Le réalisateur lituanien Mantas Kvedaravičius, à qui l’on doit Barzakh (2011), Mariupolis (2016) et Parthenon (2019), a été capturé et assassiné par l’armée russe début avril à Marioupol. Sa fiancée, Hanna Bilobrova, qui l’accompagnait, a pu rapporter les images tournées là-bas et les assembler avec Dounia Sichov, la monteuse de Mantas. Le film s’appelle Mariupolis 2 et il est présenté au 75e Festival de Cannes.
En 2014, pendant la guerre du Donbass, le réalisateur Mantas Kvedaravicius est allé documenter la vie des habitants d’une ville en Ukraine, appelée Marioupol. Il y est retourné en mars 2022, alors que la ville côtière de la mer d’Azov était en pleine siège. Il a été abattu par l’armée russe lors du tournage. Il avait 45 ans. Dounia Sichov, qui a monté son film Mariupolis 2 et que nous avons contacté ce jeudi, le décrit comme un «anthropologue». «Son approche des films l’était tout autant. La question était: comment vit-on au milieu de la guerre? C’était quelqu’un qui était très attaché aux êtres humains. Et ses gestes artistiques reflétaient aussi bien la mythologie grecque que l’artisanat. Comment les traditions se perpétuent au fil des siècles, par exemple. Mariupolis 2 touche à quelque chose de plus grand que la réalité des informations, il s’inscrit dans un mouvement. Certes, quand on regarde les images de mars 2022, comparées à celles de 2014 (dans Mariupolis en 2016), on remarque que ce n’est pas tout à fait la même manière de filmer, notamment à cause du fait que la guerre s’est intensifiée, mais il y a toujours cet intérêt pour l’être humain, qui reste bien présent.»
En 2022, Mantas Kvedaravičius est retourné en Ukraine, dans le Donbass, au cœur de la guerre, pour retrouver les personnes qu’il avait rencontrées et filmées entre 2014 et 2015. Suite à sa mort, ses producteurs et collaborateurs ont tout mis en œuvre pour continuer à transmettre son travail, sa vision, ses films. Aussi, comment parvient-on à monter un film de cette gravité en l’absence de son réalisateur? Et comment le projet de montage a-t-il été amené? «J’avais monté Mariupolis, en 2016. On avait déjà travaillé ensemble auparavant. Le premier film se concentrait sur la question de savoir comment les gens vivent pendant un conflit, le tout dans une démarche anti-spectaculaire. Il filme les humains: la manière dont ils vivent et non pas dont ils meurent. Pour cette nouvelle aventure, on se parlait, on s’écrivait souvent. Un jour, je n’ai plus eu de réponse à mes SMS.» Dounia Sichov est ressortie de cette expérience «bouleversée»: «Quand tout s’est arrêté, j’ai récupéré son disque dur. Une fois rentrée à Paris, j’ai commencé à travailler tout de suite dessus. C’était un cadeau, car j’entendais sa voix, ses mouvements. Je suis sous le choc. Le montage fut magnifique parce que je n’avais jamais travaillé avec une personne comme ça, avec autant de joie de vivre.» Propos recueillis par S.R.
