’est peut-être un réflexe conditionné…
3 décembre 2025 en salle | 2h 14min | Drame, RomanceDe Abdellatif Kechiche | Par Abdellatif Kechiche, Ghalya Lacroix Avec Shaïn Boumedine, Ophélie Bau, Jessica Pennington Titre original Mektoub My Love: Canto Due |
3 décembre 2025 en salle | 2h 14min | Drame, Romance


