Mais que vaut le premier épisode de la série «Watchmen»?

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Le Chaos a vu le premier épisode de la série Watchmen, diffusée dès ce lundi 21 octobre en US+24 sur OCS City. À la hauteur des promesses?

Damon Lindelof, showrunner le plus aimé et détesté de sa génération pour son travail sur Lost et The Leftovers, est de retour avec un délicat projet, une adaptation du monument de la bande dessinée, Watchmen d’Alan Moore et Dave Gibbons. Pour rappel, Watchmen avait particulièrement ébranlé l’art du comics en 1986, en proposant un ton sombre, décomplexé et violent, ainsi qu’une parabole politique sur l’Amérique post-Nixon. Ses auteurs imaginaient une uchronie dans laquelle les Etats-Unis de Richard Nixon remportaient la guerre du Vietnam grâce au Dr Manhattan, seul être au pouvoir quasiment divin, permettant alors au président d’être réélu sans discontinuer jusqu’en 1985. En parallèle, les justiciers qui existent depuis des décennies sont tous déclarés illégaux, à l’exception du Dr Manhattan et du Comédien, qui ont accepté de servir le gouvernement américain. Le monde est au bord de la crise nucléaire et le meurtre mystérieux du Comédien embarque les justiciers encore actifs dans une enquête à l’issue dramatique. Rorschach découvre qu’Ozymandias, l’homme le plus intelligent du monde, s’est allié avec le Dr Manhattan pour créer et téléporter un calamar titanesque sur la ville de New-York, afin de provoquer une catastrophe meurtrière sans précédent et laisser planer une menace extraterrestre dans l’espoir de rallier les nations et les peuples du monde à une même cause et instaurer un semblant de paix.

Résumer l’intrigue du comics est important quand on s’attaque à une critique de Watchmen, car, contrairement à Zack Snyder en 2009, Lindelof a préféré proposer une suite se déroulant 34 ans dans le futur plutôt qu’une photocopie de l’œuvre de Moore et Gibbons. La série HBO se déroule donc en 2019 et actualise totalement l’univers initial de la BD qui s’inspirait du contexte de la Guerre Froide, pour construire des passerelles avec l’Amérique de Trump. Le pilote s’ouvre sur une douloureuse évocation de l’émeute du Black Wall Street en 1921, surnom donné au quartier de Greenwood situé dans la ville de Tulsa, en raison de l’essor économique qu’avait réussi à mettre en place sa communauté afro-américaine. Ce massacre perpétué par le Ku Klux Klan, peu connu en dehors des Etats-Unis, causa entre 100 et 300 morts. Lindelof définit cet évènement comme une sorte de péché originel de la série mais également de l’Amérique actuelle, marquée par les tensions raciales et le retour médiatique du KKK. Un vertigineux bond d’un siècle nous ramène donc à Tulsa, en apparence plus calme et progressiste. La présidence continue du démocrate Robert Redford – oui, il s’agit bien de l’acteur – depuis la catastrophe de 1985 semble avoir porter ses fruits. Pourtant, si la menace nucléaire a disparu, on découvre rapidement qu’elle a été remplacée par les conflits raciaux. Les justiciers ont définitivement disparu, mais les masques ont été repris par une police aux méthodes expéditives, obligée de cacher son identité après la «Nuit Blanche» qui a vu des centaines de policiers assassinés à leur domicile. Les responsables de ce drame, une milice armée appelée la 7ème Kavalerie (avec un K comme dans KKK), portent le masque de Rorschach.

Bien que s’éloignant davantage du comics, Lindelof se rapproche pourtant plus de son esprit que ne le faisait Snyder, qui déifiait les justiciers à coup de ralentis et de stylisations ambiguës. En faisant porter le masque de Rorschach à une milice raciste, il rappelle la dimension fasciste du justicier qui était au cœur de l’œuvre de Moore et Gibbons. Tout est également problématique dans l’univers upgradé par la série, d’un camp comme dans l’autre. Watchmen semble aller donc un peu plus loin sur son portrait de l’Amérique de Trump que la majorité de ses prédécesseurs. Au niveau de la forme, la narration ampoulée du premier épisode peut rebuter les détracteurs de Lindelof. On ne comprend pas grand-chose – surtout si vous n’êtes pas initié à Watchmen – et l’impression que la série peut virer à n’importe quel moment dans l’exercice de style un peu vain parcourt le premier épisode, du début à la fin. La musique de Trent Reznor et Atticus Ross, d’ailleurs de grande qualité, est également utilisée à l’excès, sans réelle logique, comme le faisait déjà Fincher dans The Girl With The Dragon Tattoo. Non, Watchmen ne s’annonce pas comme la série de l’année, mais on a envie d’y croire, ne serait-ce que pour la nature folle du projet, ainsi que pour son casting 5 étoiles (Regina King, déjà excellente dans la saison 2 de The Leftovers, Don Johnson, Tim Blake Nelson, ou encore Jeremy Irons en Adrian Veidt, alias… Ozymandias) et ses idées hyper cinématographiques (la pluie de calamars, le masque réfléchissant de Looking Glass). La suite au prochain épisode.

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