[MANDY] Mais où se situe le Chaos chez Panos Cosmatos?

Controversé (génial pour les uns, risible pour les autres), le délire de Panos Cosmatos a tous les atours du film chaos culte en puissance. Mais est-ce réellement le cas?

PAR GUILLAUME CAMMARATA

Chaque année, au Festival de Cannes, se cache au moins un film chelou (expérimental, pardon) dont l’esthétique néons-et-ralentis flatte la rétine, hypnotise notre regard perdu dans le vague et donne envie de hurler au Chaos partout. Nos grands habitués comme ce cher Nicolas Winding Refn n’étant pas en lice cette année, c’est à Panos Cosmatos de reprendre le flambeau pour montrer ce qu’il avait de chaos dans le ventre après l’intriguant Beyond the black rainbow. Nanti d’un style halluciné et d’effets hérités du cinéma drogué des années 70 (Jodowrosky, Argento et consorts), le réalisateur nous paume au cœur d’une forêt brumeuse où un brave bucheron (Nicolas Cage, au-delà du bien et du mal) coule des jours heureux avec sa tendre moitié, une petite hippie gothique appelée «Mandy». La douce (Andrea Riseborough, méconnaissable) va malheureusement croiser la route d’une bande d’allumés dont le chef (Linus Roache reconnaissable) va se prendre de fascination pour la jeune femme, la kidnapper, la foutre dans un sac à patate et la faire rôtir sous les yeux de Nico. Celui-ci, ivre de rage, va entreprendre une croisade vengeresse afin de faire payer ceux, les salauds!, qui ont osé faire cuire sa copine.

Inutile d’aller plus loin dans l’histoire qui sert de prétexte à une succession de tableaux esthétisants à mort et qui se conclura dans un final gore pas piqué des hannetons. Aussi, le réalisateur a deux obsessions/objectifs pour son film. En premier lieu, compenser l’absence de scénario par la forme. En second, se focaliser sur le jeu halluciné de Nicolas Cage qui il est vrai fascine du premier au dernier plan par sa présence tour à tour calme ou complètement hors de contrôle. Plus que les rebondissements ou les évènements, c’est vraiment l’acteur qui instille à lui-seul une atmosphère, une identité. Et quelque part, c’est un peu le problème.

Le film, certes pas honteux, n’en demeure pas moins une avalanche de références mal digérées et exagérément appuyées par son auteur. De la musique synthétique façon Carpenter au bikers démoniaques façon Hellraiser; de l’ambiance toute en saturation de couleurs façon Argento au sympathique passage en animation façon Berserk; du début à la fin, tout est trop appuyé pour que quelque chose retienne véritablement notre attention ou donne une impression de réelle originalité. Moralité : vouloir faire une bouillabaisse chaos de tout ce qu’on aime dans le chaos ne fait pas forcément un bon plat chaos. Objet de festival «chic et toc», Mandy reste toutefois une curiosité pour ceux qui collectionnent les objets zinzins avec Nicolas Cage que l’on a déjà hâte de retrouver dans le prochain Sono Sion (Prisoners of the ghostland) où il devrait jouer… un bad boy se rendant dans un univers parallèle fantasmagorique pour sauver une belle demoiselle. Pour Panos, on ne sait pas trop de quoi sera fait son avenir mais on espère qu’il changera un peu de registre. Ça fait deux fois que tu nous sers la même soupe au LSD frère, on a compris maintenant.

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