On la pensait morte et enterrée après les ratages successifs des épisodes Le commencement, 3D et Leatherface, mais la franchise Massacre à la tronçonneuse a encore une fois été exhumée. Produit par Fede Alvarez et réalisé par le novice David Blue Garcia, ce legacyquel – pour employer un néologisme à la mode – reprend sobrement l’intitulé originel, et s’inspire des récents Halloween de David Gordon Green. Ce Massacre à la tronçonneuse cuvée 2022 fait fi des nombreuses suites, remakes ou reboot, et se positionne comme la suite directe du chef-d’œuvre de Tobe Hooper, 50 ans après les faits. Maintes fois repoussé en raison du Covid-19, il débarque finalement sur Netflix, suite au rachat de ses droits de diffusion.
Se mesurer à un monument du cinéma, passé à la postérité autant par le storytelling qui a accompagné sa sortie que par ses images, est chose peu aisée. Tobe Hooper, avec sa suite grand-guignolesque, et Marcus Nispel, avec son remake sérieux et terrifiant, avaient chacun proposé des variations dans l’esprit de l’original. Que peut raconter de neuf un nouvel opus de Massacre à la tronçonneuse en 2022? Pas grand-chose, répond humblement le film de David Blue Garcia. Le réalisateur a parfaitement conscience des limites de son projet, qui n’est au fond qu’une resucée des enjeux du premier: la confrontation de deux faces coexistantes de l’Amérique. Seul le rapport de force a évolué. Si Hooper plongeait un groupe de jeune dans un environnement hostile, Garcia filme les derniers vestiges d’une vieille Amérique luttant contre sa disparition programmée.
David Blue Garcia remplace les hippies du film de Hooper par une bande de jeunes entrepreneurs éco-responsables, qui ont troqué le van de 1974 par une Tesla rutilante. Ils se rendent à Harlow, la ville des (mé)faits précédents, dans le cadre d’une vente aux enchères du lieu organisée par leurs soins. Leur projet est de donner un second souffle à cette ville-fantôme, victime de la modernisation comme l’abattoir en son temps. La rouille et la dégénérescence se sont étendues de la ferme des Sawyer à la ville toute entière, et aux champs de tournesol alentour. Cependant, la mission de recyclage des néo-bobos bardés de fausses-bonnes intentions, est entachée par un vice de procédure. L’ex-gérante d’un orphelinat, ultime résidente, n’a en fait jamais cédé son titre de propriété. Elle décède accidentellement, et son fils adoptif, qui n’est autre que Leatherface, plonge dans une nouvelle rage meurtrière.
Bien qu’il fasse revenir le personnage de Sally, seule survivante du premier massacre (jouée à l’époque par Marilyn Burns), le réalisateur prend une autre direction que David Gordon Green. Michael Myers était obsédé par Laurie Strode, la seule victime qui lui a échappé. À l’inverse, Leatherface n’a aucun souvenir de Sally. Sa mort dans le film n’a nulle valeur symbolique, et elle est jetée aux poubelles, comme un vulgaire morceau de chair. Débarrassé de son lourd héritage, le Massacre à la tronçonneuse de 2022 peut dérouler son programme, celui d’un néo-slasher maniériste, brutal et gore.
Passé une longue et bavarde exposition, calquée sur le modèle de l’original, le film vire au vrai massacre une fois que Leatherface recouvre son masque. La pluie et la nuit s’abattent presque de manière surnaturelle sur la ville de Harlow, et masquent le son des os qui craquent et des corps tronçonnés. David Blue Garcia semble faire partie de ces cinéphiles qui ont longtemps rechigné à voir le classique de Tobe Hooper, impressionnés par son titre menaçant et mensonger. Car, de massacre à la tronçonneuse, il n’y en avait qu’un seul dans le film de 1974. Le réalisateur évacue ici une frustration de spectateur à travers une scène hallucinante de carnage à l’intérieur d’un bus. Paroxysme stylistique du film, l’hémoglobine jaillit sous le bleu des néons, l’acier, la chair et les os s’entrechoquent, les cris de douleur se superposent au moteur de la tronçonneuse.
Ce nouveau Massacre à la tronçonneuse est un film de fan. En toute humilité, David Blue Garcia ne cherche jamais à tuer ses idoles. Il redonne son souffle à une lignée de films agonisante, et se paie le luxe de réaliser le fantasme de générations de spectateurs. M.B.
18 février 2022 sur Netflix / 1h 21min / Epouvante-horreurDe David Blue Garcia Avec Sarah Yarkin, Elsie Fisher, Mark Burnham Titre original The Texas Chainsaw Massacre |

18 février 2022 sur Netflix / 1h 21min / Epouvante-horreur