« Meat Kills » de Martijn Smits : viande triste, viande furieuse, un film qui dépèce le monde

Dans un abattoir trempé de sang frais, Meat Kills déploie son ballet sadique avec la majesté poisseuse d’une opérette. On y respire la mort, on y respire l’erreur et Martijn Smits filme tout cela comme un prêtre maudit qui aurait troqué sa paroisse contre une boucherie industrielle. Dès les premières secondes, la caméra colle à la peau, à la crasse, au souffle des bêtes. Rien ne fuit, rien ne coupe. On est pris à la gorge, comme face à Massacre à la Tronçonneuse, mais avec cette froideur métallisée propre aux paysages néerlandais.

Pourtant, le cœur du film n’est pas sa brutalité — c’est sa morale trouble, changeante comme la lumière sur une lame. Mirthe, Jonas, Nasha : aucun n’est innocent, aucun n’est coupable. Smits s’amuse à faire tourner les rôles comme dans une danse macabre, écrasant nos sympathies sous des masses de contradictions. Les activistes arrivent masqués — inversion immédiate de nos réflexes de spectateurs : qui est la menace ? Qui mérite qu’on le suive ? Ici, personne. Ou tout le monde.

Le film frappe d’autant plus fort qu’il refuse les échappatoires. On pense parfois à l’extrême français — Frontière(s) en tête — tant la souffrance physique s’y fait palpable. Chaque blessure, chaque déchirure de chair est montrée avec une précision clinique, soutenue par des effets pratiques d’une cruauté presque élégante. Et lorsque l’un des protagonistes doit littéralement « jouer le porc », le film atteint un pic d’horreur rituelle, presque mythologique, comme si l’abattoir exigeait ses propres sacrifices.

Mais là où Meat Kills surprend vraiment, c’est dans sa capacité à injecter une ironie noire, presque rieuse, au cœur de la tourmente. Une overdose improvisée pour éviter de sentir sa mort approcher, une scène inaugurale qui annonçait déjà son issue sanglante : l’écriture joue avec nous, nous provoque, nous arrache des rires nerveux malgré nous. Le genre de rires qui ont un arrière-goût d’acier et de culpabilité.

Et puis, il y a cette fin, magnifique de cruauté, précise comme un coup de couteau de boucher. Smits ne cherche ni la morale ni le confort. Il nous laisse dans un silence poisseux, celui d’un monde où les extrêmes s’empoignent, se dévorent, se rejettent dos à dos dans la sciure rouge.

Meat Kills n’est pas seulement un film d’horreur. C’est le hurlement d’une époque incapable de se parler autrement qu’en s’ouvrant le ventre. Une saignée et un futur implacable, que l’on reverra comme on inspecte une cicatrice mal refermée. Si vous y allez, mangez avant. Dans un bon restau vegan. Ça aidera la conscience.

1h 20min | Epouvante-horreur
De Martijn Smits | Par Paul de Vrijer
Avec Caro Derkx, Sem Ben Yakar, Bart Oomen
Titre original Vleesdag

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